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«Le temps de la transition démocratique arrivera»

Publié le 02/04/2017, par dans Non classé.

Depuis quelque temps, vous ne parlez plus de vacance de pouvoir mais d’impasse politique. Vos adversaires vous accusent de faire dans le nihilisme, vos discours sont déprimants. En quoi la situation du pays est-elle dans l’impasse ?

J’ai cessé de parler de vacance du pouvoir car il y a aujourd’hui plus grave qu’elle et c’est l’impasse politique totale que nous vivons. L’Algérie est dans un état de panne généralisée politiquement, économiquement et socialement. C’est une impasse historique. Je veux dire que jamais dans son histoire contemporaine notre pays n’a été confronté à la concomitance de crises politique, économique et sociale d’une telle acuité et d’une telle ampleur. Mais face à la concomitance de toutes ces crises, il n’y a plus de digues institutionnelles dignes de ce nom.

Qu’entendez-vous par là ?

L’Algérie semble être entrée dans une ère de glaciation politique, économique et sociale. Tout est figé et plus rien ne bouge. L’inertie et l’immobilisme sont les deux principales caractéristiques de cette impasse politique dont je parle et contre laquelle je ne cesse de mettre en garde. Le pays n’est plus gouverné. Les affaires de l’Etat sont laissées en jachère. Les problèmes s’accumulent et faute de solutions, ils sont livrés à la dégradation et au pourrissement. Tout cela se paye et se paye au prix fort. L’Etat ne projette plus de lui-même l’image du sérieux, de la rigueur et de l’autorité. Les institutions politiques n’assurent plus leurs missions nationales comme il se doit. Le besoin d’ordre cède le pas au glissement vers le désordre.

Où se situe, selon vous, le foyer de tous ces dysfonctionnements ?

Il est dans un système politique qui n’a plus de ressorts ni de souffle et qui est à court d’idées. La crise mère est dans le système politique lui-même. L’impasse politique est le produit de cette dernière. La crise économique, à l’abandon, en est aussi un autre révélateur. Et la montée des tensions sociales qu’on ne sait plus comment conjurer est également à attribuer à cette même crise mère. Un système politique en état de dégradation dégrade avec lui l’Etat national lui-même. C’est ce qu’il y a de plus périlleux dans la phase actuelle, et c’est ce qu’il y a de plus dangereux dans l’impasse politique totale que nous vivons. L’Etat national est notre bien commun le plus précieux.

C’est lui l’enjeu de cette impasse politique, c’est lui que nous devons préserver, protéger et défendre. Il est le ciment de l’unité nationale. Lorsqu’il s’affaiblit et se fragilise, il y a toujours le risque qu’il affaiblisse et fragilise l’unité nationale avec lui. Ce n’est qu’un risque, mais il importe de ne pas le courir.

Dans votre dernier discours, celui que vous avez prononcé lors du meeting que vous avez animé à Béjaïa, vous avez insisté sur l’unité nationale. Pourquoi avez-vous développé un tel thème dans cette région précisément ? Et croyez-vous que l’unité nationale soit réellement menacée ?

Je vous avoue que j’ai ressenti le besoin de parler d’unité nationale pour de nombreuses raisons. En tout premier lieu, j’ai éprouvé une gêne et un malaise profonds, en janvier dernier, lorsque j’ai constaté qu’aucune autorité politique à quelque niveau que ce soit n’a senti le besoin de se rendre à Béjaïa alors qu’elle était submergée par une vague de violence. Voilà encore une image de l’impasse politique et de l’incapacité dans laquelle elle met l’Etat d’assumer même une mission de solidarité nationale.

Cela, en soi, était déjà une faute politique mais une faute politique plus grave est venue s’ajouter. Alors que Béjaïa attendait de la compassion et du réconfort, elle n’a eu droit qu’aux anathèmes et aux accusations de collaboration et d’intelligence avec un ennemi toujours indéfinissable et toujours indéfini. Un membre du gouvernement a ainsi incriminé avec beaucoup de légèreté et beaucoup d’irresponsabilité « des mains intérieures alliées à des mains étrangères». Un autre a cru devoir verser dans la surenchère et a assuré avoir trouvé les origines de « ce complot» dans certaines capitales occidentales et même en Israël. Cela s’appelle jeter de l’huile sur le feu, mais nos gouvernants n’en ont cure.

Enfin, en janvier dernier et au début de ce mois, deux conférences ont été interdites dans la wilaya de Béjaïa. La première devait être animée par un romancier et la seconde par un universitaire. Nos gouvernants semblent ne rien apprendre des erreurs tragiques du passé et se condamnent donc à les répéter de manière tout aussi inacceptable et tout aussi intolérable. Voilà pour les faits qui m’ont amené à évoquer ce thème de l’unité nationale qui me tient à cœur, comme il tient à cœur à tous nos compatriotes où qu’ils se trouvent.

Cette région a porté la cause de la démocratie et de l’identité nationale. La défense de cette cause n’a pas appauvri le débat politique, elle l’a enrichi ; elle n’a pas fragilisé l’unité nationale, elle l’a consolidée ; elle n’a pas fait reculer le pays, elle l’a fait avancer.

Le comportement de nos gouvernants n’est pas un comportement d’inclusion et de conciliation. Leur discours politique n’est pas un discours d’apaisement. On n’apaise pas les esprits par les offenses et les interdits. On ne gagne pas les cœurs par des accusations de collusion avec l’étranger. Nous connaissons tous les ravages causés par de tels comportements et de tels discours dans le passé. Les répéter constitue le sommet de l’erreur politique.

Vous avez appelé à une transition apaisée et graduelle, mais, paradoxalement, votre parti a décidé de boycotter les élections législatives du 4 mai. Vous savez très bien qu’aucun changement pacifique ne peut être conçu en dehors d’un processus électoral. Beaucoup ne comprennent pas votre démarche. Quelles explications avez-vous à leur donner ?

Notre parti a, en effet, décidé de ne pas participer à la prochaine échéance électorale et je crois sincèrement que tout ce qui se passe actuellement lui donne parfaitement raison. Nous revendiquons certes le changement, mais croyez-vous que ce sont des élections d’une aussi mauvaise facture qui nous l’apporteront ? Auparavant, les élections suscitaient des scandales après leur tenue, c’est-à-dire après la proclamation de leurs résultats qui laissaient apparaître la main lourde et Lire la suite

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