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«Les chiffres officiels ne reflètent pas la réalité»

Publié le 16/02/2016, par dans Non classé.

Votre syndicat a dénoncé une agression à l’école Doukar Saïd (Tizi Ouzou) et a apporté son soutien au collectif des enseignants. La violence en milieu scolaire a pris de l’ampleur ces dernières années. Selon vous, à quoi est due cette situation et quelles en sont les conséquences ?

Premièrement, nous tenons à dénoncer la violence d’où qu’elle vienne. Nous sommes un syndicat qui cultive et qui encourage la culture de la paix et du vivre-ensemble. Secundo, le Satef n’en est pas à sa première prise de position dans ce dossier et nous le faisons depuis le siècle dernier, malheureusement ce phénomène au lieu de régresser a pris de l’ampleur, comme vous l’avez si bien rapporté. En effet, il existe une relation de cause à effet : d’abord le mode de vie des Algériens a beaucoup évolué passant d’une vie en cellule familiale commune à une vie familiale individuelle et cela a généré beaucoup de divorces, influant sur l’éducation des enfants (familles déchirées et disloquées).

Ajoutez à cela la décennie noire qui a apporté son lot de violences et d’absence de l’Etat : apparition de milliers d’orphelins, de veuves et de veufs. Hillary Clinton disait qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant. Les contenus des programmes scolaires génèrent de la violence ; est-il concevable et acceptable qu’on enseigne les sévices du tombeau « Adhab el qabr» et comment laver un mort à des enfants de six ans ?

Enfin, nous disons que les parents sont démissionnaires et n’assument plus leur rôle. Les chiffres officiels des services de sécurité parlent de 1%, mais ces chiffres reflètent seulement le nombre des personnes qui ont déposé une plainte, alors que la majorité ne s’adresse pas à eux. Postez-vous devant n’importe quel établissement scolaire à la sortie des élèves et vous verrez qu’il ne se passe pas un jour sans violence.

– Face à cette violence, la ministre de l’Education, Nouria Benghebrit, a appelé, en fin d’année dernière, à adopter des mesures « urgentes». Une commission devait être mise en place. Début janvier, Mme Benghebrit a annoncé l’élaboration d’une convention entre son département ministériel et la DGSN, pour assurer la sécurité et l’ordre au niveau des périmètres des établissements scolaires. A ce jour, on ne voit rien de concret. Les autorités sont-elles résignées face à la difficulté de la tâche ?

La ministre de l’Education a installé une commission mixte, en octobre dernier, composée de ses conseillers, de représentants de syndicats et de représentants des associations des parents d’élèves. La ministre est mue par une bonne volonté mais elle n’a pas les moyens de sa politique et c’est dommage pour l’école algérienne.

Plusieurs réunions ont eu lieu mais les propositions ont été mises au placard, car c’est un dossier délicat qui exige une synergie de plusieurs secteurs, tels que la DGSN, le ministère de l’Education, la Gendarmerie nationale, le ministère de la Santé et le ministère de la Solidarité. L’ex-ministre de l’Education a fait de même, mais l’application reste au stade de commissions et de journées d’étude : on efface et on recommence.

– La lutte contre la violence en milieu scolaire nécessite l’implication de tous (enseignants, élèves, parents, administration et aussi services de sécurité, syndicat, etc.). Quelles sont les mesures proposées par votre syndicat pour limiter la violence en milieu scolaire ?

Je vous disais que nous avons travaillé avec la commission qui a étudié la violence en milieu scolaire et nos propositions s’articulent d’abord autour de la formation du personnel de l’éducation. Nous avons aussi demandé la mise en place d’un environnement scolaire favorable et joyeux au sein de nos établissements en créant, par exemple, des foyers et des clubs pour que nos enfants se défoulent et oublient le stress de l’école.

L’architecture de la majorité de nos établissements n’attire point nos élèves bien au contraire. Certains d’entre eux ne possèdent même pas d’arbres et encore moins d’espaces verts. Parfois, on vit mieux en prison que dans certaines écoles ! Nous avons aussi demandé que les différents services de sécurité fassent des rondes aux alentours des établissements à des périodes préalablement arrêtées et cela aidera aussi à éradiquer le phénomène des enlèvements. Enfin, nous disons que c’est un problème de l’Etat et de toute la société algérienne, chacun doit apporter sa pierre pour arriver un jour à l’éradiquer. Pourquoi pas.
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