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Les agences de tourisme sont poussées à la fermeture

Publié le 20/03/2018, par dans Non classé.

Considéré comme l’avenir économique du Sahara, le tourisme à Tamanrasset est en train de mourir. Les mesures restrictives imposées par les autorités sécuritaires donnent une mauvaise image du pays et mettent à mal un secteur touristique qui peine à se développer. C’est ce qu’a déclaré le secrétaire général de l’Association des agences de tourisme de Tamanrasset, Benabdelkrim Abdelkrim. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il revient sur une situation des plus inquiétantes.
Lors du rassemblement des notables de Tamanrasset, samedi dernier, il a été particulièrement question de l’agonie du secteur du tourisme. Comment est-ce possible, avec tous les sites féeriques dont dispose la région ?

Tout simplement parce que nos dirigeants ne voient pas Tamanrasset comme une ville touristique, mais plutôt à problèmes. Or, s’il y a une région dans le Sahara où les habitants n’ont pas rejoint les groupes terroristes ou les contrebandiers, c’est bien Tamanrasset. En plus, nous sommes à 500 km du Niger et un peu plus de 450 km du Mali. Nous ne comprenons pas pourquoi une telle stigmatisation.

Djanet, qui est à quelques kilomètres de la Libye, ne connaît pas de mesures restrictives ou d’interdiction d’accès à des sites touristiques. Peut-on croire que Tamanrasset soit plus dangereuse pour les touristes que Djanet ? Je ne le pense pas.

L’Etat a beaucoup investi dans la sécurité. Vous n’avez qu’à voir le dispositif mis en place depuis quelques années. C’est impressionnant. Ce qui est pour nous très important, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Mais si, avec toute cette logistique et cette mobilisation humaine, on continue à nous obliger à nous faire escorter par trois véhicules de la gendarmerie, à chaque fois que nous emmenons des touristes à l’Assekrem, située à 80 km seulement de Tamanrasset, c’est qu’il y a un problème. Si vous avez un seul étranger dans le groupe, vous ne pouvez pas quitter l’hôtel sans escorte, même si c’est pour aller au centre-ville ou à l’aéroport.

Avez-vous eu des explications concernant de telles mesures ?

Nous avons écrit à toutes les autorités, mais en vain. Nous avons même tenté de convaincre l’ex-wali, en lui disant que l’Etat perdait beaucoup d’argent en dépêchant à chaque fois trois véhicules tout-terrain, avec à leur bord 9 ou 10 gendarmes, pour accompagner un touriste à l’Assekrem.

Pourtant, de Tamanrasset à l’Assekrem, il y a une sorte de couloir, avec deux accès, où des barrages fixes suffiraient largement pour assurer la sécurité. Pourquoi ne veulent-ils pas utiliser le corps des méharistes qui existe à Tamanrasset ? Ce sont des gens qui connaissent le désert et qui sont utilisés par les forces de sécurité à Djanet.

Les terroristes ne peuvent pas accéder à l’Assekrem sans passer par les deux accès. L’Assekrem est un lieu de pèlerinage. S’il n’est pas au programme, le touriste ne vient pas. Plus grave encore, ils nous obligent à prendre une escorte, chaque dimanche et mercredi. Cela veut dire que le touriste qui arrive mercredi soir — parce qu’il faut savoir que les vols à destination du Sud se font de nuit — doit attendre, enfermé à l’hôtel, jusqu’à dimanche, pour avoir une escorte. Est-ce des mesures qui incitent le touriste à venir en Algérie ? Tout nous a été interdit.

Le nouveau ministre du Tourisme a tenté d’encourager l’activité, en invitant 12 chefs de mission diplomatique accrédités à Alger, parmi lesquels les ambassadeurs de France et de Chine, pour le lancement de la saison touristique en novembre dernier.

Malheureusement, ils ne sont pas venus, tout simplement parce qu’ils ont reçu une lettre du ministère des Affaires étrangères leur indiquant l’annulation de cette visite. Soyons sérieux. Est-ce de cette manière qu’on encourage le tourisme ? Encore une autre entrave, cette décision de nous exiger de transmettre à la direction du tourisme, 72 heures avant l’arrivée des clients, la liste de ces derniers, leur identité et leur itinéraire, faute de quoi il y aura annulation de la visite.

Nous ne pouvons pas prendre en charge un touriste qui arrive à Tamanrasset, et qui veut, en deux jours, visiter les sites. N’est-ce pas un frein au tourisme ? De l’aéroport à l’hôtel, il lui faut attendre durant des heures l’escorte, et à chaque fois qu’il quitte son hôtel, c’est la même attente. C’est trop. Des agences ont été poursuivies en justice à l’étranger à cause de ces entraves. Certains ont payé le double de ce qu’elles ont reçu en dommages et intérêts, et d’autres sont encore en justice.

Pourquoi ne déposez-vous pas plainte contre l’administration ?

Qui oserait le faire sans prendre le risque d’être privé de sa licence ? Nous avons protesté contre le nouveau statut des agences de tourisme qui prévoit un cahier des charges et une clause qui nous oblige, ce qui est unique, à respecter toutes les dispositions qu’il contient et à venir…

Pourquoi ne pas l’avoir dénoncé quand il était en discussion à l’APN ?

Cette loi n’a pas été suffisamment médiatisée. Elle a été faite par les instances sécuritaires, pour des raisons sécuritaires. Par exemple, nous devons, chaque trois ans, présenter un nouveau dossier, pour avoir l’agrément. On ne nous voit pas comme des opérateurs qui ont consenti des investissements physiques et moraux, qui ont un personnel, des infrastructures, etc. C’est un abus. Ils disent que le tourisme est un palliatif au pétrole. Ici, dans la capitale du tourisme saharien, nous sommes étouffés et poussés à la fermeture. Il n’y a aucune volonté de développer le tourisme. Bien au contraire, tout est fait pour fermer le pays au tourisme…

Pourquoi à Djanet cette pression n’est pas perceptible ?

La différence entre les deux réside dans le commandement des autorités sécuritaires. A Djanet, les méharistes travaillent et les forces de sécurité n’ont pas besoin d’escorter les touristes. Elles patrouillent et assurent la sécurité en toute discrétion. Pourtant, Djanet est à quelques kilomètres seulement de Daech. Mais les agences sont à l’aise. A trois reprises nous avions décidé de sortir dans la rue et de manifester notre colère. Les plus sages nous ont raisonnés pour des considérations sécuritaires.

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