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Le Congrès de la Soummam a changé le visage de la résistance

Publié le 23/08/2016, par dans Non classé.

Le Congrès de la Soummam est-il imaginable sans l’offensive du Nord-Constantinois ? Comment rendre intelligibles ces événements clés dans l’histoire de la guerre de Libération ? Questions par un champion.
C’est à Abdelmadjid Merdaci qu’a échu cette délicate mission. L’historien, sociologue, professeur à l’université de Constantine y a mis du sien, jeudi dernier, lors d’une rencontre-débat à la librairie Chaïb Dzaïr (réseau ANEP).

L’occasion s’y prêtait admirablement pour répondre à ces voix, nombreuses, comme celle de Djamel Zenati qui venait juste de rendre public son manifeste insolent de vérité sur la Soummam et ses hommes orchestres.

L’universitaire, visiblement excédé par les culte et stature (disproportionnés ?) érigés pour Abane, n’en a pas fini d’insister, le long de sa conférence, sur le caractère « collectif», « militant» de l’œuvre de la Soummam. En prélude, devant une assistance entichée d’histoire, Sid Ali Sakhri, le modérateur des débats, reconnaissait les complexité et gageure de l’ouvrage. « L’histoire, ose-t-il, n’est déjà pas un sujet sexy et en parler en plein août, c’est…». Presque à l’eau de rose.

D’emblée, Merdaci récusera le caractère de « jacquerie» et/ou d' »insurrection» intempestive accolée — par l’historiographie française — à l’offensive du Nord-Constantinois.

L’offensive, pensée par Zighoud Youcef, ne répondait pas seulement à une situation de difficultés régionales, à une séquence de la guerre. Zighoud a fait le choix et, pour lui, il s’agissait de sauver la Révolution menacée d’étouffement dans l’œuf. Merdaci citera Si Ahmed (Zighoud Youcef), commandant de la Zone II (Nord-Constantinois) himself : « J’ai toujours appréhendé, disait Zighout, le jour où la destinée de la Révolution reposerait sur mes épaules et ce jour-là est arrivé.»

L’offensive qui sauvera la révolution

L’enjeu de l’offensive, affirme Merdaci, n’est pas le Nord-Constantinois en soi, mais la relance et la protection de la Révolution. « Il ne s’agit donc pas d’un objectif conjoncturel lié à un état des lieux dans le Nord-Constantinois». Si Ahmed, le « forgeron de Condé Smedou» tel que les Français le surnommaient, exerçait, d’après l’historien, un pouvoir de fascination exceptionnel sur ses compagnons de lutte. « Orphelin de père, titulaire d’un certificat d’études, féru de littérature et d’art, Zighoud Youcef a conçu une opération absolument inédite parce qu’elle ne devait pas être reconductible.

Quand Si Ahmed réunit ses compagnons, ce n’est pas uniquement pour leur annoncer l’opération : il leur détaille les objectifs région par région. Il y a eu 24 centres et agglomérations (Annaba, Guelma, Skikda, Constantine, Jijel, oued Zenati, Harrouch…) visés ce samedi 20 août 1955.»

Des opérations menées de jour avec des objectifs militaires, mais aussi un objectif éminemment politique : « Par-delà les objectifs militaires, l’opération revêt un caractère politique car menée par des militants de l’ALN, aidés par la population armée pour la circonstance, d’où la mythologie entourant cet événement assimilé à une jacquerie paysanne. En fait, Si Ahmed a décidé de régler l’hypothèque de la 3e voie.» A Constantine, l’impact de l’offensive avait étouffé en effet le brouhaha de la 3e voie et son collège de personnalités musulmanes séduites par un Jacques Soustelle, l’ethnologue, gouverneur général et son offre de « négociation» avec les élus « modérés d’Algérie» avec cette velléité de contourner l’incontournable Front de libération nationale.

Comme conséquence directe de l’offensive, rappelle le conférencier, une répression sans commune mesure fut déclenchée. Le nombre de victimes, 12 000, n’a jamais été remis en cause, y compris par les historiens français eux-mêmes. Ce qui fait dire à Merdaci que « si le 20 Août 1955 ne répétait pas le 1er Novembre 1954, il s’en inspirait par l’étendue des opérations, la centralité de la décision. Mais d’une certaine façon, il est une répétition de Mai 1945.» « Comme conséquence à cette offensive, et les historiens français eux-mêmes le disent, la France entre effectivement en guerre en Algérie. Benjamin Stora le dit clairement.

Quelque 60 000 hommes du contingent français sont rappelés. Le climat politique a changé. Le FLN a réaffirmé la légitimité de la résistance armée. Plus rien ne sera pareil après cette date majeure.»

Le Congrès de la Soummam est-il imaginable sans l’offensive du 20 Août 1955 ? Merdaci est persuadé de la communauté de vue entre les frères d’armes Abane-Zighoud.

« L’idée de regrouper les dirigeants de la Révolution est partagée par Abane et Si Ahmed. Nous avons un témoignage de Bentobbal qui affirme que Zighout avait mandaté Saâd Dahlab pour transmettre la proposition à Abane, dans laquelle il disait pouvoir organiser et sécuriser la réunion de tous les dirigeants de la Révolution et avait même proposé la presqu’île de Collo pour abriter cette rencontre.» Fraîchement sorti de prison, Abane créera une commission pour faire des propositions et réfléchir à l’avenir de la Révolution. Dans cette équipe figure, d’après Merdaci, Lebjaoui, Chentouf, Amar Ouzegane (secrétaire génénral du PCA), et Abdelmalek Temmam, dont le nom apparaît dans certains documents. Les idées et les mots se bousculent dans la tête d’un Merdaci qui dévisse : « Dans les médias, la presse, les gens parlent, écrivent avec une focalisation sur la personnalité de Abane Ramdane (…).

Il faut rappeler que le Congrès de la Soummam a réuni d’éminents dirigeants du mouvement national, tous issus de la même matrice politique. Krim, Ouamrane, Abane, Ben M’hidi, Zighoud et Bentobbal. Et les six ont débattu lors de ce Congrès. Des débats extrêmement durs, notamment sur les questions de la violence politique, sur le bilan de l’offensive du Nord-constantinois.

Les dirigeants du Nord-Constantinois s’étaient opposés à l’ensemble des propositions défendues par Abane et Ben M’hidi. Pourquoi ? Parce qu’ils considéraient que ces propositions ne correspondaient pas à l’étape de maturation de la résistance. A l’interruption des travaux, les débats vifs se poursuivaient et cela a duré jusqu’au 11 septembre. Mais quand la sanction politique du Congrès arrive, à savoir adapter les décisions organiques au texte, Zighoud Youcef approuve la Charte et la désignation de la direction tout en disant vouloir rester à la tête de la Zone II et ne pas figurer dans le nouvel organigramme de la direction.»

Le Congrès de la Soummam a changé complètement le visage de la résistance. « Au lendemain du Congrès, le FLN cesse d’être un sigle et devient une institution politique avec ses organes et son programme. En plus Lire la suite

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