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Les batailles quotidiennes des migrantes

Publié le 18/12/2015, par dans Non classé.

Arriver par le désert, résister aux ghettos, encaisser les agressions, se battre pour gagner un peu d’argent. A l’occasion de la Journée internationale des droits des migrants, El Watan Week-End, en partenariat avec la mission Algérie de l’association Médecins du Monde, vous décrit la vie quotidienne de quatre migrantes subsahariennes installées en Algérie.

Maggie : Cinq jours en cellule pour avoir été agressée

Sur son jean, elle a enfilé un pull en laine où sont tricotés des motifs de flocons de neige. « Je suis un peu malade, mais ça va passer». Maggie, 27 ans, vit en Algérie depuis un an. Voix douce, sourire lèvres fermées. Elle ne rit que lorsqu’elle joue avec Grace, sa fille de 9 mois.

« J’ai quitté le Cameroun avec mon mari pour voir si on pouvait s’installer ici», raconte-t-elle. Mais après quelques mois, son compagnon est arrêté et condamné à 3 ans de prison. Il est incarcéré à Bouira. La jeune femme enceinte se retrouve seule. Elle accouche en mars à Oran. « Après l’accouchement, j’ai passé 4 heures debout. Sur une chaise ou par terre. Ils m’ont fait comprendre qu’il n’y a pas de salle, pas de lit, pas d’endroit où me reposer.

Ce qui m’a marquée, c’est que des femmes qui ont accouché après moi ont eu des salles, des lits, et moi j’étais là, debout. Ma petite était posée sur le lit d’une dame», se souvient-elle. Maggie fait une dépression. Elle est alors soutenue par d’autres migrants qui l’aident à trouver un nouveau logement : une pièce et une petite cour, sans eau courante, pour 12 000 DA par mois. Pour survivre, cette bachelière cuisine des plats que d’autres migrants viennent manger chez elle : « Il y a des jours où je peux me retrouver avec 1000 DA, d’autres 500 DA et il y a des semaines où je n’ai pratiquement rien. Parce que je ne suis pas la seule à faire ça.» Un responsable associatif qui la connaît estime qu’elle est « vulnérable» et s’inquiète. Mais Maggie rebondit. Elle arrête le traitement anti-dépresseur.

Viol

Au mois de novembre, elle part rendre visite à une amie avec une autre migrante. Les deux femmes demandent à un taxi clandestin de les ramener chez elles. Au bord du taxi, un deuxième homme est assis à l’avant. Au bout de quelques minutes, les deux jeunes femmes réalisent que le véhicule prend la mauvaise direction. Elles protestent. « Le conducteur a commencé à me caresser dans la voiture. Ils voulaient nous violer.

On a réussi à sortir de la voiture. L’autre homme a attrapé mon bébé par le cou. J’ai cru qu’on allait mourir.» Les deux migrantes tentent de s’enfuir, mais les deux agresseurs les rattrapent en voiture. Ils les rejoignent, leur arrachent leurs sacs et s’enfuient. La gendarmerie, dont une caserne est à une centaine de mètres, arrive à ce moment-là. Maggie, son amie et la petite Grace sont emmenées pour enregistrer une plainte. Lorsque les militaires réalisent que les deux migrantes n’ont pas de carte de séjour, elles sont mises en cellule pour immigration illégale. Elle fait une crise de panique et est emmenée à l’hôpital, puis ramenée en cellule.

Juge

Nous sommes un mercredi. Maggie ne verra le juge que le dimanche. « Dans le dossier, il n’y avait plus que l’immigration clandestine. Ils ont fait disparaître l’agression. On a oublié que ma fille a failli se faire tuer.» En attendant, elle n’a pas de couverture pour sa fille, juste un sandwich pour la nourrir. Lorsque la juge lui dit que l’affaire va devoir attendre deux semaines, Maggie s’emporte : « Ma fille ne pouvait pas rester dans une cellule. J’étais d’accord pour suivre la procédure, pour revenir voir le juge, mais il fallait que ma fille mange et se lave. C’est un bébé !» Elle finit pas être libérée, avec une obligation de quitter le territoire. « Je sais déjà que je ne peux pas le respecter, je n’ai pas l’argent pour repartir, il faut au moins 200 000 DA pour faire la route». Conséquences de l’incarcération, Maggie et Grace sont malades. Elle tient le coup « pour la petite». On toque à la porte. Des femmes sont venues prendre de ses nouvelles, d’autres pour l’aider à organiser une visite pour voir son mari en prison. « On a le soutien de nos compatriotes. Ici, nous sommes solidaires», sourit-elle. n

Agathe : Travailler pour aller mieux

Elle a un diplôme de technicienne de maintenance en informatique. Aujourd’hui, Agathe, 31 ans, s’occupe du linge dans une résidence. « J’ai commencé à l’accueil, je gagnais 4000 DA par mois.

Mais il faut accepter de le faire. Aujourd’hui, je gagne plus. Au départ, je n’aimais pas repasser. Mais de tous ces boulots-là, c’est le repassage que je préfère. Je m’en sors bien et je suis tranquille. Au lieu de monter, descendre, aller dans les chambres, soulever les lits, se baisser…», raconte-t-elle en riant. Avant de trouver cet emploi, la jeune femme revendait des produits qu’elle allait acheter en Côte d’Ivoire. L’argent gagné était économisé pour acheter un nouveau billet d’avion. Cette Camerounaise a une petite fille d’un an, née à Oran. Pendant qu’elle travaille, sa fille est chez une amie. Parfois, elle est obligée de l’amener avec elle. La petite joue avec les adultes de la résidence. « C’est compliqué d’avoir des enfants. C’est une double charge. Grâce au travail, je suis moins stressée. Je me sens autonome, je ne dépends que de moi-même. Avant de travailler, j’avais beaucoup de préoccupations. Je m’inquiétais quand je voyais que le lait de ma fille commençait à diminuer.»

Route

Quand elle arrive en Algérie il y a trois ans, elle imagine pouvoir entrer en Europe à l’aide des contacts d’un de ses amis camerounais qui vit déjà en France. « Je voulais voyager, évoluer. Toutes mes demandes de visa pour l’Europe étaient rejetées. Un voisin a fini par me dire que je n’avais pas besoin de visa, que la route était simple jusqu’au Maroc». L’aventure est plus compliquée que prévu et la déception est grande : « Si j’avais su, je ne serais pas venue. Je serais restée tranquille, Lire la suite

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