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Les étranges coïncidences

Publié le 12/05/2016, par dans Non classé.

Plus de 25 ans après le scandale du détournement de dizaines milliards de la BEA où le nom de Toufik Bendjedid avait été cité, voilà que les Panama Papers nous apprennent que cette banque a créé une société algéro-saoudienne en Tunisie, avec des comptes offshore, au moment où Toufik Bendjedid possède lui aussi des comptes offshore et une société créée avec un Tunisien ex-candidat à l’élection présidentielle de 2014. Quelle coïncidence…
Il est quand même intriguant de voir la Banque extérieure d’Algérie (BEA) et le nom du fils du défunt président Chadli Bendjedid, Toufik, cités dans le scandale Panama Papers. Vers la fin des années 1980 et le début des années 1990, les deux noms avaient été éclaboussés par une affaire qui a alimenté les débats et les discussions de la rue algéroise au bord de l’explosion.

L’affaire portait le nom de Testarossa, une Ferrari, appartenant à un ami de Toufik Bendjedid, Rachid Mouhouche, un jeune de la cité la Montagne, à Bachdjerrah (Alger), devenu subitement un richissime commerçant à l’âge de 22 ans. Les deux personnages fréquentaient régulièrement la discothèque Le Triangle située sous le monument aux Martyrs de Riadh El Feth, où ils dépensaient des sommes colossales qui alimentaient les discussions des Algérois. Le train de vie de Mouhouche faisait jaser beaucoup de monde et c’est au niveau de la BEA, où il était considéré comme un « important» client, que l’enquête va lèver un lièvre.

Le rapport fait état du détournement de 27 milliards de centimes (2,7 millions de dinars). Ce qui, à l’époque, était énorme. Rachid Mouhouche contractait d’importants crédits allant parfois jusqu’à 11 milliards de centimes, sans aucune garantie, auprès de la BEA, notamment l’agence des Pins Maritimes, à Alger, sans jamais rien rembourser. Mouhouche a été inculpé avec 22 autres mis en cause, pour la plupart des cadres de la BEA. Le directeur de l’agence Pins Maritimes s’est envolé vers la Suisse avant même que le pot aux roses soit découvert.

A l’issue d’un long procès, Mouhouche et trois de ses coaccusés sont condamnés, en 1993, à la peine capitale, alors que les autres mis en cause écopent d’une peine de 20 ans de réclusion. Lors de ce procès, il a été établi que Mouhouche avait acquis la Ferrari avec l’aide de l’ancien directeur de l’Office de Riadh El Feth (OREF), Senoussi, pour une exposition payante qui devait se tenir à Riadh El Feth. Il reconnait les dépenses colossales qu’il effectuait à la discothèque le Triangle, en compagnie de son ami Toufik Bendjedid, dont le nom se murmurait sans pour autant être cité publiquement.

Lors de l’audience Mouhouche, avant que le juge ne lui pose la question, prend la parole pour se dire « surpris des propos de ceux qui affirment que j’avais des relations avec Toufik Bendjedid». Depuis, le nom de Toufik Bendjedid n’est plus apparu. Après un pourvoi en cassation, le verdict a été revu à la baisse. Une peine de 20 ans de prison est retenue contre Mouhouche et deux cadres de la BEA, et d’autres moins lourdes contre des commerçants.

Le procès a laissé l’opinion publique sur sa faim et l’affaire a été close. Il aura fallu le scandale Panama Papers des comptes offshore pour remettre le nom de Toufik Bendjedid sur la scène, au même titre que celui de la BEA. On nous apprend, sans donner les détails, que Toufik Bendjedid est actionnaire (de 2007 à 2014) dans la société Faygate Corp basée en Suisse et enregistrée à Chypre, avec Samir Abdelli, avocat et ex-candidat à la présidentielle en Tunisie en 2014. En 2015, l’avocat d’affaires est cité dans le scandale de HSBC Suisse, plus connu sous le nom de SwissLeaks. Il était détenteur d’un compte contenant 80 000 dollars.

C’est également par la banque qu’il crée un compte offshore pour une société, Faygate Corp., lancée en 2006 — soit une année après SwissLeaks — et enregistrée au Panama, avec un capital de 10 000 dollars divisés en 100 actions. Elle cessera ses activités en octobre 2014, année où Abdelli s’est présenté à l’élection présidentielle. En février 2007, un document de la HSBC Private Bank Swiss adressé à Mossack Fonseca demande ainsi l’émission de deux autres certificats d’actions. Un des certificats est établi au nom de Toufik Bendjedid, domicilié à Alger, avec 60 parts, et un autre au nom de Samir Abdelli, domicilié à Gammarth, avec 40 parts.

Le pays de Abdelli nous ramène à la BEA, puisque c’est en Tunisie, comme par hasard, que la société de leasing algéro-saoudienne a été créée par la BEA en tant qu’actionnaire majoritaire et enregistrée aux îles Vierges britanniques. Encore, comme par hasard, la création de cette société a eu lieu début 1990, année où l’affaire Mouhouche avec la BEA avait éclaté ; la destination de l’argent subtilisé n’a jamais été connue. Des questions restent posées quant aux nombreuses coïncidences qui marquent et nous amènent à nous demander s’il y a un lien entre les fonds détournés de la BEA et les comptes offshore aux îles Vierges britanniques et au Panama. La question s’impose….
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