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Les dessous de la sous-location

Publié le 27/04/2018, par dans Non classé.

Elles louent des appartements pour ensuite les sous-louer à des groupes de femmes. Surcharge, abus, violence mais aussi arnaque. El Watan week-end a rencontré quelques-unes de ces locataires qui racontent leur cauchemar. Récit.
« Je partage ma chambre avec plusieurs autres femmes. Je n’ai pas le droit de fermer la porte de la chambre ni même mes valises ou mon armoire. Je n’ai non plus le droit de rester à la maison. L’heure de retour est fixée à 20h. Pas de possibilité de passer la journée à la maison en dehors du week-end.

Pas de douche tous les jours et surtout interdiction de recevoir de la visite. Et la nourriture doit être gardée dans ma chambre.» C’est la loi de la location… par place. Nadia, 26 ans, fonctionnaire dans une entreprise publique, loue depuis un an chez une femme, la quarantaine, dans un deux pièces au centre-ville d’Alger. Dans cet appartement, elles sont huit personnes à se retrouver chaque fin de journée.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle tendance. Depuis des années, des jeunes filles ou des hommes partagent la location d’un appartement. Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui il s’agit de sous-location. On loue un appartement, puis on le sous-loue à plusieurs personnes au même temps. D’ailleurs, la « propriétaire» de l’appartement où Nadia est installée est aussi locataire ; elle sous-loue par place à d’autres femmes. Et ça lui rapporte énormément d’argent. Comme Nadia, elle paye sa place 10 000 DA par moi et elles sont quatre au minimum.

Et la vie n’est pas rose. « Nous partageons à quatre la même pièce, une chambre dont la porte n’a ni clé ni passe. La locatrice principale éteint la lumière à 21h et elle garde un œil sur tous nos faits et gestes, y compris l’heure de sortie et de rentrée», témoigne-elle. Pas trop le choix dans la mesure où dans la capitale ou dans d’autres grandes villes, l’offre de location est presque inaccessible pour les salariés et étudiants. Ces femmes se retrouvent souvent obligées de recourir à la sous-location. Sur les réseaux sociaux, l’offre abonde. Mais à quel prix ?

Abus

Les femmes qui proposent une location ne sont pas toujours les propriétaires ; elles sont locataires principales puis sous louent à d’autres femmes par place, à des prix élevés qui varient entre 8000 et 25000 DA la place. Les chambres sont surchargées, il y a quelquefois jusqu’à six femmes dans une seule pièce.

Les commodités se limitent à un matelas ; quand c’est le « luxe», un canapé et une armoire collective. Dans les quartiers « huppés» de la capitale, les prix sont beaucoup plus élevés mais aussi le nombre d’occupantes, car les locataires principales sont plus souples dans certaines conditions.

Hanane, 27 ans, animatrice, loue chez l’une d’entre elles : « On vit à 18 femmes dans un appartement de type F3. La locataire principale occupe un étage, elle a aussi l’appartement en face où elle a installé d’autres sous-locataires. On paye chacune 15 000 DA par mois.» « La seule différence avec les autres, c’est qu’elle nous permet de rentrer à l’heure qui nous convient», ajoute-t-elle.

Pour vivre dans ce genre de location, il faut aussi se soumettre aux conditions imposées par la locataire principale, un règlement intérieur qui ne laisse place à aucune intimité et qui frôle parfois les atteintes à la dignité humaine.Les sous-locataires sont souvent victimes d’abus de la part des propriétaires ou des locataires principales.

Certaines d’entre elles ne donnent pas le double des clés jusqu’à ce qu’elle gagne la confiance de ces femmes, quelquefois jamais. « Je n’oublierai jamais ce jour où la propriétaire m’a obligée à sortir à 6h du matin alors que j’avais une forte grippe. Je l’ai suppliée de me laisser à la maison et de m’enfermer dans la chambre, si elle le désirait, jusqu’à son retour, mais elle n’a pas voulu», nous confie Nawel, la trentaine, institutrice.

Cette dernière louait chez une autre femme, la cinquantaine, la propriétaire de la maison. « On vivait à quatre dans la même pièce, on y mettait toutes nos affaires, y compris la nourriture. L’accès à la cuisine était limité, surtout le soir quand tous les membres de la famille se réunissaient, ses deux filles et son fils étudiant», nous confie encore Nawal.

Elle poursuit : « Elle ne se gênait pas pour recevoir ses invités dans notre chambre en notre absence et à nous demander de faire le nettoyage intégral de la maison même les jours de semaine et à des heures tardives.» « Un jour, en revenant de chez mes parents, j’ai trouvé les cadenas de mes valises ouverts.

Quand j’ai demandé des explications à la locataire principale elle a répondu que les cadenas étaient strictement interdits chez elle», nous confie Nadia. « Il ne fallait rien laisser d’important dans la chambre, car je ne connaissais pas toutes les filles, ni même la locataire principale», ajoute encore Nadia.

Violence

La violence verbale et parfois physique s’ajoute à l’ambiance. Souvent, des bagarres éclatent entre les filles et la propriétaire. « Les vols sont fréquents», selon Nadia, « On vit sous tension. J’ai vu des filles se tirer les cheveux, échanger des coups… et la locataire principale n’arrête pas de râler pour des futilités (ménage, lumière, douche, factures…» Pis encore, ces propriétaires ne se gênent pas pour louer à la nuit à des inconnues à des prix prohibitifs (500 à 2000 DA), parfois en les installant dans la même chambre que les « permanentes».

Un genre d’hôtel. Une des filles témoigne : « Un jour, nous avons essayé de lui faire comprendre que nous ne voulions pas d’inconnue dans la chambre.» Réponse : « Vous n’êtes pas chez vous, vous n’avez droit qu’à votre petite place !» Tout est permis pour amasser de l’argent. Un véritable business.

Avec un simple calcul, le bénéfice est estimé à 100 millions de centimes par an ! Si la locataire principale loue un appartement de type F3 à 45 000 DA par mois pour ensuite le sous-louer à plusieurs jeunes filles, la rentabilité est plus qu’assurée. On s’enrichit même. Un F3 sous loué à six filles, trois par pièce, à 15 000 DA chacune, la locataire empoche Lire la suite

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