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Le gouvernement face à la rue

Publié le 18/10/2016, par dans Non classé.

Il est patent, l’échec des politiques imposées au pays depuis le début des années 2000 et les conséquences sur le front social sont de plus en plus visibles.
Les enseignants ont entamé hier une grève de deux jours pour contester les nouvelles dispositions du régime de retraite. S’ils sont arrivés à ce moyen extrême — qui ne souffre par ailleurs d’aucune illégitimité, la grève étant un droit inaliénable — pour faire aboutir leurs revendications, cela veut dire que le dialogue est bien rompu avec la tutelle, le ministère de l’Education nationale. Ce dernier est-il capable de sortir de cette situation prévisible depuis plusieurs mois déjà ? Pas sûr. Le problème le dépasse largement, et la ministre, Nouria Benghebrit, l’avait bien avoué il y a quelques jours.

Le problème n’est donc pas celui de son département, mais celui de tout un gouvernement submergé par la crise qui frappe de plein fouet le pays et dont les effets sont de plus en plus ressentis par les couches sociales. Au-delà du bras de fer engagé entre le ministère de l’Education nationale et les enseignants, la teneur de la réforme du régime de retraite, qui n’est pas encore adoptée le Parlement, renseigne clairement sur la panne économique, son corollaire, la crise de l’emploi, le tarissement des caisses de retraite et globalement celles de l’Etat, pour ne parler que de cela. Il est patent, l’échec des politiques imposées au pays depuis le début des années 2000.

Et les conséquences sur le front social sont de plus en plus visibles. Englué pendant longtemps dans une coûteuse politique sociale, sans innover parallèlement en matière de réforme et de construction d’une véritable économie de production, le gouvernement semble bien désarmé face à la grogne sociale. N’ayant plus de trésorerie pour financer la paix sociale, que fera-t-il alors devant la colère des citoyens qui — habitués à la générosité d’un régime qui pour durer n’a pas hésité à chaque fois à mettre la main à la poche — subissent désormais la brutalité de la chute des revenus pétroliers ?

La parade de la police, hier dans les rues d’Alger, donne déjà le ton. Après avoir perdu la capacité de tendre la carotte, l’Exécutif sort le bâton. Le déploiement de policiers, matraque à la main, dans les endroits névralgiques de la capitale, bien que les enseignants n’aient pas appelé à une manifestation de rue, est un signe avant-coureur des moyens qu’il est prêt à mettre en œuvre pour contenir un front social en croissante ébullition et parer à toute éventualité.

Le pouvoir, fragilisé par ses échecs économiques, a visiblement peur. La société gronde. Et ce n’est que le début. Car le plus dur est attendu pour l’année 2017 avec les dispositions prévues dans la prochaine loi de finances. Si le gouvernement peut toujours recourir aux réserves de change ou puiser encore dans le Fonds de régulation des recettes (FRR) — qui a atteint le fond et se tarirait irréversiblement dans deux ans si les prix du pétrole sur le marché international restent en l’état —, la réalité est là.

Elle se traduit pêle-mêle par une cherté de la vie intenable, une inflation galopante, un gel des recrutements dans le secteur public et même dans le privé, le chômage, une réduction des budgets de l’Etat (fonctionnement et équipement), une coupe drastique dans les investissements publics, la rareté des investissements étrangers dans le pays et une absence de perspective. On ne mesure peut-être pas encore ce que va produire la « gouvernance» de ces 17 dernières années.

Le nouveau plan d’austérité décliné comme étant la nouvelle politique économique du gouvernement arrivera-t-il à convaincre les Algériens des sacrifices qu’ils doivent consentir — ce sont eux qui finissent toujours par payer la facture des errements des gouvernants — pour sortir de la crise ? Rien n’est moins évident. L’austérité, accompagnée d’une batterie de mesures antisociales (augmentation de la TVA de 2%, hausse des taxes et autres impôts qui rendront encore plus difficile la vie des Algériens) sonne déjà le glas d’une paix sociale longtemps perfusée par l’argent du pétrole.

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