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«Le clientélisme et la corruption sont une violence symbolique»

Publié le 15/05/2016, par dans Non classé.

Vous évoquez dans vos travaux le concept de pouvoir discrétionnaire qui exercerait une violence symbolique sur la société. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Dans le cadre du présent colloque, la problématique de la violence en Algérie est abordée sous plusieurs approches, à savoir sociologique, psychologique, politique, etc. Ma contribution visait à faire la lumière sur la violence symbolique exercée par les fonctionnaires de l’Etat. Cette violence se manifeste dans la prise de décision et la manipulation des lois, des décrets, partant du constat qu’il existe une dissimulation de l’action institutionnelle des agents influents qui se conjugue avec les agissements usant de leur pouvoir administratif pour rendre l’attribution des droits civils et civiques plus subjective qu’objective.

Cet abus d’influence a pour corollaire l’impartialité, le clientélisme, le clanisme, le régionalisme et, au bout, la corruption qui est aujourd’hui banalisée. Avec ce système, il n’y a que les privilégiés qui ont un accès facile aux droits, à l’emploi, au logement, etc.

Quelles sont les raisons objectives et subjectives qui ont donné lieu à cette violence institutionnalisée ?

Cette situation, à mon sens, découle du contrôle des appareils de l’Etat par le pouvoir politique. Je préfère la notion d’appareils de l’Etat à celle de l’Etat tout court parce que j’estime que celui-ci n’existe pas tout-à-fait chez nous. En témoignent les abus de pouvoir à tout-va, la partialité, l’arbitraire judiciaire et autres auxquels on assiste quotidiennement, l’impunité dont bénéficient des officiels et des commis de l’Etat… Tout cela procède de cette violence symbolique qui s’exerce sur les administrés.

Il s’agit d’une forme de bureaucratie que nous avons héritée des Turcs et des Français qui a fait que nous sommes restés d’éternels colonisés, perpétuant une sorte de hiérarchisation des décisions, laquelle, au final, ne fait que créer un climat favorable à la généralisation de la corruption.

Quel est l’effet sur la psychologie sociale des masses ?

Cette réalité a révélé les limites de la conception institutionnelle et son évaluation politique des populations défavorisées et à la recherche d’une citoyenneté devenue inaccessible de leur relégation à la seconde zone de la reconnaissance « nationale».
Par ailleurs, par le biais de ce système, on a laissé se développer ce que j’appelle le syndrome de la lassitude, de la déresponsabilisation générale, en plus d’avoir fait de l’Algérien un éternel assisté auquel on n’a laissé d’autre choix que de verser dans la religiosité ou la débauche. L’exacerbation du sentiment religieux, le déclin du sens du patriotisme et l’apparition de sous-culture sont le résultat incontestable du manque de perspectives et de la rupture de confiance entre gouvernants et gouvernés.

Comment en sortir, sachant que plusieurs expériences historiques similaires à celle de l’Algérie ont montré qu’une violence en appelle une autre…

Je suis de ceux qui pensent qu’on ne peut pas changer la société par la radicalisation. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à interroger la période de radicalisation des années 1990. En revanche, j’estime que si changement il y a, cela doit immanquablement passer par l’élite car sans elle, les sociétés s’autodétruisent. Le défi qui nous attend, c’est de rétablir l’espoir, et l’élite a un grand rôle à jouer pour construire une alternative qui aboutira sur une transition intelligente.

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