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«Le risque de voir l’Assemblée contrôlée par l’argent sale n’a jamais été aussi grand»

Publié le 25/04/2017, par dans Non classé.

Deuxième sur la liste des candidats du Parti des travailleurs (PT), à Alger, après Louisa Hanoune, secrétaire générale, Nadia Chouitem évoque, dans l’entretien qu’elle nous a accordé, la discrimination dans la couverture, par les médias publics, de la campagne électorale, sa crainte de voir la prochaine Assemblée contrôlée par l’argent sale, des aventuriers qui utilisent les inégalités pour des projets de dislocation du pays et des grandes puissances qui recourent à toutes les opportunités pour provoquer le chaos…
– Comment le PT a-t-il vécu les deux premières semaines de la campagne électorale ?

Nous avons mené une campagne intense avec des sorties de proximité durant lesquelles nous avons rencontré énormément de citoyens à qui nous avons remis les engagements des candidats du Parti des travailleurs. Nous avons eu beaucoup d’échanges avec les jeunes, les travailleurs, les pères de famille qui sont très remontés contre le gouvernement et la majorité parlementaire qui ont mis en œuvre une politique d’austérité qui les accable. Pour le moment, nous avons enregistré beaucoup de défiance à l’égard des élections compte tenu des fraudes successives d’un côté, et de l’envahissement des élections par l’argent sale, de l’autre.

Nous avons également noté une colère qui gronde du fait de l’érosion du pouvoir d’achat, du taux de chômage qui grimpe en raison du gel des recrutements dans la Fonction publique, la réduction des budgets sectoriels et de l’annulation de milliers de projets à l’échelle nationale. Contrairement aux idées reçues, la population s’intéresse beaucoup à la politique et observe scrupuleusement tout ce qui s’y passe. Les citoyens savent ce que chaque parti a voté ou refusé à l’APN.

– Pour la première fois, on voit des visages masqués sur des listes de candidats à la députation. Pourquoi, selon vous, les partis recourent-ils à cette pratique qui a choqué plus d’un ?

Nous ne sommes pas concernés par cette pratique. Nous avons pratiquement fait des listes paritaires homme/femme, 46% des candidats sont des militantes. C’est le fruit d’un long processus de formation politique et d’actions militantes. Les candidates du PT sont sur le terrain. Elles distribuent l’engagement électoral, le discutent et débattent sur le terrain et dans les tribunes médiatiques.

Cette pratique est injustifiable dans un pays qui a vu la femme prendre les armes à « égalité» avec l’homme pour libérer le pays du joug colonial. Cela démontre aussi que la politique des quotas ne modifie pas la nature réactionnaire de certains partis et responsables.

– Quelle lecture faites-vous de la couverture médiatique de la campagne électorale aussi bien par les médias publics que privés ?

Concernant les médias publics, il y a un recul par rapport à l’ouverture des débats contradictoires qui précèdent la campagne électorale et pendant cette dernière. Il n’y a pas d’équité dans la couverture des partis participants au scrutin de mai prochain. Par exemple, les meetings animés par la secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, ne sont couverts au JT de 20h qu’un jour sur deux, alors que nous avons présenté 39 listes.

Idem pour la Radio nationale, qui omet souvent de parler de nos activités tout en évoquant trop souvent l’activité des partis du gouvernement et de l’allégeance. Alors qu’il s’agit d’un secteur public qui assure un service public financé par les contribuables. Le traitement est clairement discriminatoire.

Pour le secteur privé, certainement faute de moyens, des médias ont conditionné la couverture des déplacements de la secrétaire générale par la prise en charge totale de leurs journalistes. Il y a des médias qui ont fait des efforts indéniables pour faire connaître les programmes et engagements des différents partis. C’est le cas de Dzair TV, nous sommes invités comme tous les autres partis sur ses plateaux. Par contre, d’autres chaînes TV nous ont ignorés complètement durant toute la campagne.

– Certains partis, qui ont à peine quelques années d’existence, dépensent des sommes colossales en matière de confection d’affiches, d’organisation de meetings, y compris dans des hôtels 5 étoiles, et prennent en charge des délégations de plusieurs personnes pour chaque déplacement. Quel est votre avis sur ces financements suspicieux ?

Il y a des questions à poser sur les sources de financement de certaines listes qui font des campagnes à l’américaine. On dirait que nous avons à faire à des investisseurs en attente de retour sur investissement. C’est grave pour la démocratie politique. Il existe des situations flagrantes qui doivent normalement faire l’objet d’enquêtes judiciaires.

La justice doit s’autosaisir. La Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE) devrait aussi agir. Le risque n’a jamais été aussi grand de voir l’APN contrôlée directement par l’argent sale. Les partis, qui acceptent ce type de financement, prennent une lourde responsabilité dans la décomposition actuelle. Des hommes d’affaires de tout acabit cherchent à s’assurer une immunité, plutôt une impunité.

– Comment se passent les élections dans des régions où le système tribal, comme dans les Aurès, les Hauts-Plateaux et le sud du pays, et où les crises communautaires, comme à Ghardaïa, façonnent la vie de ces localités ?

Malheureusement, cette situation (tribalisme) qui a connu son heure de gloire du temps du parti unique et qui avait fortement reculé avec le multipartisme est en train de revenir avec la régression tous azimuts. Lorsqu’il n’y a pas de développement, lorsque les disparités entre régions prennent des proportions graves et lorsque l’Etat n’est pas présent socialement et économiquement, le tribalisme et l’archaïsme remontent en surface. C’est inquiétant pour l’unité nationale. D’autant plus qu’il y a beaucoup d’acteurs aventuriers qui utilisent ces inégalités pour des projets de dislocation du pays, sans oublier les gouvernements, les grandes puissances qui utilisent toutes les opportunités pour provoquer le chaos.

– Durant cette campagne, de nombreuses affiches ont été arrachées et d’autres marquées par des graffitis contre les élections. Ne voyez-vous pas là un signe de colère et de contestation des Algériens contre les députés ?

Cette pratique n’est pas nouvelle. Parfois c’est le fait de citoyens en colère. Mais aussi des concurrents peuvent payer des jeunes en détresse pour cibler des affiches de tel ou tel parti. Ceci dit, il n’est pas juste de mettre tous les députés dans le même Lire la suite

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