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Le triste sort de la recherche en sciences économiques et sociales dans notre pays

Publié le 04/02/2018, par dans Non classé.

Nous avons dénoncé avec force, dans la presse, la brutalité de ce que nous avons subi du fait de la direction du Cread, sans bénéficier de la protection d’une quelconque tutelle.
D’autres collègues chercheurs, outrés par le procédé, se sont joints à nous et nous avons longuement expliqué qu’il s’agissait d’une violence exercée contre l’accumulation scientifique, la capitalisation de savoirs, de savoir-faire et leur transmission dans un lieu qui devrait incarner ces valeurs afin d’être une véritable institution de recherche. Ne plus vouloir des sciences économiques et sociales, c’est refuser la connaissance sur soi, la compréhension de la société et de son fonctionnement. Il faut alors le dire clairement.

Ce sont les sciences économiques et sociales qui sont ciblées

Il existe une grave dérive qui consiste à humilier les représentants de ces domaines de recherche en leur faisant le reproche de ne pas figurer dans le classement de Shanghai, un classement où figurent, en première place, des universités américaines. Mieux encore, la direction générale de la recherche exige de nous la mise en conformité avec « le modèle anglo-saxon» après nous avoir demandé de nous inscrire dans « le modèle français».

Il faut savoir que dans les universités qui nous sont offertes en référence, l’année universitaire coûte à chaque étudiant de 40 000 à 80 000 dollars par an. Les bibliothèques, sur les campus, sont ouvertes 24h/24. Les enseignants-chercheurs et les étudiants évoluent dans un environnement qui permet l’accès à l’excellence.

Cela n’est pas le cas en Algérie, les étudiants en sciences sociales, dont sont issus les jeunes chercheurs, sont, en majorité, issus des classes populaires et bénéficient d’une scolarité gratuite. Ils sont le produit d’une université qui, à partir du critère de la langue, est désormais une université à deux vitesses : – par l’enseignement en langue française, on a défini des disciplines considérées comme nobles puisqu’elles sont en mesure de permettre un accès à un emploi qualifié et à une position sociale relativement prestigieuse au prix d’une sélection non assumée ; – les sciences économiques et sociales enseignées exclusivement en langue arabe à des étudiants qui, pour la plupart, n’ont pas une maîtrise suffisante d’autres langues, recrutent parmi les étudiants issus de familles ne bénéficiant ni de capital culturel ni de capital économique.

Elles sont devenues, de ce fait, des voies royales vers le chômage. Nous ne saurions, de même, ignorer tous les jeunes qui émigrent chaque année et/ou sont envoyés à l’étranger par manque de confiance dans le système de formation algérien.

Certains sont les enfants de responsables ou de collègues qui se sont battus pour l’arabisation totale des sciences économiques et sociales et qui se sont acharnés sur leurs collègues dits « francophones», traités de tous les noms et rendus coupables de tous les maux. Le marché du travail exerce aussi une discrimination en faveur des professionnels formés à l’étranger.

On peut comprendre que, dans l’état actuel de ce marché, les jeunes chercheurs, formés en Algérie, dans l’enseignement supérieur public et en langue « nationale», soient placés en situation de soumission face à une administration dont les attentes consistent à : – obtenir la prise en charge par les équipes d’études, d’expertises et non de véritables projets de recherche.

C’est ainsi que l’AARDESS a disparu du paysage social et que l’accumulation et la capitalisation d’expériences et de savoirs n’ont pu se faire. Serait-ce donc le destin inexorable de toutes les institutions de recherche en sciences économiques et sociales ? – Obtenir une rupture entre recherche et enseignement dans le domaine des sciences économiques et sociales.

Car comment perdre de vue que les enseignants-chercheurs sont la seule interface qui lie encore un centre de recherche à l’université ? Difficile de comprendre qu’au moment où les appels fusent de partout pour resserrer les liens entre les deux instances de la production scientifique, la recherche et la formation, des pratiques irresponsables militent en sous-main pour couper un cordon ombilical déjà bien fragile, renonçant à irriguer l’enseignement au sein des instituts, des facultés et des départements par l’expérience acquise dans la recherche.

De plus en plus, les universités sont transformées en « garderies», dont la mission réelle serait de contenir une possible révolte sociale des jeunes qui n’ont plus comme horizons que le chômage et de la harga.

Ces violences visent à obtenir la soumission d’une catégorie sociale

Il s’agit de soumettre les universitaires, les diplômés d’université, les cadres de la pensée à une administration qui, peu à peu, est devenue le « Big Brother», c’est-à-dire une entité violente et dont les pratiques sont erratiques. Il s’agit d’obtenir, par la violence, une soumission plus large du pays à une logique de pensée néocoloniale dans laquelle nous tenterions sans cesse de rattraper ceux qui demeurent les maîtres du jeu. Pour ce faire, on met à l’œuvre, sur le champ de la recherche en sciences économiques et sociales :
l une violence symbolique qui est légitimée par une prétendue opposition entre économie politique et analyse économique.

Or comment lire un modèle, comment lire une courbe, un tableau si on renonce à la compréhension des phénomènes observés comme le font ceux qui opposent « sciences exactes» et celles qu’ils appellent « les sciences du discours».

Nous sommes épuisés par les conditions matérielles dans lesquelles nous travaillons : manque d’espace, saleté, manque de chauffage, amphithéâtre aux vitres cassées et aux plafonds éventrés, coupures d’électricité, connexions capricieuses et aléatoires, manque de moyens réduisant les déplacements sur le terrain, distribution clientéliste des mobilités, absence de concertation et de démocratie dans la gestion et le fonctionnement de l’université. Les conditions de travail qui nous sont faites sont une illustration du statut qui est assigné à nos disciplines dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique.

La demande de soumission portée par l’administration s’exerce aussi par l’imposition du système LMD à des enseignants qui hurlaient qu’ils n’avaient pas les conditions d’application d’une mesure venue d’ailleurs, appliquée là-bas à des effectifs très réduits quand, du fait de la massification, les effectifs dans nos salles de cours peuvent dépasser la centaine d’étudiants.

La soumission a été recherchée aussi par la hausse des salaires de 2008. Une partie de la communauté universitaire a été « anesthésiée» à cette Lire la suite

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