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«Le salafisme contrôle les circuits informels»

Publié le 04/02/2018, par dans Non classé.

Ancien ministre des Affaires religieuses durant plus de dix ans et président du HCI (Haut conseil islamique), Bouabdellah Ghlamallah a démenti avoir décrété une quelconque fatwa sur les harraga, qui ne sont pour lui que des victimes.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, et sans prendre de gants, il revient sur l’extrémisme religieux, les ahmadites, les salafistes, l’institution d’Al Azhar, le gel de la création du poste de mufti de la République, mais aussi sur l’invitation adressée par l’université d’Oum El Bouaghi à un imam saoudien qui encourageait, il y a quelques années seulement, le terrorisme en Algérie et qui est chargé de « souffler» sur les braises des printemps arabes…

Vous avez fait polémique en déclarant que la « harga», l’émigration clandestine, est un péché. Qu’en est-il au juste ?

Je n’ai jamais dit que le Haut conseil islamique a décrété une fatwa déclarant l’émigration clandestine « haram» (ndlr, péché). Je quittais le Conseil de la Nation lorsqu’un journaliste d’une chaîne de télévision privée m’a accosté pour me parler des harraga. Il m’a lancé : « N’est-ce pas ‘‘haram » que des jeunes meurent en traversant la mer ?» Je lui ai répondu : « Bien sûr que c’est haram», en expliquant que la prise en charge de cette question doit prendre en compte les aspects sociaux, psychologiques, économiques et culturels.

Pour que je puisse décréter une fatwa, il faut que je me mette dans les mêmes conditions qui ont amené ce jeune Algérien à prendre ses enfants et de traverser la mer en prenant tous les risques. Il faut que j’étudie sa situation sociale et familiale afin que je puisse comprendre et décider.

Or, cela n’a jamais été fait. Ces jeunes sont victimes de ces gens qui leur présentent l’Europe comme le paradis sur Terre. J’ai vu quelqu’un sur la Toile qui expliquait qu’il était réparateur de parabole à Aïn Témouchent et qu’il avait postulé pour un logement qu’il n’a pas obtenu. Il est parti en Espagne, où il dit aux jeunes qu’il vit beaucoup mieux qu’en Algérie.

Personnellement, je suis plus que certain qu’il n’est pas bien. Beaucoup de jeunes vont le croire. Ceux qui partent ne sont les bienvenus ni en France, ni en Espagne, ni ailleurs dans le monde. Nos migrants vivent dans des conditions inhumaines en Europe. Je ne peux juger leur acte, et sur quelle base vais-je le faire ? Nous n’avons pas d’étude précise.

Ce que je sais, c’est qu’une bonne partie prend le départ de la région de Sidi Lakhdar, notamment à la périphérie de Sidi Ali à Aïn Témouchent. Ces villes ont connu des exodes massifs et successifs qui ont aggravé les problèmes de logement et le chômage. Certains dépensent un argent fou pour construire ou acheter des barques et payer les passeurs, etc. sans être certains de rejoindre l’autre rive. Ils sont victimes de leur situation…

Le Hci semble invisible et muet face à l’émergence de certains courants radicaux comme le salafisme, le wahhabisme, ou encore le chiisme, considérés comme étant une menace pour la société. Peut-on avoir une explication ?

En ce qui concerne la situation religieuse, l’avis du HCI a toujours était présent. Il soutient et accompagne le référent national…

Mais nous n’avons pas entendu l’avis du Hci concernant l’hégémonie des salafistes sur de nombreuses mosquées ou l’entrisme du wahhabisme…

Bien au contraire. Nous avons organisé de nombreuses conférences de haut niveau consacrées à ces sujets. Peut-être qu’elles n’ont pas été suffisamment médiatisées, mais nous ne pouvons pas dire que le Hci est absent. Lorsque nous parlons de l’école ou de la mosquée, nous nous adressons aux institutions qui les gèrent.

Je peux vous dire par exemple qu’avec le ministère de l’Education nationale, il y a une forte collaboration. On nous envoie les programmes, nous les étudions et nous donnons notre avis, y compris sur la formation des enseignants, un métier très important qui a perdu de sa valeur…

Qu’est-ce qui a fait que l’école algérienne ait régressé ?

Avant, nous avions 73 Instituts des technologies de l’enseignement (ITE) dédiés à la formation des enseignants. Où sont-ils aujourd’hui ? Nous avions entre 4000 à 5000 corps formateurs. Que sont-ils devenus ? Nous avions une force qui aurait pu faire de l’Algérie un pays leader en matière d’éducation. L’école ne forme plus. Ce qu’elle enseigne est insuffisant.

Elle sort de ses rangs des universitaires, des enseignants alors que l’université n’a pas pour vocation de produire des enseignants. Les ITE étaient spécialisés. Ils avaient des programmes et des formateurs spécifiques. Le ministère de l’Education nationale ne participe plus à la formation. Nous avons perdu trop de temps.

La même situation concerne les imams, puisque la problématique de leur formation se pose avec acuité. Est-ce le cas ?

Vous avez raison. Les instituts de formation des imams ont besoin d’une réforme. Nous sommes tombés dans la même erreur que celle avec l’éducation. On a instauré une institution qui s’appelle Dar El Imam où résident et sont formés les imams. Là aussi, on fait appel à des universitaires pour prodiguer la formation, alors que ces derniers ont besoin d’une formation spécifique afin qu’ils puissent transmettre correctement les connaissances acquises…

N’ont-ils pas une formation spécifique ?

Pour moi, non. Les élèves imams sont pris en charge par le ministère des Affaires religieuses, mais c’est l’Enseignement supérieur qui détache les enseignants pour leur assurer la formation. Ils ne se sentent pas dans des conditions de formation. Le module qui concerne la récitation du Coran, par exemple, n’est pas assuré. L’imam termine ses études sans apprendre à réciter le Coran. Est-ce normal ? Le problème de la formation est primordial aussi bien pour la mosquée que pour l’école…

En tant que Conseil, nous n’intervenons pas directement. Mais nous travaillons avec le ministère des Affaires religieuses auquel nous donnons des avis, et aussi avec le ministère de l’Education nationale. Il faut reconnaître qu’il est vraiment difficile d’assumer la fonction de ministre de l’Education nationale. Je souhaite à la ministre beaucoup de courage, parce qu’elle n’a pas les moyens de changer les choses. Je dois préciser qu’il y a une coopérations assez soutenue entre son département et le Lire la suite

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