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Le régime a perdu la bataille des idées, des programmes et des projets

Publié le 27/01/2017, par dans Non classé.

Le parti de l’ancien chef de gouvernement et ex-candidat à la présidentielle en 2004 et en 2014 a décidé de boycotter les prochaines législatives. Pour El Watan Week-end, il revient sur cette décision, sur le contexte d' »impasse politique» et sur les perspectives de l’action politique de son mouvement et de l’opposition.
– Comment concilier les objectifs d’un parti politique (accéder au pouvoir par les élections) et la situation « anormale» que vous décrivez pour expliquer le boycott des législatives ?

Un parti politique normal va à des élections normales. Or, l’on peut tout dire des scrutins qui se déroulent dans notre pays, sauf qu’ils sont normaux. A quoi servent les élections dans des pays normaux, c’est-à-dire, ceux où existent de véritables Etats de droit ? Elles servent d’abord à aménager une compétition politique saine, juste et loyale. Elles servent aussi à départager entre des programmes et des personnels politiques. Elles servent, enfin, à permettre l’alternance au pouvoir lorsque les peuples la souhaitent. Et à quoi servent les élections dans un système politique tel que celui qui sévit dans notre pays ?

Elles ont, en tout et pour tout, trois finalités et pas une de plus. La première est de permettre au régime politique en place de soigner son image et de justifier le brevet démocratique qu’il se décerne. La seconde est de s’aider d’une clientèle politique qu’il se choisit lui-même. Et la troisième est de procéder, périodiquement, à une sorte d’actualisation de sa distribution des quotas électoraux en vue de récompenser les allégeances et de punir les insoumissions.

Dans de telles conditions, le pluralisme politique devient une fiction. Vous me demandez comment concilier les objectifs d’un parti politique et la situation anormale que je décris. Je vous répondrai qu’il s’agit de faire une cause de la modernisation de notre système politique. Cette modernisation passe par la construction d’un Etat de droit et c’est dans l’Etat de droit, et lui seul, que les élections retrouveront leur raison d’être.

– Quelle marge de manœuvre possède un parti politique en l’absence d’une véritable et libre vie politique ?

Vous mettez le doigt sur ce que je viens d’appeler la fiction du pluralisme politique dans notre pays. Le mal est là. Dès lors que vous contestez l’existence d’une vie démocratique dans notre pays, le régime politique en place vous oppose la liste de plus d’une soixantaine de partis agréés. Pour lui, tout est dans les statistiques et dès lors que le paysage politique national compte plus de soixante partis, cela doit nécessairement induire que le pluralisme politique est une réalité et que l’Algérie est un pays, selon lui, démocratique.

Pourtant, il faut se résoudre à reconnaître qu’il n’y a dans notre pays qu’un pluralisme politique sous haute surveillance, un pluralisme politique plus toléré qu’accepté est un pluralisme politique dont la seule marge de manœuvre est celle que veut bien lui concéder le pouvoir politique en place quand il l’entend et comme il l’entend.

Je veux dire par là que la marge de manœuvre d’un parti d’opposition est très étroite. Il faut donc compenser cela par la force de conviction et la détermination dans l’engagement. Je répète souvent que dans notre pays, l’opposition n’est ni une sinécure ni une promenade de santé. Cela est regrettable, mais c’est la réalité.

Les démocraties sereines et épanouies reposent sur des majorités politiques fortes mais aussi sur des oppositions fortes. Dans les systèmes politiques de cet ordre, pouvoir et contre-pouvoir s’opposent et se complètent. Ils sont indispensables l’un à l’autre. La démocratie perd lorsque les majorités politiques sont faibles mais elle perd tout autant lorsque les oppositions politiques sont maintenues arbitrairement dans un état de précarité, de vulnérabilité et de faiblesse.

Ces vérités-là importunent et dérangent notre système politique parce qu’il est bâti sur une autre logique. Sa logique est qu’il n’est responsable devant personne et qu’il n’a de compte à rendre à personne. Fort de cette logique, il ne visualise l’opposition politique que comme un adversaire qu’il faut neutraliser, contraindre à l’inaction et réduire au silence. C’est ce que j’appelle l’archaïsme politique, c’est contre cet archaïsme-là que mon parti s’élève et cet archaïsme-là n’est soluble que dans la modernité politique que nous revendiquons.

– Concrètement, quel est votre horizon de travail pour les prochains mois, en parallèle d’une campagne électorale ? Quelle présence sur le terrain avez-vous planifié auprès de votre base et de la société en général ?

J’ai dit que nous n’allions pas entrer en hibernation, que nous n’allions pas prendre une année sabbatique et que nous n’allions pas nous octroyer un congé politique. Ne devant être que ce que le régime politique en place les destine à être, ces élections sont une perte de temps pour le pays mais elles ne nous feront pas perdre le nôtre.

Le scrutin à venir et la campagne censée le préparer ne nous intéressent pas. Ils sont à ce point négligeables pour nous, que nous ne leur consacrerons aucun effort particulier. Ils ne sont tout simplement pas à notre ordre du jour. Ce qui reste à notre ordre du jour, ce sont les véritables problèmes du pays : c’est l’impasse politique, c’est la crise économique et c’est la montée des tensions sociales. Mes compagnons au sein de la direction du parti et moi-même allons maintenir notre présence sur le terrain politique comme nous le faisons depuis la création de Talaie El Hourriyet.

Nous allons continuer à expliquer à nos compatriotes les menaces que cette impasse politique fait peser sur l’Etat national ; nous allons continuer à leur expliquer en quoi la crise économique n’est pas prise en charge comme il se doit ; et nous allons continuer à leur expliquer pourquoi la détérioration de leurs conditions de vie est la conséquence directe de cette impasse politique et de cette crise économique dont la gestion pêche par approximation, par improvisation et par désinvolture.

En somme, nous continuerons à leur expliquer que l’impasse politique qui nous inquiète et dont nous parlons sans relâche tient au fait que les affaires de l’Etat ne sont plus gérées avec le sérieux, la rigueur et la cohérence qu’elles requièrent. Je Lire la suite

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