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Le silence embarrassé des autorités

Publié le 14/04/2016, par dans Non classé.

Les questionnements chargés d’inquiétude de l’opinion publique et de la classe politique — en droit de savoir — mettent le Président et son gouvernement sous pression.
Embarrassant est le silence de la présidence de la République qui vient de vivre une semaine désastreuse. Entamée par une polémique avec le journal Le Monde sur la publication en une de la photo de Bouteflika pour illustrer le scandale Panama Papers, suivie de la convocation de l’ambassadeur de France, du refus de visa pour les journalistes, la semaine se termine avec les affreuses images du Président.

Diffusée au soir de l’audience avec le Premier ministre français, Manuel Valls, la séquence montrant Bouteflika dans un état insoutenable a plombé le moral national. Le désarroi a même gagné des niveaux supérieurs dans le pouvoir. Les réactions d’indignation, de colère et de sidération sont à la hauteur de l’absurde jeu politique auquel s’adonnent les décideurs.

Où sont passés les « porte-parole» du régime ?

Les questionnements chargés d’inquiétude de l’opinion publique et de la classe politique — en droit de savoir — mettent le Président et son gouvernement sous pression. Le choc provoqué par les images n’est pas seulement moral, il est aussi et surtout politique. Comment faire oublier cette pénible séquence qui rappelle, si besoin est, l’ampleur du désastre qui ronge la maison du pouvoir ? Pas si simple. Les multiples porte-parole du pouvoir, qui n’existent que par les démons qu’ils inventent, sont comme sonnés et désarçonnés.

Ils sont groggy. Les mises en scène de réception de personnalités de passage par Alger à la résidence d’Etat, érigées en stratégie de communication politique pour répondre à ceux qui doutent de la capacité de Bouteflika à gouverner, ont manifestement atteint leurs limites. Elles ne peuvent plus fonctionner.

Désormais, il y a un avant et un après la triste séquence de dimanche soir. La pathétique scène qui s’est déroulée à Zéralda, qui laissera assurément des séquelles indélébiles dans le corps national, ne relève pas d’une simple erreur de communication et de mésaventure protocolaire. Elle fait partie de cet enchaînement de séquences fâcheuses du scénario noir amorcé depuis avril 2014. Une élection qui a rompu les derniers consensus à l’intérieur du régime et qui a poussé à l’extrême les dérives présidentialistes pour se proclamer in situ une présidence à vie.

Depuis, à la lumière des contre-performances politiques successives, il s’avère que les tenants du pouvoir ne sont plus en mesure de gérer la « quincaillerie interne». En livrant la guerre au général Toufik Mediène et ses Services secrets pour faire main basse sur l’essentiel des leviers de commande, Bouteflika s’est privé, paradoxalement, d’un instrument aussi efficace que redoutable qui organise le jeu politique dans l’ombre.

La reconduction de Bouteflika pour un quatrième mandat, alors qu’il n’est plus en mesure d’assumer une responsabilité aussi lourde, a précipité le pouvoir dans un engrenage dont il est difficile de sortir. Elle place dangereusement le pays dans le vide. Le renforcement de ses pouvoirs par la reprise en main des principaux points d’appui politiques, économiques et militaires formalisés dans une révision qui souffre de consensus ne lui a pas permis d’asseoir une base politique solide.

Cela a étrangement abouti à son isolement. Un pouvoir personnel doublé d’une mystification qui camoufle mal un immobilisme politique. Aujourd’hui, l’image d’un homme à l’éloquence de feu a laissé place à un Abdelaziz Bouteflika vieillissant, impotent, incapable de diriger le pays. Une fin solitaire. Un autocrate isolé et manipulé par son entourage, lui qui s’est toujours vu comme « l’incarnation de l’Algérie et de son peuple».

Le pouvoir sans la responsabilité

Dans l’esprit des anciens, c’est l’image de Habib Bourguiba, l’ex-chef d’Etat tunisien, qui réapparaît. Son entourage immédiat joue la carte du temps qui, visiblement, n’est plus un allié, mais surtout celle de la légalité constitutionnelle. « Tant qu’il est en vie, il ira au bout de son mandat qui court jusqu’à 2019», assure un ancien compagnon du chef de l’Etat.

Mais le pays peut-il s’accommoder encore plus longtemps d’une pareille situation politique, alors que les défis exigent une présence et un leadership permanents ? Loin des cérémonies et des discours officiels, de nombreux hauts dirigeants affirment toute la « difficulté de la tâche dans un monde qui évolue rapidement et dont les rapports de force changent constamment».

Ancien ministre et diplomate affûté, Abdelaziz Rahabi ne se trompe pas en assurant que l’état du pouvoir actuel « affaiblit considérablement les capacités de représentation du pays». Au plan interne, la « vacance présidentielle» a ouvert la voie au champ du non-droit. Amie de longue date de Bouteflika, la militante indépendantiste Zohra Drif-Bitat résumait l’équation en disant : « Ceux qui ont la responsabilité n’ont pas le pouvoir et ceux qui détiennent le pouvoir n’ont pas la responsabilité.»

L’opposition, pour sa part, dénonce inlassablement des « groupes politiques informels qui s’emparent des leviers du pouvoir» et réclame l’application de l’article 88 de la Constitution et la convocation d’une élection présidentielle anticipée. Mais en l’état actuel d’un pouvoir verrouillé, les instruments pour mettre en application cette exigence sont inopérants.

Les lignes de clivage entre les deux blocs rendent les chances d’un possible compromis — pourtant si nécessaire — minimes. En bas, la société, dans ses différentes strates, à bout de souffle, observe, en apparence froidement. Elle s’interroge, non sans inquiétude. Mais elle est aussi à bout de nerfs. L’histoire est imprévisible. Elle peut connaître une accélération rapide et brutale. Lire la suite

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