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«L’enfant est ballotté entre mécanismes juridiques inexistants et morale islamique tronquée»

Publié le 07/03/2016, par dans Non classé.

– Plusieurs dispositions régissant l’adoption par la kafala entravent l’épanouissement des enfants adoptés dans leur vie quotidienne. Pensez-vous que la mention faite dans la nouvelle Constitution pourrait améliorer le vécu de ces enfants ?

Dans la Constitution du 7 février 2016, la prise en charge de l’enfant abandonné est totalement consacrée à l’Etat, je m’en félicite et je pense que l’avancée est extraordinaire. Je m’explique : jusqu’ici, l’enfant était ballotté entre mécanismes juridiques inexistants et morale islamique tronquée, allant même souvent jusqu’à exclure l’enfant devenu jeune adulte des foyers pour enfants privés de famille, voire avant 18 ans dans certains cas. Cette liberté a très souvent alimenté la délinquance juvénile et les réseaux mafieux que vous devinez.

Aujourd’hui, grâce à cette mention constitutionnelle comme vous l’exprimez, l’Etat et l’ensemble des démembrements qui le composent se responsabilisent par une prise en charge totale. L’Etat devient non seulement le tuteur incontesté de ces enfants, mais s’oblige par voie de conséquence à mettre en place rapidement, pour se conformer à la nouvelle Constitution, des nouveaux textes pour la mise en œuvre de cette prise en charge sur le terrain. J’ajouterais qu’une refonte globale du mode de prise en charge « kafala» s’impose également.

– Les dispositions régissant l’héritage et le legs sont considérées comme une aberration. La loi empêche encore les parents adoptifs de faire respecter leurs vœux et d’assumer leurs choix. La société civile peut-elle peser pour changer cette donne ?

L’épineuse question sur le droit d’héritage des enfants en kafala reste très sensible. Croyez-moi, ce non-droit, érigé il y a des siècles par une poignée de jurisconsultes intéressés et sans scrupules, n’est malheureusement pas la priorité des savants musulmans d’aujourd’hui. Le Divin dans le fameux verset 5 de la sourate El Ahzab est pourtant très explicite dans l’intérêt suprême de l’enfant et de l’orphelin.

Lorsque vous lisez ce verset, il est exhorté par Allah qu’à défaut d’établir la filiation au géniteur, ces enfants doivent être considérés comme nos frères en religion et nos alliés (mawali). Je vous invite aussi à jeter un œil sur le verset 33 de la sourate En Nissa, où il est explicitement octroyé un réel droit d’héritage aux mawali. Vous voyez, le Saint Coran a permis aux législateurs et cela depuis le VIIe siècle de pousser la réflexion afin d’établir définitivement le droit de ces millions d’innocents, mais il n’en est rien, comme vous l’avez si bien exprimé et il n’en saura rien de ce côté-ci.

La société civile doit s’unir, s’organiser et vraiment peser de tout son poids sur les décideurs afin de rendre justice à ces êtres humains à part entière. Allah a exhorté leur naissance et par conséquent leur statut n’est pas à réduire par le premier autoproclamé qui s’érige parfois plus divin que Le Divin.

– Ces blocages s’appuient souvent sur des arguments religieux. Un changement selon des critères qui tiennent compte de l’intérêt de l’enfant adopté, de ses besoins et de la volonté des parents est-il possible, selon vous ?

Pour répondre au début de votre question qui évoque le blocage religieux, je vous invite à lire la réaction du président de la commission des fatwas du Haut-Conseil islamique, le docteur Mohamed-Cherif Kaher, qui s’était exprimé dans les colonnes d’El Watan du 17 juin 2011 suite au débat que nous avions provoqué à cette époque : « Vu l’ampleur que prend le phénomène des naissances hors mariage, j’insiste pour dire que l’ijtihad sur la question de la filiation est inéluctable. Il est nécessaire également d’œuvrer à trouver un consensus aux divergences qui divisent les hommes de religion. Se référant au verset 5 de la sourate 33 El Ahzab (les coalisés) – « Appelez-les du nom de leur père, c’est plus équitable devant Allah.

Mais si vous ne connaissez pas leur père, alors considérez-les comme vos frères en religion et vos alliés» –, la majorité des hommes de religion s’accordent à nier le droit de l’enfant né hors mariage au nom de son géniteur et à l’héritage, d’où le refus de recourir au test ADN. « Vous pouvez aisément comprendre qu’il s’agit plutôt d’absence de bonne volonté», le Dr Kaher le relate explicitement. Il est donc souhaitable de sensibiliser les pouvoirs publics afin d’obtenir une réelle avancée humaine à l’endroit de ces millions d’innocents et de consacrer l’intérêt suprême de l’enfant sans aucune distinction discriminatoire, comme imposé aujourd’hui par la nouvelle Constitution. Lire la suite

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