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Le Conseil constitutionnel embarrassé par les encombrantes saisines

Publié le 16/05/2017, par dans Non classé.

Mis devant une situation des plus difficiles, le Conseil constitutionnel aura à déclarer, au plus tard jeudi prochain, les résultats définitifs du scrutin législatif du 4 mai. Destinataire de nombreuses requêtes documentées liées au bourrage des urnes et à la manipulation des résultats du scrutin, cette Haute institution aura-t-elle les coudées franches pour réajuster la répartition des sièges au sein de la nouvelle Assemblée populaire nationale ? Une question importante dont la réponse dépend des rapports de force au sein du sérail….
Jamais le greffe du Conseil constitutionnel n’a eu à enregistrer autant de requêtes de partis politiques et de candidats ayant pris part à des élections législatives comme celles du 4 mai dernier. Ce sont des cartons et des cartons de procès- verbaux, d’enregistrements vidéo et de documents qui ont été déposés au siège à de cette Haute cour. Chacun des partis, RND, FLN, MSP, PT, TAJ, FFS, RCD, MPA et autres ont déposé des recours dans l’espoir de récupérer des sièges qui leur auraient été confisqués.

Les plus importantes de ces saisines sont dirigées contre le FLN, et à un moindre degré le RND, mais aussi d’autres qui ont eu à répondre aux accusations. « Techniquement, les membres du Conseil ont fait leur travail d’une manière minutieuse. Ils ont convoqué et entendu toutes les parties incriminées, y compris les personnes ayant été à l’origine du bourrage des urnes dans certains bureaux de vote, révélé par des vidéo ou le comptage des voix» indique un représentant d’un parti politique. Selon lui, « ces requêtes sont suffisantes pour chambouler les résultats du scrutin».

Le FLN risque de perdre des sièges

« Mais cela dépendra des rapports de force qui sont au sommet de l’Etat», ajoute-t-il. L’avis est partagé par de nombreuses sources bien informées. « En pleine déconfiture, le FLN risque de perdre encore des sièges et de dégringoler davantage. C’est la réalité que ses dirigeants ne veulent pas admettre. Djamel Ould Abbès, son secrétaire général, ne veut pas le reconnaître. Il évite de parler des sièges qu’il a perdus et préfère évoquer le nombre de voix qu’il a obtenues. Il veut continuer à être la première force politique, mais ses adversaires sont nombreux et le rapport de force n’est plus en sa faveur.

Le retour du RND sur la scène politique l’a fait trembler. Il y voit une menace. Les sorties de Djamel Ould Abbès, mais aussi du Premier ministre, Abdelmalek Sellal qui, ne l’oublions pas, appartient au FLN, ne sont pas fortuites. Il y a une guerre de coulisses qui n’apparaît pas publiquement, mais dont les signes sont révélateurs d’une course acharnée entre Djamel Ould Abbès et Ahmed Ouyahia, les deux frères ennemis, pour se maintenir au pouvoir.

Le premier n’a pas réussi à recoller les morceaux du parti du Président pour préserver sa place de 1re force politique du pays. Le second, privilégié par sa position au cœur même d’El Mouradia, renaît de ses cendres en profitant des erreurs du premier. Tout porte à croire que le bourrage des urnes et la manipulation des chiffres dans de nombreux bureaux de vote ne sont ni fortuits ni isolés. Il y a de fortes présomptions sur des consignes données à des walis pour augmenter le taux de participation au profit du FLN.

Certains n’ont pas marché, mais d’autres ont fait dans l’excès de zèle, puisque les preuves de cette fraude existent. Le bourrage des urnes était flagrant et la manipulation des chiffres grossière. Le FLN ne sortira pas indemne de ce scrutin. Affaibli, il ne sera pas au centre des décisions. Les rapports de force ne semblent pas être en sa faveur», précisent nos sources. Cependant, d’autres interlocuteurs avancent un autre avis.

Ils pensent que « tant que le Président est là, le FLN gardera sa position de première force politique, même s’il perd quelques sièges. Cette panique qui s’est emparée des dirigeants de ce parti n’est pas liée aux résultats du scrutin. Il faut la chercher dans le choix du prochain Premier ministre et des membres de son gouvernement». Pour nos interlocuteurs, « Abdelmalek Sellal n’a pas réussi à rassurer les Algériens pour les ramener aux urnes.

La mission de la prochaine Assemblée sera très difficile. La politique d’austérité que le gouvernement s’apprête à appliquer pour renflouer les caisses de l’Etat, érodées par la chute des revenus pétroliers, a besoin d’une Assemblée légitime. Or, celle issue d’une élection marquée par un fort taux d’abstention et une fraude est tellement fragilisée que le FLN, parti majoritaire, sera obligé d’aller chercher des alliances. Un échec que le clan présidentiel n’est pas près d’oublier.

Le Premier ministre sait qu’il est en train de jouer ses derniers jours. Il sait que, probablement, le nom de son successeur est déjà sur la table et ce quels que soient les résultats que le Conseil constitutionnel va valider.» En tout état de cause, entre les avis des uns et des autres, il y a une réalité que la classe politique est unanime à relever : « Les dernières élections n’ont pas été aussi propres», comme certains veulent le faire croire.

Graves Dérives

Le Conseil constitutionnel est appelé à faire la lumière sur ces « graves dérives» évoquées, y compris par le président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), Abdelwahab Derbal. En effet, ce dernier avait déclaré, dimanche dernier, devant les membres de cette Haute instance, que « plusieurs responsables de centres et bureaux de vote et autres parties en charge de l’organisation agissaient, le jour du scrutin, sur la base de certains usages qui influent négativement sur le cours et la crédibilité de l’opération électorale», et que « l’application des dispositions du code électoral différait d’une région à une autre et que certains comportements ne reposaient sur aucun référent juridique, mais leurs auteurs ont considéré l’intérêt de la sphère du pouvoir dont ils jouissent». Des propos assez révélateurs, qui exprimaient l’état des lieux, en ce 4 mai, journée du vote.
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