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«Le secteur agricole est mal connu parce qu’aucune

Publié le 23/04/2018, par dans Non classé.

– A la veille de la tenue des assises nationales sur l’agriculture, peut-on parler de modèle agricole algérien ?

Sur le plan institutionnel, on peut parler d’un modèle agricole algérien dans la mesure où l’agriculture algérienne comprend des types d’exploitations agricoles qui – à ma connaissance – n’existent pas dans d’autres pays.

C’est le cas des exploitations agricoles collectives (EAC) et des exploitations agricoles individuelles (EAI), dont le foncier reste propriété privée de l’Etat mais est donné en concession à des agriculteurs pour une durée de 40 ans. Pour leur permettre de se développer, le statut de concessionnaires de ces derniers leur permet désormais de s’associer à des capitaux privés. Sur le plan technique et agronomique, il n’y a pas à proprement parler de modèle spécifique à l’agriculture algérienne.

– De la révolution agraire à nos jours, le secteur agricole peine à sortir du cadre purement expérimental, nous passons d’une formule à une autre sans arriver à adopter un modèle agricole pérenne et efficace. Pourquoi à votre avis ?

Il est vrai que le secteur agricole a connu beaucoup de changements, en particulier le secteur agricole d’Etat. La « révolution agraire» n’a duré que quelques années, puis les terres ont été rendues à leurs propriétaires.

Quant au secteur agricole d’Etat, depuis sa constitution en 1963, il a connu moult péripéties : coopératives d’anciens moudjahidine dans les années 1960, gestion centralisée des anciennes fermes coloniales par l’Office national de la réforme agraire (ONRA), libéralisation de la commercialisation au début des années 1980, restructuration en 1987 avec la constitution des EAC et EAI, la dissolution des coopératives de services et la fin de la garantie de l’Etat sur les crédits accordés par la BADR, tolérance du partage de facto entre les attributaires de nombreuses EAC, puis remise en cause de la loi de 1987 pour ramener le droit de jouissance à 40 ans et permettre aux EAC d’avoir des partenaires privés sans toutefois légaliser le partage des EAC…

Tous ces changements ont amené les agriculteurs du secteur agricole d’Etat à se sentir peu sécurisés dans leur statut, donc enclins à peu investir ou même à désinvestir, comme au moment de la création des EAC et EAI en 1987 (vente du cheptel et de matériels).

Les changements s’expliquent par la contradiction entre deux objectifs du pouvoir politique dominant depuis l’indépendance : d’une part garder le contrôle du secteur agricole étatique, d’autre part essayer d’augmenter les productions de ce secteur. D’où ces tâtonnements – se traduisant par les changements décrits précédemment – pour essayer de résoudre cette contradiction.

– Nous partageons des conditions climatiques similaires avec des pays qui ont réussi le défi de la sécurité alimentaire. Où en est-on et où se situe notre échec ?

Il ne faut pas confondre autosuffisance alimentaire et sécurité alimentaire. L’autosuffisance alimentaire signifie qu’un pays produit toute l’alimentation de sa population. A notre époque, aucun pays n’est autosuffisant sur ce plan. Quant à la sécurité alimentaire, un consensus a été trouvé sur sa définition au sommet mondial de l’alimentation, organisé par la FAO en 1996.

Elle « est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine». Autrement dit, la sécurité alimentaire implique donc :

– la disponibilité d’aliments « en quantité suffisante et d’une qualité appropriée», cette disponibilité provenant indifféremment de la production nationale et/ou des importations ;

– l’accès à la nourriture de tous les habitants d’un pays, cet accès pouvant être obtenu par différents moyens (achat, autoproduction, aide alimentaire) ;

– l’utilisation de la nourriture « dans le cadre d’une diète adéquate, d’eau potable, d’assainissement et des soins de santé de façon à obtenir un état de bien-être nutritionnel qui permette de satisfaire tous les besoins physiologiques». Tous ces éléments soulignent le rôle des facteurs non alimentaires dans la sécurité alimentaire ;

– la stabilité de l’accès à la nourriture, c’est-à-dire la permanence de cet accès (absence de rupture dans l’approvisionnement, quelle que soit la cause de la rupture éventuelle).

Selon cette définition, la sécurité alimentaire est assurée en Algérie, le pays ayant les ressources financières – grâce à la rente pétrolière – pour importer suffisamment de nourriture en complément de ses productions (en termes de calories, environ 68% de la nourriture de la population sont importés en année quinquennale moyenne 2009-2013).

– Avec la chute des prix du pétrole, beaucoup ont parié sur un renouveau agricole. Pourquoi ce renouveau tarde-t-il à venir ?

Je suppose que par « renouveau agricole» vous voulez dire que l’agriculture doit faire de grands progrès en termes de rendements et de productions pour compenser un tant soit peu la baisse des recettes pétrolières par la diminution des dépenses en devises pour les importations alimentaires ? A mon avis, dans ce sens, le renouveau a commencé il y a plusieurs années et est toujours en cours, surtout grâce à des investisseurs privés dont certains ont introduit de nouvelles techniques agricoles et d’élevage.

Mais, ce renouveau est fortement freiné par la diminution des dépenses de l’Etat en direction du secteur agricole, du fait de la chute des recettes pétrolières : la chute des dépenses a concerné les infrastructures (électrification rurale pour l’irrigation, ouvrages de mobilisation des eaux, infrastructures de stockage) et aussi les aides à l’investissement à la ferme (machines, forages, équipements d’irrigation…), et aux intrants (engrais, semences performantes, produits de traitement…).

– Le foncier agricole demeure l’otage d’une gestion qui manque de transparence. Quelle est, à votre avis, la meilleure façon de gérer ce foncier ?

Pour le foncier qui est juridiquement propriété privée de l’Etat (donc aliénable) (les ex-terres coloniales et la plupart des terres steppiques), la règle générale est qu’il ne doit pas être privatisé, cela parce qu’il est souhaitable que la rente foncière (revenu de la propriété du sol) soit perçue par l’Etat afin que celui-ci l’utilise pour le développement, en particulier pour le développement agricole et rural.

Le statut de la concession paraît approprié de ce point de vue. Encore faut-il que l’Etat mette en place les Lire la suite

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