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«Le recours humiliant à l’examen de l’hymen des adolescentes»

Publié le 07/03/2016, par dans Non classé.

– De par votre expérience au service de médecine légale, la violence à l’égard des femmes régresse-t-elle ou, au contraire, augmente-t-elle ?

Les pratiques n’ont pas régressé. Les femmes sont de plus en plus victimes de violence. Elles subissent toutes formes d’agression de la part du mari, du frère, du camarade de classe, du collègue, de l’inconnu dans la rue, mais aussi du concubin. Les adolescentes sont nombreuses à se diriger au service de médecine légale pour se faire établir des certificats de constat de cette violence dont elles font l’objet. Elles sont de plus en plus victimes d’attouchement, d’attentat à la pudeur, de tentative de viol et d’abus sexuels. Les auteurs sont des inconnus et/ou se comptent parmi l’entourage immédiat des victimes.

– Viennent-elles se faire examiner de manière délibérée dans l’objectif de déposer une plainte ?

Souvent, elles viennent accompagnées de leurs proches. Mais il faut signaler qu’il y a de plus en plus de jeunes adolescentes que les services de la police ou de la gendarmerie ramènent de force. Il suffit qu’elles soient repérées avec un camarade de classe ou un ami, à un coin de rue, pour faire l’objet d’un examen de l’hymen…

– Voulez-vous dire qu’on oblige une mineure à se faire examiner juste parce qu’elle était en compagnie d’un garçon ?

Malheureusement, c’est le cas. Nous avons reçu aussi bien des lycéennes que des collégiennes. Je peux vous citer de nombreux exemples, comme celui de cette jeune fille qui a été interpelée puis embarquée par des policiers en civil en plein de cœur de la capitale. Selon elle, les policiers ont senti de l’odeur de l’alcool sur le jeune homme qui l’accompagnait.

Ce dernier a été emmené au poste et elle, dirigée vers le service de médecine légale pour un examen de l’hymen. C’est scandaleux qu’en Algérie de 2016, on puisse continuer à agir de la sorte. De quel droit peut-on obliger une mineure à passer une telle épreuve, qui constitue une atteinte à sa dignité et un traumatisme lourd à cicatriser ? Que sera le devenir de cette adolescente ? Pourquoi faut-il embarquer la jeune fille parce que son accompagnateur sentait l’alcool ?

– Etes-vous d’accord avec ceux qui affirment que la hausse du nombre de victimes est plutôt liée à la prise de conscience et au fait que les femmes acceptent de moins en moins d’être violentées ?

Je ne partage pas cet avis. Je pense plutôt que les violences sont de plus en plus visibles parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses. Peut-être qu’il y a plus de dénonciations. Mais je ne peux dire qu’il y a eu régression ou stagnation…

– Quelle est la forme de violence récurrente ?

Nous recevons tous types de violence, mais la plus répandue est l’agression physique. Cela va de la défiguration par l’acide jusqu’à la tentative d’assassinat en passant par les lacérations du visage avec des cicatrices inesthétiques, les fractures, des blessures avec perte de l’œil… Enfin, une panoplie d’agressions qui, dans la majorité des cas, provoquent des drames humains et des traumatismes psychologiques assez lourds. Plus grave, les victimes, notamment les adolescentes, viennent souvent avec le sentiment de culpabilité qui les met dans une situation de vulnérabilité extrême.

Il y a quelques jours, dans un quartier de la capitale, devant un lycée, une adolescente était en train de discuter avec un camarade, loin des yeux des passants. Soudain, des gendarmes s’arrêtent devant elle et lui parlent d’une manière brutale. J’observais la scène. Les deux adolescents étaient terrorisés.

Je me suis senti obligé d’aller les réconforter, une fois les gendarmes partis, après avoir vérifié qu’ils fréquentaient le lycée d’à côté. De quel droit on brutalise de jeunes adolescents qui n’ont même pas un espace d’échange d’idées, juste parce qu’ils osent se mettre en couple dans la rue ? Quel impact de tels comportements vont-ils avoir sur ces mineurs ? Ce sont des questions qui doivent interpeller les responsables, notamment ceux des services de sécurité dont la mission doit être plus humaniste !

En tant que professeur, je peux vous dire que j’ai des élèves en 6e année de médecine qui n’osent même pas aborder des sujets comme l’avortement ou la sexualité. Ils sont totalement inhibés. Comment voulez-vous que demain, ils puissent prendre en charge les maux de la société ? C’est cela, l’amère réalité que nous vivons quotidiennement, qui nourrit et encourage toutes les violences à l’égard des femmes. Sans la réforme des mentalités, les lois peuvent certes faire avancer les choses, mais elles ne réussiront pas à stopper ce fléau.

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