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«Le plan d’action d’Ouyahia est un nouveau programme d’ajustement structurel»

Publié le 17/09/2017, par dans Non classé.

« Ouyahia a pour mission de ‘‘casser » l’Etat social» ; dans cet entretien, l’économiste Adel Abderrezak met en relief les enjeux cachés du plan d’action du gouvernement Ouyahia dont les mesures suintant le « libéralisme débridé du marché» peuvent, dit-il, « accélérer une rupture incontrôlée (…) emporter l’hégémonie d’un clan et nourrir les velléités d’une élite politique en jachère».
Lors du dernier Conseil des ministres (mercredi 6 septembre), il a été décidé d’amender la loi sur la monnaie et le crédit pour faire en sorte que la Banque d’Algérie puisse « prêter directement au Trésor public, afin de permettre à ce dernier de financer les déficits du budget de l’Etat, financer la dette publique interne, et d’allouer des ressources au Fonds national de l’investissement (communiqué de la Présidence sanctionnant la réunion du Conseil des ministres)». Il a été question de l’introduction dans la loi de nouveaux instruments de financement interne de l’économie, dits financement interne non conventionnel, pour une période transitoire de 5 ans. Quelle signification donner à cet amendement de la loi et quel sera son impact à terme au double plan économique et politique ?

La loi sur la monnaie et le crédit a été faite par le gouvernement Hamrouche en 1992 quand il a engagé la politique de libéralisation économique du pays. Elle avait pour fonction de débureaucratiser la Banque centrale et de la libérer de l’Exécutif et des injonctions du politique dans une Algérie qui a vécu plus de 20 ans dans une sorte de capitalisme d’Etat paré d’une enveloppe socialisante, où le pouvoir politique décidait centralement, et sans aucun contrôle, du sort des finances publiques alimentées par la rente pétrolière. La Banque centrale algérienne devait revenir à une orthodoxie financière et économique dont les règles sont établies par les institutions financières internationales sous pression de la finance mondiale qui pilote la mondialisation d’aujourd’hui. Cette démarche devait atténuer les manipulations politiques des finances publiques et surtout limiter les mécanismes insidieux de détournement de l’argent public par des forces économiques et sociales, pas toujours visibles.

Cette loi a perdu ses « qualités» depuis longtemps du fait que la banque centrale ne s’est pas autonomisée des décideurs politiques comme elle n’a pas pu empêcher le détournement privatif de ressources financières publiques massives au profit de « nouveaux riches» identifiés comme les nouveaux oligarques (référence à la bourgeoisie arriviste russe qui s’est enrichie à la faveur de la transition à l’économie de marché menée à pas forcés par l’alcoolique Eltsine). Donc, l’amendement de cette loi par le gouvernement n’est pas une nouveauté. Il est l’expression d’une Banque centrale privatisée par l’Etat, lui-même privatisé par un clan porté par une bourgeoisie algérienne arriviste et prédatrice aux contours économiques et sociologiques encore très flous.

La nouveauté d’Ouyahia est de se ramener avec un amendement « assassin» qui, dans ce contexte de fragilisation interne et externe de l’économie algérienne et d’une gouvernance politique aléatoire, peut engager l’économie dans des incertitudes insoutenables pour le pays et sa population. L’amendement de la loi se résume clairement à autoriser l’Exécutif à fabriquer de la monnaie administrativement et non par une dynamique de production et de croissance qui crée des richesses et de la valeur équivalente à la monnaie émise. La crise de liquidités étant de plus en plus structurelle, l’Exécutif se trouve confronté à une pénurie d’argent public pour alimenter le budget de fonctionnement et payer les fonctionnaires, mais aussi une pénurie qui impacte négativement les projets d’équipement.

Sachant que l’essentiel des entreprises privées vivent des marchés publics et se font rémunérer par l’argent de l’Etat, sachant aussi que les entreprises publiques se retrouveront avec des ressources diminuées et des dotations de l’Etat revues largement à la baisse, sans oublier une dévalorisation presque exponentielle du dinar et une inflation potentiellement forte, nous entrerons dans une courbe de crises successives touchant l’investissement, les salaires, l’emploi et le pouvoir d’achat. Ce scénario sombre est une possibilité réelle mais tempéré par des redevances pétrolières encore importantes tant qu’elles ne descendent pas trop au-dessous des 50 dollars.

Ouyahia est le joker choisi par le clan hégémonique au pouvoir pour empêcher un scénario noir plus proche du syndrome vénézuélien (au niveau économique, s’entend car la situation politique n’est pas de même nature) que de la classique crise de 1929 et son fameux « jeudi noir». La planche à billets sollicitée pour 5 ans par le plan d’action du gouvernement n’est pas en soi une tragédie.

Ce n’est qu’un outil utilisable par les politiques keynésiennes, par des Banques centrales de pays développés pour relancer une croissance en crise ou par des pays sous-développés en manque de ressources financières. Sa fonction est multiple, en particulier relancer la consommation pour re-stimuler l’investissement, développer la production et enclencher l’emploi. En gros, rétablir un circuit économique paralysé conjoncturellement. La planche à billets n’est pas « l’arme de destruction massive» pour reprendre la formule de l’ex-ministre du Trésor, aujourd’hui versé dans le monde de la finance internationale.

Celui-ci exprime très bien les règles configurées par le BCE, la Fed, le FMI et la BIRD, institutions en phase avec les marchés financiers et leurs acteurs : orthodoxie monétaire et budgétaire, libéralisation totale des flux financiers et de capitaux, réduction des fonctions de souveraineté des Banques centrales, etc. L’arme de destruction massive, c’est cette politique de libéralisation débridée de l’économie algérienne, entamée dès les années 1990 et amplifiée sous le règne de Bouteflika, qui a permis des privatisations insensées, une désindustrialisation tous azimuts, une dévaluation continue du dinar, une financiarisation de l’économie selon des règles d’extraversion de l’économie dictées par le FMI et son plan d’ajustement structurel et l’entame d’une politique anti-sociale qui installe la flexibilité du travail, réforme le système des retraites et celui de la sécurité sociale.

Avec la manne pétrolière, Bouteflika y a ajouté la politique de distribution la plus inégalitaire qu’a vécue le pays en permettant au privé oligarque de squatter les marchés publics et de pomper l’argent de l’Etat, en permettant des transferts financiers substantiels aux firmes étrangères sous forme de profits et de dividendes financiers, en favorisant la reconversion, versus réconciliation nationale, dans le commerce intérieur et d’importation des Lire la suite

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