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«Le site est reconnu pour être un parfait amplificateur des ondes sismiques»

Publié le 17/05/2016, par dans Non classé.

Le professeur Abdelkrim Chelghoum, directeur de recherche, expert en numérique et génie parasismique, président du Club des risques majeurs, affirme que le site choisi pour accueillir la Grande Mosquée d’Alger « est constitué en partie de couches de sédiments reconnus pour être de parfaits amplificateurs des ondes sismiques». Dans cet entretien, il met en garde contre « le risque majeur relatif au grand regroupement humain, plus de 100 000 fidèles, au même moment et même endroit, de surcroît mitoyen à la principale voie express» qui, selon lui, « n’a jamais été étudié».
– En tant qu’expert, qu’est-ce qui pose problème dans la construction de la Grande Mosquée d’Alger ?

En effet, la problématique initiale que j’avais soulevée bien avant le lancement du projet concerne le choix du site par rapport à la « non-consistance» des couches de sol en place, d’une part, et la superficialité de l’investigation géotechnique conduite par le groupement public Laboratoire national de l’habitat et la construction (LNHC) – et le Laboratoire central des travaux publics (LCTP) d’autre part. Il faut dire qu’aucune étude dynamique approfondie des sols avec les modèles numériques adéquats n’a été publiée à ce jour par le maître d’ouvrage.

Aussi, il est important de souligner qu’une investigation fine et sérieuse des sols représente un des prérequis pour la sécurité future de l’ouvrage vis-à-vis des risques majeurs encourus au niveau de ce site. Malheureusement, depuis le début de l’appel d’offres, ce projet a été mis sous une véritable chape de plomb par les autorités concernées, refusant systématiquement tout débat technique contradictoire sous prétexte que l’ouvrage est éminemment stratégique et relève directement du président de la République ; alors, en tant qu’expert et au nom de tous les confrères, permettez-moi de rappeler à tous nos détracteurs que notre souci majeur a toujours été la réussite et la livraison sans faille de ce monument, mais pas au détriment de la sécurité.

– Les autorités disent que la réalisation repose sur une technique qui divise le risque sismique par trois. Est-ce le cas et y a-t-il danger ?

Il faut rappeler que ce commentaire a été fait il y a cinq ans par le ministre des Affaires religieuses, initiateur et maître d’ouvrage du projet en réponse à une de mes contributions sur cette problématique et voilà que maintenant nous assistons à un remake de ce même commentaire, galvaudé tous azimuts à chaque occasion par l’actuel ministre, nouveau responsable du projet. Dans mes diverses sorties médiatiques, j’avais clairement souligné le ridicule de cette déclaration qui vise à tromper l’opinion publique, d’une part, et à donner une très mauvaise publicité au savoir-faire algérien à l’étranger, d’autre part.

Afin de pallier ce manque de professionnalisme de la part de ces responsables qui n’ont pas la formation requise pour gérer cette catégorie d’ouvrage, j’avais proposé l’organisation d’une conférence pour expliquer à leurs conseillers et techniciens le fonctionnement d’un isolateur et surtout les différents paramètres susceptibles d’être atténués et dans quelle proportion, et ce, pour éviter tout amalgame technique. Malheureusement, cinq ans après, il est triste de constater que le nouveau maître d’ouvrage utilise les mêmes propos populistes que son prédécesseur.

– Est-ce que le choix de l’emplacement n’a pas été suffisamment étudié sachant qu’il se trouve entouré de nombreux sites à risques : centrale électrique, la mer, oued El Harrach, etc ?

Comme j’ai tenu à le souligner à chaque occasion, le choix du site pour la réalisation d’un mégaprojet est fondamental. Cette approche doit être sous-tendue d’abord par une étude d’impact sur l’environnement, ensuite une quantification des risques encourus, et enfin une étude très fine des sols en place afin de pouvoir anticiper tous les effets probables induits dans le cas d’une secousse sismique sévère, tels que les phénomènes de liquéfaction, de tassement et de glissement en profondeur. Il faut savoir que ce site en bord de mer et mitoyen au célèbre oued El Harrach est constitué en partie de couches de sédiments reconnus pour être de parfaits amplificateurs des ondes sismiques.

Dans le cas de cette approche, il faut dire que rien n’a été fait. Aussi, je dois rappeler que le risque majeur relatif au grand regroupement humain, plus de 100 000 fidèles, au même moment et même endroit, de surcroît mitoyen à la principale voie express, n’a jamais été étudié dans le cas de ce projet. Ce risque, il faut le dire, demeure intimement lié à la sécurité nationale.

Concernant ce volet, dans une récente déclaration à la presse, le maître d’ouvrage a savamment expliqué que ce choix a été décidé sur la base de l’histoire de la région baptisée Mohammadia, du nom de notre prophète Mohamed (QSSS) en remplacement de l’ancienne appellation coloniale du nom du général Lavigerie.

– Selon vous, les procédés de réalisation ont-ils été respectés ?

Les procédés de réalisation sont intimement liés aux différentes étapes des études d’exécution. Là aussi je viens d’apprendre que ces études sont du ressort de l’entreprise chinoise et non du maître d’œuvre. Ce qui est aberrant, voire illégal.

– Est-il normal que la société chinoise qui exécute les travaux ait été chargée de faire les plans et de les remettre au bureau d’études allemand avant qu’il ne soit écarté du projet ?

Sur ce chapitre, la réglementation est claire. L’entreprise chinoise est choisie pour la mission de réalisation et non celle de la maîtrise d’œuvre. J’ai appris ces derniers jours que le BET de cette entreprise a été chargé par le ministère de l’Habitat d’élaborer les plans d’exécution qui sont ensuite soumis au BET allemand pour approbation.

C’est une procédure illégale dans le fond et la forme, une « véritable forfaiture technique» qui relève du pénal. Je pense que la justice de ce pays devrait s’autosaisir. Dans ce cas, trois questions méritent d’être posées : quel est l’apport des structures techniques relevant du ministère de l’Habitat telles le CTC, le CGS, le Cnerib et les bureaux d’étude technique publics, etc. ?

Qui endossera la responsabilité dans le cas d’un sinistre ? Allons-nous encore assister à une autre situation kafkaïenne identique à celle que nous avons vécue lors du Lire la suite

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