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Le rude hiver des sinistrés

Publié le 25/12/2016, par dans Non classé.

Mihoub post-séisme, sept mois après la catastrophe tellurique du 29 mai.
Au lendemain du tremblement de terre, nous avions trouvé une commune dévastée, entre cités éventrées, baraques écroulées, écoles en ruine et population affolée.

Aujourd’hui, si cette localité enclavée des confins du Titteri a su trouver les ressources pour se relever, panser ses plaies urbaines et colmater les brèches de son intimité fissurée avec, à la clé, un courageux travail de résilience, les séquelles de la catastrophe sont nettement visibles dans le paysage social, entre sinistrés végétant sous les tentes et chaumières qui peinent à se redresser. La faute à des aides modiques comparées à la violence du marché du bâtiment. Récit d’une reconstruction épique…

A peine ayant dépassé la ville de Larbaâ pour emprunter la sinueuse RN8 qui serpente à travers les flancs de l’Atlas, un épais brouillard enveloppe la route montagneuse en cette matinée froide du mardi 13 décembre. Le brouillard ne fait que s’épaissir à partir de Tablat. La visibilité est quasiment nulle par endroits.

Quelques kilomètres plus loin, nous nous engageons sur une route secondaire qui s’étale jusqu’à Aïn Bessam. Mais notre destination, c’est la localité sinistrée de Mihoub, commune de 15 000 habitants perchée à plus de 800 m d’altitude, aux confins du Titteri, à 100 km au nord-est de Médéa, et dont le nom est fatalement associé au séisme du 29 mai dernier. L’épicentre du tremblement de terre, de magnitude 5,3, avait, rappelle-t-on, été, en effet, localisé à 10 km de Mihoub.

Le séisme avait fait plus de 80 blessés et des dégâts matériels considérables, laissant des milliers de personnes sans toit, la grande majorité de la population de la commune résidant dans des habitations traditionnelles qui n’ont pas résisté à la secousse. Nous avions trouvé au lendemain du séisme une ville dévastée et une population en plein désarroi, entre errance et stupeur.

Les équipes du CTC déployées dans la région, qui avaient expertisé plus de 3700 habitations individuelles, avaient recensé 668 bâtisses classées rouge. Les édifices publics eurent également leur lot de préjudices, principalement les écoles, la poste, les mosquées, la bibliothèque municipale ou encore le siège de l’APC. Même les nouvelles cités, livrées pourtant de fraîche date ou sur le point d’être achevées, ne furent pas épargnées par les fissures.

Un chantier à ciel ouvert

Plus de six mois après le séisme, nous voici de retour à Mihoub pour nous enquérir du sort de la population sinistrée. A mesure que la brume se dissipe, la petite ville enclavée arbore ses plaies urbaines et les béances laissées par la catastrophe naturelle, point d’orgue d’une longue séquence tellurique marquée par plusieurs secousses qui harcelaient continuellement la région.

Dès les premiers hameaux qui apparaissent à hauteur de Brouni, en passant par Ouled El Aoufi, Ouled Saâd, jusqu’au chef-lieu de la commune, partout, à perte de vue, carcasses de béton et maisonnettes rafistolées, avec leurs fers d’attente et leurs murs de brique ou en ciment nu. Même le bâtiment municipal est encore en travaux. Des briques et autres matériaux de construction jonchent la cour de la mairie. A quelques mètres de là se dresse la bibliothèque municipale qui est elle aussi en pleine reconstruction.

La poste qui jouxte l’enceinte municipale a été carrément démolie et une aire aménagée s’apprête à accueillir le chantier de la nouvelle agence postale. La polyclinique a retrouvé des couleurs. Les établissements scolaires, qui ont été sévèrement touchés, étaient fonctionnels dès septembre. On a dû, pour les plus affectés, remplacer les pavillons détruits par des classes en préfabriqué pour parer aux urgences de la rentrée. Le lycée Belgherbi Saïd, que nous avions laissé dans un piètre état, a été remis sur pied.

Cependant, le dortoir et le réfectoire sont en pleine restauration. Une Maison de la culture est sortie fraîchement de terre, un projet tout neuf précise le maire. Quant aux bâtiments OPGI, ils ont été pour la plupart remis en état. Les brèches et les larges fissures qui cisaillaient les immeubles ont été colmatées tant bien que mal, et la couche de peinture fraîche qui enduit les façades donne à voir des cités comme neuves. Les travaux de réhabilitation du parc immobilier collectif ne sont pas pour autant terminés.

Des sinistrés encore sous les tentes

Si les infrastructures publiques et les bâtiments OPGI ont globalement été restaurés ou sont en voie de réhabilitation, les séquelles du séisme sont encore nettement visibles à Mihoub. L’une des images qui retiennent d’emblée l’attention à ce propos, c’est celle de deux camps de toile abritant des familles sinistrées, l’un installé au niveau d’un terrain vague à la lisière de la ville, et faisant office de stade de proximité, l’autre implanté en face de la polyclinique, sur un site communément appelé Matico. Une dizaine de tentes de la Protection civile recouvrent le terrain Matico. Hocine, un jeune sinistré, surgit d’une tente protégée par une bâche en plastique plantée à l’entrée du camp, et langée de cordages pour résister aux rafales de vent. Hocine vivait dans une cité du centre-ville avec ses parents.

Depuis le séisme, ni lui ni sa mère ne veulent regagner leur appartement. « Je vis encore sous la tente avec ma mère, elle ne veut pas retourner dans la cité. Elle est encore sous le choc. Mon père est mort d’une crise cardiaque suite au séisme, elle est encore traumatisée», explique-t-il, avant de lancer : « On ne demande rien, on veut juste rester ici. Je ne veux pas retourner au bâtiment, je ne leur fais pas confiance !»

Un autre sinistré nous confirme cette angoisse persistante chez certains habitants : « La peur nous hante toujours. On a retapé notre logement, mais on continue à occuper la tente. Ma famille passe la journée dans notre cité, mais la nuit, elle revient ici. Makache lamane.» Ali Baâziz, dans les 45 ans, ancien Patriote, se déplace difficilement dans la cour du camp. Ayant été victime d’un AVC, il a du mal à articuler. « Mon mari est dans cet état depuis l’an 2000», dit son épouse. Mme Baâziz, mère de quatre enfants, souffre le martyre par ce froid polaire. « Entrez, venez Lire la suite

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