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«Le projet de loi vise à satisfaire les ambitions politiciennes démesurées et égoïstes de ses initiateurs»

Publié le 25/06/2016, par dans Non classé.

Les projets d’amendement des statuts du personnel militaire, des officiers réservistes ainsi que des retraités, les astreignant à « l’obligation de réserve et de retenue» (déjà prévue par le code militaire et le code pénal), continuent de susciter des réactions.
Jeudi dernier, l’ancien ministre de la Défense, le général Khaled Nezzar, est revenu sur ces textes à travers un entretien accordé au site électronique algériepatriotique appartenant à son fils.

D’emblée, l’ancien ministre déclare que le projet de loi « est porteur d’une grave dérive liberticide et constitue, dans son esprit même, une menace contre la liberté d’expression et une atteinte aux valeurs démocratiques que défendent nos élus».

Pour lui, « il n’y a aucune raison objective qui justifierait une telle infamie. Les militaires, conscients de leur responsabilité vis-à-vis de la nation et du respect dû à la noble Armée nationale populaire, ne porteraient jamais atteinte ni à leur cohésion ni à leur unité». Le général à la retraite va plus loin : « Ils veulent imposer le silence aux officiers retraités de l’Armée nationale populaire. Ceci revient à priver une frange de la société algérienne de son droit de s’exprimer et de participer au débat national sur les questions qui engagent l’avenir de la nation.»

Nezzar n’y va pas avec le dos de la cuillère en s’attaquant à Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense, auteur du projet de loi, sans pour autant le citer nommément.

« Ce projet de loi comporte une grave contradiction qui lui ôte toute légitimité, si bien que l’initiateur de ce texte veut, par le biais de cette démarche anticonstitutionnelle et antidémocratique, interdire aux anciens officiers de l’armée d’afficher leur opinion, alors que lui-même a ouvertement engagé à plusieurs reprises l’institution militaire dans l’arène politique.

Ce faisant, le chef d’état-major de l’ANP a annihilé ce projet de loi avant même qu’il ait été conçu et soumis à l’appréciation de nos élus. Il a bafoué ainsi la tradition de l’ANP qui, lors de la Constitution de 1989 qui consacrait la démocratie, s’était retirée d’elle-même du FLN pour garantir une compétition politique saine.»

L’ancien ministre de la Défense assure que l' »incohérence et l’inconséquence du chef d’état-major de l’ANP rendent ce projet scélérat nul et non avenu». Il explique l’acharnement à vouloir le faire passer, en disant : « On sait que chez le militaire fruste et mégalomane, beaucoup plus que chez d’autres, sommeille le diable de l’aventure.» Face à ce qu’il a qualifié de « velléités aventurières», Nezzar répond : « Tout Etat responsable doit y réfléchir pour éviter le désastre.

Certes, les efforts consentis par le pays pour la génération post-indépendance des officiers en général ont largement porté leurs fruits, que ce soit dans les domaines du commandement ou dans celui de la formation – ils ont de quoi nous réjouir et nous rassurer, quoi qu’il arrive quant à notre sécurité et celle de la nation tout entière –, mais nous sommes-nous posé la question de savoir si, par les temps qui courent, notre sécurité et celle de nos concitoyens sont entre de bonnes mains ?» La question est très lourde de sens et laisse transparaître des sous-entendus que seul Gaïd Salah pourrait décrypter.

Mais Nezzar donne quand même un éclairage : « La recherche de l’efficacité consiste tout d’abord à travailler avec ses adjoints, car un chef militaire, quel qu’il soit, doit laisser place à l’expression des différentes compétences de ses subordonnés directs avant toute prise de décision majeure.» Il rappelle que son retrait, en tant que ministre de la Défense, « visait justement à faire école et éviter aux autorités militaires la tentation de faire irruption dans les fonctions politiques suprêmes».

Et d’ajouter : « Or, on assiste à un ‘concept’ nouveau, faisant de la fonction militaire un nomadisme et une gesticulation de tous les instants. De même qu’on assiste à une boulimie effrénée dans la réalisation coûte que coûte d’équipements militaires au détriment de l’économie nationale.

N’est-ce pas là le signe avant-coureur d’une ambition démesurée ?» S’adressant aux députés, l’ancien ministre de la Défense, déclare que le vote d’un tel texte « ferait des honorables élus du peuple qu’ils sont les garants d’une action machiavélique qui ne vise nullement à sauvegarder les intérêts de la nation, mais à satisfaire les ambitions politiciennes démesurées et égoïstes de ses initiateurs». Il estime que « l’avenir du pays est entre leurs (les députés, ndlr) mains. Qu’ils ne le compromettent pas en adoptant un texte discriminatoire et exclusif qui menace la cohésion nationale. Quant aux députés qui se sont engouffrés dans cette mascarade, ils font tout simplement preuve de malhonnêteté».

La déclaration de l’ancien ministre de la Défense est un véritable réquisitoire contre Gaïd Salah. Pour des critiques moins violentes, le général à la retraite Hocine Benhadid a été arrêté en pleine autoroute, comme un vulgaire délinquant, avant d’être d’être emprisonné, depuis près de 10 mois sans procès. Question : Gaïd Salah fera-t-il subir à Nezzar le même sort qu’à Benhadid ou va-t-il avaler le coup et attendre que les deux projets de loi qu’il a initiés soient votés pour passer à l’action ? Lire la suite

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