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«Le vrai débat c’est la constituante, la présidentielle est un faux débat»

Publié le 16/04/2018, par dans Non classé.

– Vous faites campagne en faveur de la convocation d’une assemblée constituante à seulement une année de la présidentielle. Cela ne risque-t-il pas de chambouler l’agenda politique et le calendrier électoral ? Est-ce l’objectif recherché ?

Le premier but recherché est de mobiliser la société autour d’un objectif majeur, à savoir la défense du pays. Car l’assemblée nationale constituante immunise le pays. Aller dans les conditions politiques, économiques et sociales actuelles vers une élection présidentielle, c’est ouvrir la voie de l’aventure.

On peut entrer dans une situation complètement incontrôlable. D’abord, parce que nous voyons, partout dans le monde, les grandes puissances qui interfèrent pour imposer des présidents qui sont à leur service exclusif. Nous voyons qu’il y a une course entre différents impérialismes vers notre pays en rapport avec la présidentielle.

Il est établi, de notre point de vue, que le système politique en vigueur n’est plus capable de se réformer de l’intérieur. Nous le pensions encore en 2009 et en 2010, où nous avions mené une campagne rassemblant 1,3 million de signatures pour demander au président de la République d’ordonner des réformes politiques profondes. Mais force est de constater que les réformes politiques de 2012 ont été complètement avortées par les députés de la majorité.

Elles sont devenues des contre-réformes qui ont entraîné la décomposition de la pratique politique ; ce qui met en péril l’Etat. Il est en situation de danger d’effondrement à cause de la collusion terrifiante de l’argent et les affaires d’un côté, et les institutions de l’autre, à travers les partis qui détiennent artificiellement la majorité.

Par conséquent, tenant compte de la double situation qui prévaut dans notre pays et des rapports de force au plan international, nous pensons que, avant de parler de la présidentielle, il faut enfin donner la parole au peuple algérien pour qu’il puisse exercer sa souveraineté. C’est au peuple de définir la nature des institutions, la nature du régime politique avec une refondation politique et institutionnelle nationale. C’est une question politique de fond.

La constituante fait partie de notre histoire nationale. Depuis l’Etoile nord-africaine en 1926 en passant par le PPA. Elle était au centre du combat pour l’indépendance de l’Algérie. Mais après l’indépendance, l’assemblée constituante a été confisquée par le système du parti unique. Il s’agit de dégager les conditions politiques et institutionnelles du vivre-ensemble.

– D’un point de vue concret, faut-il sauter la case de la présidentielle d’avril 2019 ?

Le PT anticipe sur les événements et fait dans la prospective pour définir ses objectifs à court, moyen et long termes. Il met toujours en avant, comme condition principale, la préservation de l’intégrité et la souveraineté du pays. Nous voulons que s’exprime la volonté du peuple.

L’assemblée constituante prendra le temps de rédiger une nouvelle Constitution ou de réformer l’actuelle pour dégager tous les instruments de l’exercice démocratique, pour mettre en marche une construction fiable et viable permettant au pays de traverser une situation mondiale lourde de dangers. Plongé dans le chaos chaque jour un peu plus, le monde est devenu imprévisible.

Il s’agit pour nous d’immuniser le pays. Pour nous, la priorité est à la sauvegarde du pays et non pas aux élections présidentielle, législatives ou locales. De ce fait, le calendrier électoral n’est pas primordial. Notre préoccupation est comment trouver une issue à cette impasse étouffante et mortelle pour le pays. Chaque jour qui passe est porteur de davantage de complication, de décomposition politique et de régression sociale.

– Donc, pour vous, le débat sur la présidentielle n’est pas prioritaire ?

Pour nous, le vrai débat c’est la constituante. La présidentielle est un faux débat. Parce que s’engager dans le débat présidentiel, c’est cautionner une situation qui peut être mortelle pour notre pays. Nous refusons que notre pays sombre.

– Etes-vous confiante quant à la réponse du président de la République ? Il pourrait être amené à convoquer une constituante, puisque votre lettre lui est adressée…

C’est la question que nous posent souvent les citoyens, mais cela ne les empêche pas de signer. Nous rappelons à chaque fois, que par le passé, le Président l’a déjà fait à propos de la loi Chakib Khelil de 2005 sur les hydrocarbures en décidant de renationaliser en 2006.

Et en 2012 au sujet des réformes politiques que nous avions réclamées à travers une campagne massive, même si elles ont été avortées par la suite, ce qui prouve d’ailleurs que le changement de système viendra du peuple, même si cela n’empêche pas le Président de prendre des décisions importantes. La politique c’est des processus. Le Président avait déclaré en 2001 que tamazight ne sera jamais constitutionnalisé deuxième langue nationale sans référendum.

Pourtant, un an plus tard, il convoquait les deux Chambres du Parlement pour ce faire. Puis en 2016, malgré les résistances de certaines parties, tamazight était reconnu comme 2e langue officielle. Et, enfin, en décembre 2017, le Président ordonnait au gouvernement le parachèvement de la reconnaissance de notre amazighité, une victoire éclatante après des décennies de combat sur une question démocratique très sensible.

Donc, nous expliquons aux citoyens que plus important sera le nombre de signataires, plus les chances de l’aboutissement de cette initiative seront bien plus grandes. Nous faisons confiance aux Algériennes et aux Algériens et dans leur capacité de discernement et à comprendre ce qui est en jeu dans notre pays et ce qui se joue au plan régional et international.

– Parlons justement de l’Exécutif, le gouvernement pèche par l’improvisation et le cafouillage. Qui décide finalement ?

En principe, c’est le président de la République qui décide et qui donne les orientations. Mais il est évident qu’il y a des responsables qui ont tenté de s’émanciper de cette contrainte, qui prennent des décisions à la hussarde. Le gouvernement semble naviguer à vue, sans boussole, parce qu’il n’y a pas d’homogénéité. Ce n’est pas un gouvernement issu d’élections libres et démocratiques avec une vraie assemblée qui contrôle son action. Il n’est pas l’émanation de la volonté populaire. Nous avons vu le Président à chaque fois intervenir pour corriger des décisions.

Est-il au courant de ce qui est écrit dans le décret du 7 mars ? Je l’ignore. Lire la suite

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