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Le plan de guerre des salafistes

Publié le 26/12/2017, par dans Non classé.

Les mosquées, les réseaux sociaux, les forums et les radios web, le mouvement associatif, le circuit des commerces de la médecine alternative et le commerce informel sont les moyens d’une nouvelle guerre contre l' »islam de Cordoue».
Plus organisés que ce que d’aucuns pensent, les salafistes occupent le terrain, les réseaux sociaux et ont leurs propres sites internet, leurs blogs et leurs forums. Ils ont un plan et une stratégie. Un ancien cadre du ministère des Affaires religieuses pense vrai lorsqu’il dit que les autorités du pays « n’ont tiré aucune leçon de la tragédie des années 1990». Jamais l’offensive des propagandistes du wahhabisme n’a atteint de telles proportions.

Les mosquées, les réseaux sociaux, les forums et les radios web, le mouvement associatif, le circuit des commerces de la médecine alternative et le commerce informel sont les moyens d’une nouvelle guerre contre l' »islam de Cordoue». Juste après la décennie noire, plusieurs tendances salafistes sont nées en Algérie.

En plus des résidus de la salafia djihadia takfiria issue et nourrie par le parti dissous, d’autres courants de cette même obédience ont fait leur apparition à la fin des années 1990 : salafia El Harakia et salafia El Ilmia. Un courant inspiré, selon des spécialistes de la pensée islamiste, par un Saoudien, en l’occurrence Rabbie El Madkhali.

Toutes ces tendances, disent nos interlocuteurs, descendent d’une seule et dangereuse matrice : le wahhabisme, dont le père fondateur est Mohamed Ibn Abdelwahab, et le précurseur Ibn Taymia, qui a constitué la référence doctrinale des groupes terroristes algériens dans les années 1990.

Selon une source très au fait des questions religieuses, depuis deux ou trois ans, les salafistes ont pris d’assaut les annexes et les structures locales de l’Association des oulémas algériens (Djamiate El Oulama El mouslimine Al Djazaïriine et les associations dont la ligne religieuse s’est considérablement inclinée vers le radicalisme. Ils investissent même dans les associations sportives. C’est par ce biais, entre autres, que les idéologues de la salafia arrivent à animer des conférences ou tenir ce qui est appelé dans leur jargon des assises.

Ces dernières se déroulent dans les quatre coins du pays. Au Centre, ce sont les têtes de pont du salafisme, ses véritables chefs d’orchestre, qui mènent la « daawa» : Mohamed Ali Ferkous, enseignant à l’université des sciences islamiques au Caroubier (Alger), Azeddine Ramadhani et Abdelghani Aouisset.

Ce dernier étant kabyle semble spécialisé dans le prosélytisme en Kabylie, où il a animé plusieurs assises, à Oued Ksari qui est situé à quelques kilomètres au sud-ouest de Tizi Ouzou, ou encore à Azeffoun dans la localité d’Aghribs, où l’activisme d’un groupe de salafistes a défrayé la chronique ces dernières années. Dans le sud du pays, c’est un certain Abou Abdillah Salem Al Mourîda Al Adrari, relativement lié à la ville d’Adrar, qui propage la daâwa salafia.

Selon le témoignage des mouhadjirine sur le site Hijra en Algérie, « il enseigne, entre autres, la aqida, la langue arabe, le hadith et le fiqh». A Ghardaïa, « les étudiants vivent dans des demeures modestes et le cheikh dispense des cours juste après la prière du sobh réservés à ses étudiants confirmés, puis d’autres dans la journée plus généraux». « Grâce à lui, la daâwa salafia se répand dans la région d’Adrar et les frères affluent de toute l’Algérie pour étudier chez lui», indique le même témoignage.

A Bordj Bou Arréridj, soutiennent ces sources, officient deux imams salafistes, Abdelhamid Bouta’a et Mustafa Ketfi. Un quart d’heure de marche sépare les mosquées où ils donnent des cours. Bachir Sari, lui, s’est installé à El Eulma, dans la wilaya de Sétif, où active l’association El Kalima tayiba. A Blida, Abdelillah Mohamed Tchalabi s’occupe de la daâwa salafia. Les idéologues de la salafia organisent aussi des rencontres et des assises partout sur le territoire national. Il y a deux années, la wilaya de Béchar les a accueillies.

Tissant une véritable toile à travers laquelle ils livrent une guerre sans merci à l' »islam de Cordoue», pour reprendre Mohamed Aïssa, le ministre des Affaires religieuses, les salafistes très actifs sur le terrain ne manquent d’ailleurs pas de ruse pour infiltrer même les rouages des institutions de l’Etat, le département des Affaires religieuses et des Wakfs, les mosquées et les associations.

Selon une source digne de foi, leur stratégie consiste surtout à approcher précocement de jeunes lycéens dans le but de les incérer dans un long processus d’endoctrinement. Une fois mûris au salafisme, ils sont intégrés dans les réseaux, conseillés et orientés, après l’obtention du baccalauréat, vers les études en charia islamia, de l’université du Caroubier à Alger et les autres universités des sciences islamiques dans les grandes villes du pays.

Infiltration des structures relevant des affaires religieuses

Après l’obtention du diplôme, nous apprend notre source, les étudiants déjà acquis aux thèses salafistes reviennent pour s’insérer dans le département des Affaires religieuses par le biais du concours au poste d’imam sur tout le territoire national. « Personne ne peut le leur refuser, puisqu’ils disposent d’un diplôme reconnu par l’Etat», indique notre interlocuteur.

Et c’est de cette manière que le département des Affaires religieuses se retrouve confronté à des imams plus prompts à diffuser le wahhabisme que l’islam majoritairement pratiqué par les Algériens. Quand le ministère de Mohamed Aïssa s’en est rendu compte, c’était trop tard, le mal était déjà fait.

Ce sont des centaines de jeunes, précise notre source, à avoir pris part aux concours de recrutement des Affaires religieuses. « Si un tiers des imams de la République est aujourd’hui salafiste, dans dix années, et si cela continue à fonctionner de la même manière, 80% des imams seront salafistes», prévient notre source.

Les réseaux salafistes travaillent insidieusement en profondeur la société algérienne et se donnent les moyens de leur politique. Ils ont un « markez salafi» à Rouiba, contrôlent plusieurs mosquées dans lesquelles ils dispensent des cours et organisent périodiquement des séminaires aux quatre coins du pays.

Ils ont monté une véritable machine de propagande qui leur permet aussi de distribuer des centaines de milliers de prospectus, de dépliants et des flyers contenant des fatwas sur plusieurs sujets de société, allant de la hauteur des talons des femmes, jusqu’aux questions de sexualité Lire la suite

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