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«Le chiisme en Algérie est dû à l’ignorance des sunnites»

Publié le 18/04/2016, par dans Non classé.

En bon philosophe, le docteur Abderrazak Guessoum, président de l’Association des oulémas, a eu des difficultés à masquer les contradictions qui minent la société algérienne, notamment s’agissant des questions sociétales, surtout celles relatives au statut de la femme. Dans cet entretien, il évoque les courants salafistes, le chiisme, mais aussi « l’écoute» de l’ex-ministre des Affaires religieuses, Ghlamallah, et sa relation « incompréhensible» avec son ancien élève, Mohamed Aïssa, devenu ministre.
– Vous vous êtes opposé à la réforme de l’école engagée par la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, et appelé les Algériens à adopter la même position. Peut-on en connaître les raisons ?

Il n’y a aucun problème entre nous, en tant qu’association, et la ministre Mme Benghebrit. Bien au contraire. Toute personne, homme ou femme, qui assume une responsabilité gouvernementale dans notre pays, devient la propriété de tous. Mme Benghebrit, en tant que ministre, agit et prend des décisions au nom du gouvernement.

Tout citoyen a le droit de la conseiller et de l’orienter. Notre communiqué n’a pas été fait dans le but de polémiquer, mais de dialoguer. Nous voulions donner à la société et à la ministre notre avis en tant qu’association qui, par définition, est une association d’éducation et d’enseignement. C’est un message, ou un conseil adressé à la ministre, à l’opinion publique et même à l’autorité suprême.

– Vous refusez la polémique, mais dans votre message vous appelez les Algériens à s’opposer à cette réforme. A quoi vous attendez-vous ?

Nous avons demandé à la société de protéger l’école et non pas de s’opposer à la réforme. Nous voulons la protéger d’une certaine infiltration étrangère et d’une agression culturelle étrangère.

– De quelle agression étrangère parlez-vous ?

Je vous cite un exemple. Pourquoi exiger, dans un concours destiné aux enseignants, la langue française comme seule langue étrangère ? Un enseignant doit avoir au moins une langue étrangère en plus de la langue maternelle. Pourquoi exiger le français et non pas l’anglais, par exemple, qui est la langue de l’universalité, de la technicité et de la science ? Le fait d’exiger seulement la langue française n’est pas logique. Nous estimons que l’élève algérien doit être ouvert sur toutes les cultures, à partir des constantes nationales, de l’islam bien étudié, bien compris et bien appliqué, que nous défendons, et la langue arabe qui n’est qu’un moyen pour s’ouvrir sur les autres.

– Si la langue n’est qu’un moyen pour accéder à la science, pourquoi l’enseignant ne devrait-il pas maîtriser le français ?

Nous n’avons aucune frontière avec les langues. Peu importe ce que l’enseignant maîtrise. L’essentiel est qu’il ne soit pas emprisonné dans le ghetto du français. Nous ne posons aucune barrière, nous sommes ouverts sur tout. Nous sommes pour l’égalité entre les cultures, les religions et pour la compréhension culturelle. Je suis révolté quand je lis, dans certains écrits dans la presse, le qualificatif d’islamo-conservateurs. Que veulent-ils dire et qui visent-ils ?

– Pensez-vous qu’il soit normal d’enseigner à un enfant du premier cycle les « souffrances de la tombe» (adhab el kabr), le Jugement dernier ou de lui apprendre comment Dieu va torturer les mécréants, etc. ? N’est-ce pas plus simple de lui apprendre à être un bon citoyen demain ?

Si je parle d’un islam bien appris, bien compris et bien appliqué, c’est justement pour éviter ces situations. Nous avons appris l’islam à partir de l’âge de 3 ans. Nous sautions les versets difficiles parce qu’ils ne correspondaient pas aux capacités intellectuelles de l’enfant.

– Vous avez appris le Coran à l’école coranique et non pas à l’école, qui est un lieu de savoir et de connaissances universelles…

Effectivement, j’ai été à l’école coranique. Mais qu’est-ce qui empêche l’école publique d’enseigner le Coran ? Rien. Alors, nous sommes pour l’enseignement coranique basé sur la méthodologie, la bonne compréhension de l’islam et le comportement exemplaire de l’enseignant et de l’enseignante.

– N’avons-nous pas besoin plutôt d’une école qui forme de bons citoyens ?

Est-ce que l’enseignement coranique empêche les élèves d’être de bons citoyens ?

– Ce n’est pas le Coran qui pose problème, mais plutôt la manière dont il est expliqué et enseigné…

Vous avez raison. C’est pour cela que je ne cesse de parler d’islam bien étudié, bien compris et bien appliqué. Nous sommes pour des critères de choix de l’enseignant. Si ce dernier maîtrise l’anglais en plus de l’arabe, c’est un enrichissement pour l’enseignement. Il en est de même pour celui qui maîtrise l’espagnol ou l’italien. Pourquoi ne pas s’ouvrir sur toutes les cultures pour obtenir la crème de celles-ci ? C’est cela que nous reprochons à l’école algérienne.

Je parle sans complexe parce que je parle et je maîtrise le français. Cependant, j’estime qu’aujourd’hui c’est l’anglais, langue internationale, qui doit être privilégié et non pas le français. Allez en Afrique. Vous dépassez le Mali et le Sénégal, personne ne comprend le français. Un bon citoyen, c’est celui qui maîtrise l’anglais. Le français est là. Nous reconnaissons sa présence parce que nous évoluons dans une région qui s’exprime en français.

C’est un atout qui ne nous empêche pas de construire plus que ce que nous ont légué nos aïeux. Ces derniers n’avaient pas les moyens d’apprendre l’anglais, alors qu’aujourd’hui, tout est possible. Nous ne voulons pas polémiquer sur ce sujet. Dans notre communiqué, nous n’avons pas évoqué Mme Benghebrit. Nous avons parlé de l’éducation, de la société mais aussi des menaces qui pèsent sur la famille.

– De quelles menaces s’agit-il ?

Par exemple cette exigence faite par des féministes pour supprimer la présence du garant et non pas du tuteur comme on veut nous le faire comprendre, pour les femmes lors du mariage. Le tuteur veut dire que la femme est inapte à assumer sa responsabilité. Or, c’est faux. Le tuteur est généralement celui qui s’occupe d’un enfant mineur. Le père ou le frère, dans le mariage, est le garant symbolique du contrat. L’un ou l’autre constituent le symbole de la continuité de ce contrat. Pourquoi le réduire à un tuteur ?

– Le problème n’est pas dans la présence du frère ou du père lors de ce contrat, mais plutôt d’en Lire la suite

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