formats

«Les clans dominants veulent en finir avec le multipartisme»

Publié le 27/03/2017, par dans Non classé.

Le président du RCD, Mohcine Belabbas, revient dans cet entretien sur la situation générale du pays, la maladie du président Bouteflika, l’opposition et sa plateforme pour la transition démocratique. Il s’exprime aussi sur les prochaines législatives et la participation de sa formation.
Moins de deux mois nous séparent des élections législatives du 4 mai prochain. Dans quelles conditions se déroulera ce scrutin, selon vous ?

Le RCD est le premier parti qui s’était exprimé sur les législatives de 2107. J’avais fait deux déclarations sur ce sujet, l’une dans une interview accordée à un quotidien francophone et l’autre dans un journal arabophone. J’avais alors dit que tout indique que le pouvoir se dirige vers un système unique à têtes multiples.

A l’époque, en parlant de la nouvelle loi électorale déjà programmée, mais pas encore adoptée par l’APN, j’avais souligné la volonté du pouvoir d’exclure les partis de l’opposition de cette compétition. J’avais dit également que si on voulait peser en tant qu’opposition sur cette élection, il fallait construire un consensus autour d’un boycott collectif. Cette proposition n’a pas été suivie. La dernière campagne de collecte des signatures nécessaires pour la participation à ce scrutin a confirmé ces appréhensions.

La volonté des clans dominants d’en finir avec le multipartisme est aujourd’hui une réalité. Les blocages et les entraves dressés par les lois devant les partis de l’opposition et les listes indépendantes sont avérés. De même que des partis alibis ont été propulsés à des niveaux inversement proportionnels à leur poids dans la société. La seule conclusion qui découle de cet épisode de la collecte de signatures est que l’on veut se diriger autoritairement vers l’émergence de partis artificiels, des sortes de RND bis ou ter devant parasiter les mouvances démocratique, nationaliste et islamiste. En un mot, la mise à mort du multipartisme.

Donc, il y aura une sorte de bipolarité…

Ce n’est pas tout à fait cela. C’est une pluralité contrôlée dans le sens où ce sont des partis du système qui vont polluer l’expression de tous les courants politiques existant dans la société. Il ne faut pas oublier que le RND a été créé pour cloner le RCD, y compris par la proximité de son sigle. La tactique est maintenant étendue à l’ensemble des sensibilités politiques.

En 2004, le président Bouteflika parlait de son souhait d’instaurer un système à l’américaine avec deux grands partis. C’est ce projet qui commence à se mettre en place ?

Aux Etats-Unis, la liberté de la presse est sacrée. Le Congrès contrôle l’Exécutif et la Cour constitutionnelle peut destituer un président. Dans les apparences, mais dans les apparences seulement, Bouteflika veut aller vers un système qui mime le modèle anglo-saxon ou même français. Le problème est qu’en Algérie tous les partis, je devrais dire les parties, du pouvoir ont les mêmes pratiques et sont issus du même moule. Ils ne prennent même pas la peine de se distinguer par des programmes. L’usure et la confusion volontairement entretenues ont fini par banaliser l’invraisemblable. Les partis qui revendiquent l’hégémonie politique expliquent qu’ils appliquent le programme du chef de l’Etat.

Si on applique le même programme, on ne comprend pas bien pourquoi les officines multiplient autant les sigles ; mais ce qu’il y a de plus pitoyable dans cette imposture, c’est que ledit programme du chef de l’Etat n’existe nulle part. Et cela ne choque personne. Même pour ces législatives et jusqu’à maintenant le RCD est le seul parti à avoir rendu public un programme global et cohérent. Il n’y a ni bipolarité ni pluralisme. Le système vit et tourne pour lui-même, c’est-à-dire qu’il ajuste ses équilibres internes en fonction des appétits des clans voire de sectes. Combien de temps ce manège peut-il durer ?

Certains partis de l’opposition, à l’image du MSP, estiment que les prochaines élections pourraient ne pas être entachées de fraude. Partagez-vous cet optimisme ?

Au niveau du RCD, nous étions clairs dès le début ; il ne peut y avoir d’élections libres et transparentes en Algérie tant que le ministère de l’Intérieur continue de les organiser. Nous avons posé cette problématique depuis 2012. En juillet 2013, nous avons fait une offre politique qui préconise l’institutionnalisation, voire même la constitutionnalisation d’une instance indépendante de gestion et d’organisation des élections, comme c’est le cas dans la majorité des pays dans le monde. L’essentiel des partis de l’opposition ont maintenant adopté cette proposition et la revendiquent. Cette solution est dans notre programme électoral.

Le RCD se bat et continuera à se battre pour concrétiser cette exigence démocratique parce que c’est la seule qui permettra de résoudre la crise de légitimité des institutions et des dirigeants. Au RCD, nous avons dit que dans nos fiefs électoraux comme Tizi Ouzou, Béjaïa, une partie de Bouira et de Boumerdès, la fraude électorale est moins significative. Le problème qui demeure dans ces régions du Centre, c’est le vote des corps constitués. Mais quand il y a une forte mobilisation des populations, le choix libre des citoyens est plus conforme aux résultats.

Au niveau des autres régions du pays, il y aura des fraudes, même si dans certaines circonscriptions où nous avons une présence suffisante nous pouvons en partie surveiller l’opération électorale. Je cite, dans ce cas, les wilayas d’Alger, de Tipasa, de Sétif, de Batna… Nous appelons aussi les citoyens de toutes les régions du pays à protéger leur choix par leur implication dans les opérations de surveillance et de dépouillement des votes. Mais le RCD ne cherche pas à tromper le citoyen. L’opération de collecte des signatures est déjà une flagrante fraude en amont du vote.

En parlant de la participation, la hantise des partis, et même du pouvoir, est sans doute l’abstention. Peut-il y avoir un changement des mentalités à l’occasion du prochain scrutin ?

Le problème chez une partie de la presse algérienne, c’est de croire que l’abstention est une hantise du pouvoir. Les candidats du pouvoir passeront d’autant plus facilement que la participation est faible. Même en Kabylie où les luttes citoyennes peuvent limiter les manipulations, l’abstention favorisera mécaniquement les relais du pouvoir.

Dans les cafés, les marchés, les transports publics, les Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé «Les clans dominants veulent en finir avec le multipartisme»
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair