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Le marché de la viande livré à l’anarchie

Publié le 31/08/2017, par dans Non classé.

L’épisode de la viande de mouton putréfiée de l’Aïd El Adha de l’année dernière risque de rebondir. La raison : la multiplication des points de vente informels qui échappent au contrôle des vétérinaires.
Le ministère de l’Agriculture a annoncé la mise en place de 23 sites pour la vente directe de moutons. D’autres points de vente sont ouverts par arrêté du wali ou par les revendeurs.

« Le ministère de l’Agriculture a désigné 23 points de vente de moutons. Nous avons été réjouis, puisque les collègues vétérinaires avaient la possibilité de se déplacer sur des sites dûment identifiés et de procéder à tous les examens nécessaires. Mais nous avons été étonnés de constater l’ouverture de plusieurs autres sites par des arrêtés de walis. Il sera impossible de connaître la traçabilité du produit», déplore un vétérinaire public qui a requis l’anonymat.

Il y aurait, selon des estimations, au moins 250 points anarchiques dans la seule ville d’Alger, où l’instruction du ministère a désigné 6 sites de vente directe aux Pins maritimes, Bab Ezzouar, Aïn Benian, El Hamiz, Rouiba et Birtouta.

Les 300 vétérinaires de la direction des services agricoles d’Alger (DSA), et ceux des bureaux communaux d’hygiène (BCH) ne peuvent pas suivre tout le cheptel mis en vente et ainsi prévenir contre les maladies. « Le vétérinaire est astreint à contrôler les bêtes des sites identifiés, et pas les sites informels.

Si les collègues interviennent, d’eux-mêmes ou sur demande de l’acheteur, c’est juste pas conscience professionnelle», relève le vétérinaire, qui explique l' »anarchie» constatée dans les quartiers par la volonté des pouvoirs publics de préserver la paix sociale en ne faisant pas intervenir les services de sécurité.

Plusieurs maladies touchent le cheptel : en plus du kyste hydatique, qui fait l’objet de campagne de sensibilisation régulière, il y a d’autres pathologies « tout aussi dangereuses que les pouvoirs publics n’évoquent pas nécessairement alors qu’elles ont des répercussions sur la santé humaine, comme la viande fiévreuse ou surmenée».

Les vétérinaires publics, montrés parfois du doigt, regrettent que les services du ministère de l’Agriculture n’aient pas révélé les conclusions de l’enquête lancée par leur tutelle en collaboration avec la Gendarmerie nationale concernant la viande purifiée. « Il y a des hypothèses comme l’aliment ou les hormones injectées aux bêtes, mais nous n’avons pas toutes les conclusions», regrette le vétérinaire.

Tout en précisant que le phénomène est circonscrit en zones et en nombre, le directeur des services vétérinaires du ministère, Karim Boughalem, a fait part des conditions climatiques ayant caractérisé les deux jours de l’Aïd de l’année 2016 (chaleur et taux d’humidité élevé), ainsi que des conditions d’hygiène inappropriées dans certains endroits. « Ces conditions pourraient être à l’origine de la putréfaction de la viande», a-t-il déclaré mais sans exclure la probabilité d’existence d’autres facteurs.

Manque de sites d’abattage

L’autre point faible de l’opération, les sites d’abattage sont rares et ne sont plus aux normes. Le président de l’Association des chevillards, installée aux Abattoirs du Ruisseau, regrette la « désorganisation du métier».

« Le métier s’est détérioré. C’est le seul secteur qui n’est pas organisé», dénonce Tahar Ramram. A Alger, l’Abattoir des Fusillés au Ruisseau date de plus d’un siècle, celui d’El Harrach, moins important, a été ouvert en 1918 tandis que les autres tueries communales sont carrément dépassées.

Fermé pour travaux, l’abattoir d’El Harrach devra rouvrir exceptionnellement durant les journées de l’Aïd, les réserves relevées par des commissions de la wilaya (sol, éclairage, utilisation de l’eau) n’ayant pu être réglées.

« Pour suivre les normes modernes, il faudrait fermer carrément cet abattoir, puisque, comme l’exigent les normes, le sol doit être rugueux et l’éclairage suffisant», signale un vétérinaire qui s’étonne que les commissions diligentées par la wilaya ne soient pas composées de spécialistes.

Les professionnels regrettent par ailleurs l’absence d’une politique urbaine devant permettre l’ouverture d’abattoirs dans les nouveaux sites d’habitations, à l’instar des pays du Golfe, et même en Occident, au Canada, par exemple, ou des espaces d’abattage sont dégagés spécialement pour la fête du sacrifice, l’Aïd El Kébir.

Satisfaction, malgré tout, l’abattoir des Fusillés continuera à recevoir la population le jour du sacrifice : jusqu’à 3000 agneaux et 500 bovins peuvent être pris en charge par jour. « L’organisation est parfaite. Il y a l’hygiène, le suivi des vétérinaires est excellent. Les contrôles sont rigoureux.

Le propriétaire de la bête s’entend directement avec les chevillards. Il y en une cinquantaine organisés dans des carreaux. Les tarifs de la prestation sont fixés entre le client et le professionnel», signale le président de l’association des chevillards. « Reste ce souci, celui des peaux, qui sont perdues alors qu’elles pourraient être mises en valeur par la filière de la tannerie», signale Ramram qui déplore l’impact environnemental important du à la perte des peaux.

Des projets de complexes d’abattage sont prévus à Hassi Bahbah (Djelfa), Aïn M’lila (Oum El Bouaghi) et Bougtob (El Bayadh). « A Alger, le projet de Baba Ali (Birtouta) est tombé à l’eau pour absence d’assiette. Nous avons de tout temps demandé un marché de gros de la viande pour réguler les prix», poursuit Ramram.

Les prix flambent

Le marché de la viande a connu une flambée dernièrement. Les professionnels du secteur pointent du doigt les mesures lancées ces derniers mois par le gouvernement pour réduire les importations. « Les licences d’importation détenues entre 5 à 6 importateurs sont à l’origine de la hausse des prix. La perturbation de la filière a provoqué une hausse des prix de la viande, de 120 DA pour le produit importé et de 200 DA pour le produit local.

Le veau qui était cédé entre 710 et 730 DA/ kg a atteint actuellement 810 DA/kg», signale Tahar Ramram, président de l’Association des chevillards, installée aux Abattoirs du Ruisseau. Au prix de gros, « l’agneau est vendu jusqu’à 1230 DA/kg, et le bovin à 930 DA/kg», détaille-t-il, faisant remarquer qu’il faudra une stratégie pour la filière viande, d’autant plus que l’Algérie a les moyens pour y arriver : pour l’ovin (agneau), il y a la satisfaction de la demande nationale…

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