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«Les besoins des enfants sont méconnus»

Publié le 12/02/2017, par dans Non classé.

Pensez-vous qu’on accorde assez d’importance à la prise en charge de la petite enfance en Algérie ?

La prise en charge de la petite enfance est une préoccupation qui touche toutes les sociétés modernes. Nos enfants sont mis dans toutes sortes de structures, de plus en plus tôt (crèches, garderies, nourrices, etc.). La réalité sociale et économique de nos familles nous y oblige. D’autres personnes que les parents les prennent en charge sur les plans physique et éducatif. L’importance de cette prise en charge est capitale, l’avenir de ces enfants en dépend. Il y a très peu d’investissements dans la formation des éducateurs (trices) et dans les programmes d’accompagnement mis en place par les responsables de ces structures.

Dans l’imaginaire collectif, une idée domine : le nourrisson a juste besoin de dormir, manger et être en sécurité physique. Pourtant, durant les premières années de sa vie, chaque geste peut avoir un impact sur le développement psychomoteur et émotionnel de l’enfant…
Les besoins des enfants sont méconnus par grand nombre de personnes, les parents en premier. Les besoins biologiques vitaux sont prioritaires, mais l’enfant a toutefois besoin de contact physique et affectif, il a également besoin d’être en permanence en interaction avec autrui et son environnement pour développer tous ses sens et cela passe essentiellement par le jeu (espace transitionnel — concept développé par D. Winnicott pour parler de ce lieu de jeu ou le JE se forme). Toutes les fonctions cognitives sont en éveil dans la petite enfance et tous les apprentissages de base sont primordiaux et déterminent le fonctionnement psychique futur. Beaucoup de problèmes d’ordre psychologique et orthophonique peuvent être repérés et pris en charge efficacement dans la petite enfance, encore faut-il avoir les personnes qualifiées pour détecter tout cela.

Les éducatrices en crèche ne sont souvent pas qualifiées. Quel impact cela peut-il avoir sur le développement de ces milliers de petits enfants qui y grandissent ?

Il est question en effet de qualification et non de formation seulement. Souvent, nos crèches sont en déficit d’encadreurs qualifiés et passionnés. En tant que psychologue, j’ai souvent rencontré des annonces de recrutement de crèches qui cherchent des psychologues (diplômés) pour faire le travail d’une éducatrice de la petite enfance. Il est à noter qu’il existe une spécialité universitaire qui concerne l’Education. La formation des psychologues est différente et concerne la prise en charge socio-psycho-affective des personnes en difficulté. L’approche et la méthode ne sont pas les mêmes. Ces trois agents — psychologue, orthophoniste et éducateur(ice) — doivent travailler en coordination, chacun a son terrain d’intervention. A mon sens, et vu l’importance de cette tranche de la société qui est la petite enfance, il est capital de mettre en place un système de recrutement exigeant qui mette en avant les « qualités humaines» et les réelles motivations de celles ou ceux qui vont prendre soin de nos enfants.

Le diplôme seul ne suffit plus, d’autres paramètres doivent être pris en considération. J’insiste sur les motivations, car c’est un domaine pour lequel il faut réellement être passionné. Les lieux de vie de ces bouts de chou doivent répondre à leurs besoins afin de leur offrir un maximum de confort physique, affectif et relationnel pour créer cette continuité avec les conditions familiales et éviter tous les traumatismes liés à la séparation (surtout durant les premiers mois de la vie). Si toutefois nous souhaitons améliorer les conditions de ces institutions, il est nécessaire d’intervenir sur deux plans : ceux qui décident de travailler avec cette catégorie de personnes doivent être suffisamment motivés et formés à toutes les méthodes éducatives en vogue afin de répondre à tous les besoins des enfants. La formation doit être permanente et continue. Les institutions, quant à elles, doivent s’assurer que les conditions humaines (relationnelles) et physiques (aménagements et équipements) sont suffisamment sécurisantes pour les enfants qui, souvent, passent plus de temps en crèche qu’avec leur famille respective.
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