formats

Le corail et l’argent gâchent la fête du bijou

Publié le 05/08/2016, par dans Non classé.

Ath Yenni, depuis le 28 juillet jusqu’à aujourd’hui. C’est la 13e édition de la Fête du bijou. Au rythme de la musique kabyle, des bijoux à perte de vue sont exposés sur plusieurs dizaines de stands.
Entre la maison de jeunes et le CEM Larbi Mezani, quelque 93 artisans bijoutiers parmi 100 participants, venus d’une dizaine de wilayas, ont pris part de cet événement organisé annuellement. Derrière ce dégradé de couleurs et les multiples modèles, toute une « industrie» se cache. Aujourd’hui, les prix de l’argent ont augmenté. Explication. L’indisponibilité des deux matières essentielles : argent et corail, et difficulté d’écoulement des produits finis.

Mohamed Arezki Chenane, originaire d’Ath Yenni, est artisan bijoutier depuis 1990 et a subi sa formation chez Abdennour Djenane, l’un des anciens bijoutiers de la région. Il déplore : « La matière première représente toujours un problème. Elle n’est pas disponible à l’Agence nationale pour la transformation et la distribution de l’or et des autres métaux précieux (Agenor), on est donc obligés de se la procurer au marché noir où elle coûte très cher. Ce n’est pas normal !

Comment cela se fait-il ? Par ailleurs, le vrai corail très utilisé dans la création des bijoux kabyles est introuvable.» Nora Erbi partage cet avis et se souvient : « Avant, on recevait la matière première d’Agenor. Ce sont des quotas précis distribués aux bijoutiers de chaque région… Je me souviens qu’on l’achetait à 3500 DA le kilo, mais maintenant elle a atteint les 13 millions le kilo au marché noir ; au niveau de l’agence étatique, elle n’est pas disponible depuis plusieurs mois.

On rencontre le même problème avec le corail qu’on ramenait autrefois d’El Kala par quota, facturé et légalement. Maintenant, tout se fait au noir et est très cher. C’est de là que vient la cherté des bijoux en argent sur le marché et ainsi leur non-commercialisation.» Concernant le corail qui est aussi important dans la fabrication de ces bijoux, l’artisan Belaïd Fékir, 36 ans, parle de stock et explique : « Pour le corail, il y en a qui se le procurent et le revendent au noir, ou qui le stockent et le sortent quand il est introuvable. Il y a plein de gens qui se plaignent de la cherté du bijou en argent et refusent d’acheter. Malheureusement, on n’y peut rien.

On est obligé de vendre à ce prix pour récupérer un peu de ce qu’on a dépensé et sortir avec un minimum de gain.» Face à ce problème et pour pouvoir fabriquer des bijoux cette saison, Mohamed Ouramdane Kerkouche, artisan bijoutier depuis 35 ans et vice-président de l’association des bijoutiers d’Ath Yenni, a dû ramener sa matière première de France.

« Cette année, j’ai dû ramener la matière première de France parce qu’il n’y en a pas ici. Les pouvoirs publics ont mis fin aux activités des 160 importateurs privés qui la ramenaient. Il ne reste qu’Agenor qui n’a pas distribué de quota depuis le mois de janvier», raconte-il et d’ajouter : « Chacun se débrouille comme il peut pour avoir la matière première. Dans le cas contraire, il va se retrouver au chômage. La même chose pour l’écoulement du travail fini. On se débrouille pour faire de l’exportation à notre méthode et l’Etat n’a pas voulu mettre le paquet pour faciliter cette opération. On essaye quand même de la faire malgré les nombreuses difficultés auxquelles on fait face : la douane qui exige beaucoup de papiers, le poinçon d’exportation, le poinçon à mettre et que certains artisans n’ont pas…».

LOI

En effet, selon Mohamed Sahbi, directeur commercial au sein d’Agenor, si les quotas d’argent ne sont pas distribués depuis plusieurs mois, c’est entièrement à cause de l’interdiction de l’importation et aux exigences de la loi de juin 2015. « Comme on le sait tous, on n’a pas de mines d’argent en Algérie, ce qui nous oblige à importer, mais le hic, c’est que l’importation des métaux précieux est soumise à une loi.

La loi de juin 2015 exige que l’on ait un agrément comme importateur d’or ou d’argent. Ce dernier doit remplir deux grosses conditions : que la société importatrice doit disposer d’un capital de 200 millions de dinars, ce que nous avons, et la deuxième est d’avoir un laboratoire d’analyse interne accrédité. Pour l’instant, nous remplissons ces deux conditions et nous travaillons sur l’accréditation. Nous avons déposé notre dossier pour avoir un agrément d’importateur et nous espérons l’avoir le plus tôt possible, peut-être en septembre.» Concernant le marché noir, le directeur commercial affirme que « la matière première est disponible sur le marché noir et on n’a rien à voir avec ça. Nous, on nous interdit non seulement d’importer, mais aussi de récupérer des bijoux cassés ou des déchets.

Pour cela, une seconde demande d’agrément a été déposée pour la récupération et le recyclage des métaux précieux». Pour sa part, le président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (ANCA), El Hadj Tahar Boulenouar, précise : la matière première est peu trouvable et chère, il est tout à fait logique que les produits finaux soient chers sur le marché. « A travers tout le pays, les artisans bijoutiers souffrent tous des mêmes problèmes. Deux en particulier. D’abord, la matière première qu’ils achètent eux-mêmes très cher vu sa rareté et son indisponibilité sur le marché légal. Logiquement, quand on achète la matière première à un prix élevé, celui du produit final le sera aussi, et l’artisan aura des difficultés à écouler sa marchandise. Si on prend l’exemple des pays voisins, la Tunisie et le Maroc où l’artisanat est beaucoup moins cher qu’en Algérie, les gens n’achètent pas !» souligne-t-il.

Commercialisation

Le problème de commercialisation, lui, se pose avec acuité. Faute de moyens, l’artisan Mohamed Arezki Chenane n’a pas de magasin. Pour commercialiser ses bijoux, il compte sur ses clients habituels qui lui font de la publicité. Une situation qu’on retrouve chez de nombreux artisans de la région. Il propose : « Les cent locaux par commune du Président construits sont toujours fermés chez nous et peuvent être une solution à ce problème.

Pourquoi ne pas les attribuer aux bijoutiers qui Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé Le corail et l’argent gâchent la fête du bijou
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair