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Le tournant dangereux de l’économie nationale

Publié le 07/12/2015, par dans Non classé.

Le texte qui attend de passer au vote au niveau du Conseil de la nation (Sénat), avant que le président Abdelaziz Bouteflika n’y appose sa signature, est en passe de soulever une tempête politique et sociale dans le pays.
Jamais une loi de finances n’a été autant critiquée, aussi controversée que celle de l’année 2016 que l’Assemblée populaire nationale (APN) vient d’adopter au milieu d’une très vive contestation de l’opposition. Ses concepteurs y voient l’unique salut pour un pays en crise : chercher à combler les déficits et à rétablir les équilibres financiers ébranlés par la chute brutale de la rente pétrolière, en recourant à l’augmentation des prix des carburants, à la révision à la hausse de plusieurs taxes, au renoncement aux subventions et à la privatisation tous azimuts. Ses détracteurs y trouvent un pur produit des lobbys de l’argent et d’une oligarchie qui a pris le contrôle des leviers du pouvoir.

Le texte, qui attend donc de passer au vote au niveau du Conseil de la nation (Sénat), avant que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, n’y appose sa signature, est en passe de soulever une véritable tempête politique et sociale dans le pays. Dans la classe politique, hormis les partis du pouvoir, soutenus par leurs appendices qui défendent les nouvelles orientations économiques du gouvernement, l’opposition qui siège au sein de l’APN — tout comme celle qui se trouve en dehors de l’institution parlementaire — les décrie et compte bien utiliser ses dernières cartouches lorsque le projet arrivera au Sénat pour le bloquer.

Bien que l’on ne sache pas encore comment le Front des forces socialistes (FFS), qui dit avoir un plan pour la faire capoter, s’y prendra, tout comme Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) et membre des « 19-5», qui demande au chef de l’Etat d’user de son pouvoir pour faire échouer le projet, on ne voit pas ce qui empêchera la loi de finances 2016 de poursuivre son bonhomme de chemin. Cependant, le risque est ailleurs puisqu’au sein du Parlement, le gouvernement jouit d’une majorité confortable pour faire adopter ses propres lois. C’est en revanche sur le terrain social qu’il peut rencontrer une farouche résistance, dont les dernières manifestations de la zone industrielle de Rouiba ne sont que les prémices.

Toutes les conditions sont réunies pour la naissance d’un mouvement social autrement plus large pour dénoncer la perte du pouvoir d’achat, conséquence d’une brusque augmentation des prix et de l’abandon par l’Etat des politiques sociales, ne serait-ce qu’en partie. Si l’Exécutif tente de rassurer l’opinion que les mesures n’auront pas de répercussions sur les catégories les plus pauvres, leur application finira par démontrer le contraire. Et le choc ne sera que plus grand. Car, il faut le dire, on ne mesure pas encore les conséquences de la loi de finances 2016.

Il est vrai que le pouvoir mise sur la désorganisation des forces sociales et des syndicats qu’il a lui-même empêchés de travailler, mais il reste une donne que nul ne maîtrise : comment les citoyens accueilleront l’entrée en vigueur de la loi de finances la plus impopulaire de l’histoire de l’Algérie ? Les Algériens accepteront-ils de consentir des sacrifices ? Pas si sûr. On les voit déjà grimacer à l’idée de se plier aux mesures d’austérité échafaudées par un Exécutif qui a échoué à diversifier l’économie malgré une manne pétrolière providentielle et des dépenses publiques qui avoisinent 1000 milliards de dollars.

Ce n’est pas la seule inquiétude qui devrait mettre à mal les plans de l’Exécutif. Il y a aussi le climat politique délétère qui prévaut dans le pays et surtout le vif débat qui s’installe sur les capacités du chef de l’Etat à honorer les charges liées à la fonction présidentielle, ainsi que « l’existence de forces extraconstitutionnelles qui gèrent le pays à sa place» — Louisa Hanoune parle d’un pouvoir parallèle et Lakhdar Bouregaâ, ex-commandant de la Wilaya IV, évoque « un Président pris en otage» — qui ne sont pas pour arranger les affaires d’un gouvernement qui n’a pas les moyens de sa politique. Lire la suite

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