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«Le problème est structurellement grave»

Publié le 18/09/2017, par dans Non classé.

– Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aurait confié, selon le quotidien Le Soir d’Algérie, que « nous n’avions pas de quoi payer les salaires de novembre». Que signifient exactement de tels propos ?

Si tant est que ces propos aient été réellement tenus, pour moi ils appellent deux remarques. Tout d’abord, le Premier ministre refait la même erreur que celle qu’il commettait déjà à ce poste il y a quelques années, lorsqu’il avait annoncé un plan quinquennal de 500 milliards de dollars. Certaines informations ont une portée critique et devraient être protégées.

Ensuite, ces propos signifient aussi que le gouvernement n’a pas la maîtrise du budget qu’il a lui-même défini dans la loi de finances 2017. Et s’il n’a pas cette maîtrise, c’est qu’il n’a pas été capable stratégiquement et techniquement de rendre l’économie algérienne moins dépendante d’une variable exogène qui est le prix du pétrole.

Clairement, les gouvernements successifs depuis 1999 n’ont jamais su être à la hauteur des responsabilités que leur confèrent leurs fonctions, à savoir gagner la guerre d’indépendance de l’économie algérienne. Et ce ne sont sûrement pas les professionnels de la politique politicienne actuels qui sont capables d’imaginer des solutions créatives pour éviter que le pays ne sombre dans ces situations désespérantes, au point où l’on en vienne à s’inquiéter sur le versement des salaires en novembre.

L’Algérie a besoin d’une véritable révolution politique, régie par des règles réellement démocratiques, pour faire émerger une génération de leaders compétents, patriotes et faire définitivement oublier celles et ceux qui ont miné et perverti le devenir de ce grand peuple.

– La révision de la loi sur la monnaie et le crédit pour ouvrir la voie à ce qu’ils appellent le financement non conventionnel, autrement dit le recours entre autres à la planche à billets, est-elle la bonne solution ou la seule alternative pour régler le problème des déficits ?

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder ce problème dans vos colonnes, mais la situation aujourd’hui est encore plus grave.
Quand on en arrive au point de ne même plus pouvoir payer les salaires, c’est que le problème est structurellement grave et il n’y a aucune bonne solution dans des mesures d’urgence telles que le financement non conventionnel, car elles ne règlent en rien le problème structurel.

Certes, dans le court terme, cette solution peut être un recours pour le versement des salaires de novembre entre autres engagements de l’Etat, mais ce n’est en aucun cas une solution pérenne. Qu’en sera-t-il pour le reste du temps ? Et ce n’est certainement pas une solution au problème des déficits, car cela ne fait que déplacer ce dernier. Le recours à un financement non conventionnel permet en effet de maintenir un niveau des dépenses, alors que celui-ci excède celui des ressources.

Certes, le déficit budgétaire peut donc être à court terme soulagé artificiellement, mais cet outil demeure illusoire, car il engendrera une dépréciation encore plus dramatique du dinar qui va progressivement annihiler l’effet de ce financement non conventionnel, puisqu’il induira de l’inflation importée.

– Quelles seront réellement les répercussions d’une telle décision sur l’économie nationale ?

Comme je l’ai dit précédemment, les répercussions sur l’économie nationale pourraient être une aggravation des déficits, une dépréciation accrue du dinar et une hausse de l’inflation. Nous n’avons pas une réelle économie productive, par conséquent toute velléité de reconstruire un tissu économique productif sera laminée à ses racines.

– Est-ce que le recours à une telle mesure veut dire que les caisses de l’Etat sont totalement siphonnées, alors qu’on a annoncé que les réserves de change était à 105 milliards de dollars ?

Rappelons déjà que ces réserves étaient encore de 177 milliards de dollars en 2014 et que nous devrions finir l’année avec moins de 100 milliards. La dynamique baissière de nos réserves est plus qu’inquiétante. Le fait que les réserves de change s’élèvent encore à 105 milliards de dollars ne signifie en rien que les caisses de l’Etat ne sont pas vides. Les réserves de change figurent à l’actif de la Banque centrale et non à l’actif du Budget de l’Etat.

Certes, elles peuvent aider, puisque la Banque centrale peut créditer les comptes publics, mais elle le fait habituellement en fonction et au rythme des entrées de devises. Nous sommes loin du modèle norvégien qui ne s’autorise qu’à prélever, pour équilibrer si besoin le budget de l’Etat, qu’une part des revenus induits par la gestion des fonds provenant des exportations de pétrole. Certes, il est possible de puiser dans les réserves de change pour équilibrer le budget, mais ce ne serait pas une solution pérenne.

Si le gouvernement n’a pas assez de ressources pour équilibrer le budget, il lui reste deux options : ou il fait preuve de courage politique et provoque une véritable onde de choc, salvatrice, en s’attaquant aux problèmes structurels du pays, ou c’est la fuite en avant par le recours à l’emprunt. Et dans ce cas, il est préférable de le faire tant que nous avons des réserves de change qui garantissent aux créanciers que nous sommes solvables, d’autant que notre niveau d’endettement demeure très bas, autour de 17% du PIB pour 2017.

L’Arabie Saoudite a par exemple préféré emprunter en octobre 2016 sur les marchés internationaux 17,5 milliards de dollars à un coût assez bas (11 milliards à 5 ans à 2,375% et 6,5 milliards à 30 ans à 4,5%), plutôt que de trop puiser dans ses réserves de change et préserver ainsi sa solvabilité. Nous pourrions également mentionner les émissions en bons islamiques de 9 milliards de dollars et 4,5 milliards émis respectivement en avril et juillet 2017, émissions dont la dernière a été sursouscrite pour un montant 3 fois supérieur.

Ce serait, de mon point de vue, une très grave erreur que de vider ces réserves de change et de n’avoir recours à l’emprunt qu’une fois que les réserves vides. Comme je l’ai déjà indiqué dans une interview précédente, cela signifierait que nous attendrions d’être ruinés pour emprunter ! Personne ne nous prêterait de l’argent dans cette situation extrême et le recours au FMI serait alors la seule issue. Politiquement, socialement, et financièrement, cette solution serait Lire la suite

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