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«Le pouvoir espère gagner du temps jusqu’à la présidentielle de 2019»

Publié le 04/10/2017, par dans Non classé.

Le président du RCD, Mohcine Belabbas, commente les choix du gouvernement Ouyahia qu’il qualifie « de fuite en avant». Il clarifie également les positions du parti sur l’application de l’article 102 de la Constitution et le rôle de l’armée.
– Le plan d’action du gouvernement vient d’être adopté par les deux Chambres du Parlement et le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, estime que le recours à « la planche à billets est une obligation et non pas un choix». Quel commentaire faites-vous ?

Les Premiers ministres qui se succèdent annoncent tous qu’ils appliquent le programme du chef de l’Etat. Ce qui appelle deux remarques. Si c’est pour appliquer le même programme, on ne voit pas pourquoi on congédie des responsables pour que d’autres viennent exécuter les mêmes tâches.

Plus grave, et je déplore que nos médias n’aient pas encore analysé cette imposture, ce programme du chef de l’Etat n’existe nulle part. Je vous invite à aller sur le site de la Présidence, vous n’y trouverez pas la moindre trace. Or, ces héritiers du virtuel « programme présidentiel» nous assuraient il y a encore seulement quelques mois que tout allait bien et que l’idée même de politique de rigueur était inenvisageable.

Voilà qu’un autre héritier décide de nous confier maintenant que nous sommes devant un désastre imminent. Pour revenir à votre question, je dirais que le recours à la planche à billets est une abdication face à l’impasse dans laquelle ce Premier ministre, plus que d’autres, a mis le pays. Son aveu est une mesure législative conçue comme une fuite en avant désespérée, mais surtout irresponsable. Le pouvoir espère encore gagner du temps jusqu’à l’élection présidentielle de 2019.

Comme toujours, au détriment des intérêts de la nation et des générations futures. Avec maintenant une instrumentalisation éhontée des médias publics qui passent en boucle les horreurs de la décennie noire, qui n’est que la consécration sanglante de la confiscation du pouvoir par le même régime. Au passage, la Télévision publique est passible de sanction pénale puisque la loi interdit de parler ou même de faire allusion à cette période.

Mais est-on à une contradiction près avec ce pouvoir ? Je vous fais observer que c’est le même Premier ministre qui répondait avec mépris aux députés de l’opposition à chaque fois qu’il était interpellé sur la vanité ou la dangerosité de ses propositions antérieures, qui s’alarme aujourd’hui comme s’il était étranger aux menaces qui pèsent sur nous. Monsieur Ouyahia nous dit que nous sommes en situation de quasi-faillite, ce qui est vrai. Il oublie d’ajouter que cette faillite est essentiellement le résultat de ses propres politiques. En gros, il nous déclare : « J’ai tout faux, mais je suis le meilleur.»

– Le Premier ministre s’est attaqué à l’opposition, dont le RCD, pour avoir critiqué son plan d’action et sa décision de recourir au financement non conventionnel. Selon vous, que traduit cette réaction ?

C’est à la fois inquiétant et rassurant. Le plan d’action du gouvernement est fait pour être débattu, critiqué, amendé voire rejeté par le Parlement. Les députés du RCD ont pris leurs responsabilités. Ils ont usé de pédagogie en alertant sur les incidences d’une feuille de « déroute» présentée par un Premier ministre multirécidiviste dans les amalgames, le mensonge et l’arrogance. La grossièreté de ses réponses renseigne sur son manque de sang-froid.

Cela dévoile la fragilité d’un apparatchik qui aime bien humilier collaborateurs et partenaires qui sont sous sa coupe, mais qui est incapable d’argumenter devant l’avis d’acteurs étrangers à sa secte. C’est la quatrième fois qu’il occupe cette fonction, chaque mandat est pire que le précédent.

Mais quand on accepte de commencer sa vie politique par une fraude stratosphérique, on n’a pas d’autre choix que l’invective quand on affronte des femmes et des hommes qui luttent pour leurs convictions. Il ne peut pas nous regarder en face, alors il s’affole. Nous sommes le contraire de tout ce qu’il représente et on le lui dit. C’est dur à vivre. La bonne nouvelle, c’est que si le pouvoir n’a plus que ce personnage à recycler pour la quatrième fois, c’est que l’issue, quelle qu’elle soit, ne doit pas être très loin.

– Selon vous, à quoi doivent s’attendre les Algériens après l’adoption de la feuille de route du gouvernement et surtout l’amendement de la loi sur la monnaie et le crédit ?

Nous nous acheminons vers une situation très tendue où les produits nécessaires à la satisfaction des besoins élémentaires ne seront plus disponibles, parce que le peu d’entreprises réellement créatrices de richesses finiront par être noyées dans la fausse monnaie et déstabilisées par une inflation croissante. Comme ces entreprises achètent leurs matières premières et leurs équipements en devise, on imagine l’accélération de l’effondrement de leur compétitivité déjà faible.

Au plan social, il y aura inévitablement une augmentation du niveau général des prix. Le dinar va continuer de perdre de sa valeur. Nous sommes, d’ailleurs, une des rares économies où la pièce symbolisant la devise du pays, le dinar, a quasiment disparu des échanges. C’est symbolique, mais cela dit des choses sur la dérive monétaire du pays. Aujourd’hui, la pièce d’un dinar ne vaut plus rien.

La double parité est officielle et le régime a formellement « bazarisé» le change. La banque est au Square Port Saïd. Et cette atteinte à l’un des premiers instruments de souveraineté ne gêne personne. Si la planche à billets était une recette à la récession économique, cela se saurait. Seules les économies de production en pleine expansion peuvent se permettre de recourir à cette opération. Dans ce cas de figure, la monnaie mise en circulation sert à encourager la consommation qui dope la production nationale.

Le problème est que nous sommes dans un pays qui ne produit quasiment rien et qui importe tout ou presque. La planche à billets va nous conduire à une situation vénézuélienne où on annonce le prix de la baguette de pain deux à trois fois par jour à la radio. Après tout, nous n’avons rien trouvé de mieux que d’inviter M. Maduro. Ce n’est quand même pas un hasard. Mais même arrivés à ce stade de déchéance, M. Ouyahia viendra nous Lire la suite

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