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Le port de Sidi Fredj à vau-l’eau

Publié le 08/06/2016, par dans Non classé.

Dans la soirée du samedi 28 mai, un incendie s’est déclaré dans une des embarcations du port de plaisance. Bilan : une vingtaine de bateaux consumés par les flammes. Des vedettes et des voiliers ont mis la soirée entière pour se voir réduits en cendres et couler devant les regards effarés et impuissants de leurs propriétaires.
Noyée sous un généreux soleil et balayée par une brise estivale, Alger renoue comme chaque année avec les promesses de beaux jours d’été. Et qui dit Alger en été, dit aussi la seule marina d’Algérie, Sidi Fredj. Jadis lieu de pèlerinage estival, destination phare des amoureux de la mer, il ne reste aujourd’hui de ce lieu historique et festif qu’un vague souvenir d’un vieil Alger qui donnait la juste mesure aux joies balnéaires. La presqu’île la plus célèbre d’Algérie se meurt aujourd’hui dans l’indifférence et l’abandon. Comme un voile de tristesse, la dégradation se jette sur ce haut lieu du tourisme et unique port de plaisance d’un pays qui compte 1600 kilomètres de côte.

Du joyau conçu par l’architecte Fernand Pouillon, il ne subsiste que des bâtisses aux murs enlaidis par l’absence d’entretien et de prise en charge dignes d’un lieu de son histoire et de sa valeur touristique. Difficile de ne pas faire le parallèle entre ce que fut ce lieu il y a à peine deux décennies et ce qu’il est devenu aujourd’hui.

On ne le franchit plus du même pas enthousiaste d’il y a quelques années pour voir de beaux bateaux amarrés au niveau du port de plaisance. On y entre aujourd’hui comme par effraction et avec un étrange sentiment d’inconfort dans cet endroit désormais livré à une petite maffia qui a prospéré durant la décennie noire et a fini par y élire domicile et marchander de tout sans être inquiétée.

L’incendie, un SOS de la marina

Dans la soirée du samedi 28 mai, un incendie s’est déclaré dans une des embarcations du port de plaisance. Bilan : une vingtaine de bateaux partent en flammes. Des vedettes et des voiliers ont eu la soirée entière pour se voir réduits en cendres et couler devant les regards effarés et impuissants de leurs propriétaires.

L’enquête se poursuit pour déterminer les causes du départ des flammes et qui demeurent inconnues à ce jour. Un court-circuit pour certains, un fumigène pour d’autres, ou un anniversaire un peu trop festif dans l’un des bateaux, chacun y va de sa thèse, mais aucune n’est encore confirmée. La certitude est quant à elle totale sur l’absence de moyens de sécurité et d’intervention efficaces et rapides du personnel chargé de la quiétude du port.

Au-delà des résultats de l’enquête et du triste sort qui a touché des embarcations qui ornaient de leur présence le port de plaisance, l’incendie a eu comme l’effet d’un SOS lancé par la marina de Sidi Fredj pour alerter sur ce qu’il est advenu de sa condition. Un cri poussé dans le silence de la nuit par ce joyau pour appeler à l’aide, un rappel qu’Alger ne doit pas tourner le dos à son histoire et ses joyaux. Une semaine après les flammes du samedi soir, nous décidons de nous y rendre et voir de près ce qu’est devenu le port de Sidi Fredj.

La parure est bien là, intacte comme au temps de Pouillon : bâtiments, places, port, jetées et digue, mais l’âme n’y est plus. La fameuse carte postale de la marina algéroise renvoyant de vives et pétillantes couleurs d’un été qui rit n’est plus au rendez-vous. En lieu et place, nous retrouvons un triste décor d’une marina qui perd de jour en jour sa vocation de fenêtre maritime. Le blanc éclatant des murs de jadis a laissé place à l’érosion et à la corrosion. Les bateaux en amarrage ne renvoient pas cette ancienne image de trancheurs de vagues venant goûter au repos après de longs périples en mer. Ils semblent porter le deuil !

La tristesse se lit sur ces coques qui n’ont plus goûté au sel de la mer depuis de très longs mois. Quelques courageux visiteurs semblent résister à l’envie de décrocher avec ce décor de désolation et reviennent toucher du regard au rêve de la plaisance à Alger. Le pavé a quant à lui échappé à l’insalubrité. Un habitué des lieux nous dit qu’il a été nettoyé la veille. « Ce n’était pas arrivé depuis très longtemps», nous affirme-t-il. Hasard ou nettoyage de circonstance ?

Nous vîmes en tout cas un véhicule de l’ambassade de France surgir et stationner au niveau du port. L’ambassadeur, Bernard Emié, descend du véhicule, se dirige vers le lieu de l’incendie, constate les faits, puis s’en va. Une visite bien singulière sur ce lieu où l’histoire liant l’Algérie à la France a commencé. Un groupe de touristes français arrive sur les lieux quelque temps plus tard. Composé visiblement d’anciens pieds-noirs, le groupe de visiteurs d’un âge avancé faisait remonter à la mémoire le souvenir du lieu comme il était avant.

Nous hâtons nos pas pour arriver au niveau du dernier quai du port, lieu de l’incendie. Un petit bateau calciné donne le signe que le feu est passé par là. Des ouvriers s’activent pour nettoyer le quai, construire des niches et installer des poteaux électriques. Ils tentent d’effacer les traces de l’incendie du samedi soir. Ils ne sont toutefois pas arrivés à enlever les épaves des 23 bateaux couchés sous l’eau du bassin d’amarrage. Leurs cendres couvrent le bassin et on arrive même à apercevoir la coque de certains et le mât calciné d’autres.

« J’ai perdu mon bébé»

« Voyez, ce sont mes deux enfants ; celui-là c’est le plus grand et l’autre le petit», nous dit en montrant des débris flottants en surface et en essayant de reconnaître l’épave de son bateau un des propriétaires de bateaux incendiés dans la soirée du samedi 28 mai. L’homme est désemparé et nous lance : « Comment ose-t-on dire que c’est bien fait pour nous ! Que savent-ils de ce que j’ai dû faire pour pouvoir m’offrir ce plaisir de naviguer ?

J’ai trimé et travaillé dur, j’ai préféré m’acheter un bateau Lire la suite

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