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«Le pluralisme syndical est reconnu de jure mais interdit de fait»

Publié le 23/02/2017, par dans Non classé.

Cet ancien syndicaliste, aujourd’hui spécialiste des questions sociales, revient dans cet entretien sur la déstructuration du secteur des hydrocarbures, trace les limites du pluralisme syndical en Algérie et donne des éclairages sur le nouveau régime des retraites.
– Il y a 46 ans, l’Algérie nationalisait les hydrocarbures, près d’un demi-siècle après, beaucoup de questions se posent autour de la rente pétrolière que certains qualifient de malédiction qui empêche le pays de développer une économie capable de s’en affranchir. En tant qu’ancien pétrolier, cadre supérieur à GTP et ancien dirigeant de la Fédération des pétroliers, que pensez-vous de cette question ?

Ceux qui qualifient la rente pétrolière de malédiction sont ceux-là mêmes qui en ont fait un mauvais usage depuis le début des années 1980. Le problème ne se trouve pas au niveau de l’existence de cette richesse naturelle, mais de la façon dont on l’exploite. Durant les années 1970, les revenus des hydrocarbures ont financé le développement économique et social du pays par la construction d’une base industrielle, d’écoles et d’hôpitaux. Ce qui n’a pas été le cas durant les décennies suivantes et surtout depuis 2001 où les prix ont atteint 112 dollars/le baril.

La véritable malédiction a été la politique qui a consisté à déstructurer les entreprises algériennes à partir de 1980, puis à poursuivre une politique de désinvestissement et de désindustrialisation de l’Algérie, malgré ses revenus en hausse. Aujourd’hui, la part de l’industrie dans le PIB ne dépasse pas 4% contre 14% durant les années 1990. La malédiction a été cette politique de privatisation sauvage et cette multiplication d’entreprisses tissées autour de l’import-import et organisées de façon à capter le maximum de cette rente au profit d’une caste de nantis qui s’est indûment enrichie.

Ceux qui nous disent que la rente est une malédiction et qu’il ne faut plus y compter s’adressent exclusivement aux salariés et au petit peuple pour lui dire, à l’instar du FMI, qu’ils n’ont plus le droit de revendiquer leur part des ressources naturelles du pays comme promis par l’Etat social inscrit dans la Proclamation du 1er Novembre 1954. Cette rente, selon eux, devrait dorénavant être destinée aux seuls riches (désignés sous le pudique vocable « les entreprises».

– En 1995, vous avez été l’un des syndicalistes les plus en vue lors de la grève des pétroliers. Vous réclamiez le retour des entreprises parapétrolières dans le giron de Sonatrach. Le secteur était totalement déstructuré après les réformes du début des années 1980. Quel regard portez-vous sur le secteur aujourd’hui ?

Notre plateforme de revendications a été élaborée le 5 juin 1994, c’est-à-dire juste après la signature des accords avec le FMI. A travers le regroupement revendiqué, on voulait protéger nos entreprises promises à la privatisation. On voulait la création d’un groupe pétrolier à même d’apporter les ressources nécessaires au renouvellement et au développement de l’outil de travail qui faisaient défaut à nos entreprises au moment où Sonatrach investissait dans d’autres secteurs et à l’étranger et doublait nos entreprises par la création, avec les étrangers, de joint-ventures dans des créneaux largement maîtrisés par nos entreprises. Notre mobilisation visait, enfin, l’harmonisation de la politique sociale (qui n’est plus de vigueur aujourd’hui) dans le secteur.

Notre mouvement qui s’était étalé sur 14 mois, ponctuée par deux grèves (de 3 et 10 jours), avait mobilisé 50 000 parapétroliers et avait permis de stopper la privatisation des entreprises parapétrolières programmées (cession à l’étranger de 65% du capital social) et la « démonopolisation de l’activité de distribution» (Naftal).

Grâce à notre mouvement, la privatisation des entreprises du secteur de la chimie (ENAD, ENGI, Diprochim, ENPC, Asmidal, etc.) a été, de son côté, reculée mais réalisée quelques années plus tard avec l’assentiment de l’UGTA. Aujourd’hui, avec la nouvelle loi sur l’investissement et les lois de finances 2016 et 2017, les entreprises publiques du secteur pétrolier (y compris Sonatrach) sont plus que jamais convoitées.

Et le danger n’en est que plus réel, surtout avec le risque de voir une alliance s’opérer entre le patronat algérien, qui a entre-temps pris du poids et développé des ambitions, et les multinationales. Les hydrocarbures sont une aubaine pour le pays. Le secteur pétrolier doit, sous le contrôle exclusif de l’Etat, continuer, pour un temps encore, à jouer un rôle-clé dans le développement économique du pays et au profit de toute la collectivité nationale.

– Le 24 Février coïncide également avec la création de l’UGTA, un syndicat au sein duquel vous avez longtemps milité. S’il faut faire un bilan de la centrale syndicale, lequel dresserez-vous ?

Comme dans la majorité des pays qui ont été colonisés, l’histoire du syndicalisme en Algérie se confond avec celle du mouvement de Libération nationale. Les travailleurs algériens ont fait leurs premières armes dans le syndicat dominant de l’époque la CGT. Ce dernier, bien que syndicat de classe incontestable, ne pouvait satisfaire les aspirations nationales des travailleurs algériens pour une Algérie indépendante. L’UGTA a été créée le 24 février 1956 par un groupe de militants syndicalistes venus en majorité de la CGT, à leur tête Aïssat Idir avec pour mission de mobiliser les travailleurs algériens dans le cadre de la lutte de Libération nationale.

Une mission honorable, qui a fait sa grandeur durant la guerre de Libération nationale, mais aussi sa faiblesse après l’indépendance, n’ayant jamais pu s’émanciper du pouvoir politique à ce jour. Au lendemain de l’indépendance, l’UGTA se trouve impliquée dans la bataille du développement économique et la réalisation des « tâches d’édification nationale». Ce qui n’était pas une mauvaise chose en soi, bien au contraire, car les travailleurs ne pouvaient goûter au progrès social sans la consolidation de l’indépendance et le développement économique.

Ce qui l’était moins par contre, c’est que cette collaboration et cette implication ne se faisaient pas sur une base de choix volontaire et autonome, mais était encadrée et régulée par les tenants des différents gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance. L’UGTA a été mise sous l’égide du FLN par un coup de force dès son 1er congrès tenu en 1963, alors que rien ne justifiait cette mise sous tutelle, et depuis, son histoire a été une Lire la suite

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