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L’autre révolution douce de la Kabylie

Publié le 24/02/2018, par dans Non classé.

Près de 400 villages se sont inscrits dans le challenge de la propreté, mais aussi de l’écologie, du développement durable et solidaire. Il y a une révolution en douce, une énergie positive qui traverse une société insoumise, décidée à se donner elle-même les outils à même de lui garantir la prospérité économique et l’épanouissement social.
Cela a toujours été le cas, mais l’énergie qui s’en dégage ces dernières années est tout simplement extraordinaire. Elle est époustouflante. Reportage dans trois villages qui ont défrayé la chronique. C’est incroyable ce qui se passe en Kabylie. Une véritable révolution est en train de se dérouler dans cette région que des médias, inféodés à certains milieux archaïques et intolérants, ont tenté par tous les moyens de diaboliser. Fake news, tentative de déstabilisation, incursion malveillante pour enraciner la culture de l’intolérance et du défaitisme.

C’est une leçon de vie et de courage, d’abnégation, de sacrifice et surtout de solidarité que la Kabylie donne à méditer. Une opération anodine de campagne de propreté et d’embellissement initiée par quelques villages est en train de se transformer en une irréversible dynamique de développement. Elle se généralise. Près de 400 villages se sont inscrits dans le challenge de la propreté, mais aussi de l’écologie, du développement durable et solidaire.

Pour y aller par ce vendredi d’hiver, pluvieux et froid, il faut emprunter des chemins qui montent, escarpés, caillouteux, parfois impraticables. D’où que l’on passe, par Larbaa Nath Irathen ou par Takhoukht, ce sont des chemins qui montent. C’est au sommet de cette majestueuse montagne qu’on trouvera Tiferdoud, le plus beau et le plus haut village de la Kabylie. C’est le week- end. Tout le monde est à l’ouvrage. Avec beaucoup de cœur. Ici, les gens ne rechignent pas au travail, condamnés à défier les aléas de la nature.

Depuis des siècles, depuis toujours. Tiferdoud est un village typiquement kabyle conçu par des mains de maître. Ses habitants ont pris soin de transmettre de génération en génération la passion de préserver la belle architecture ancestrale, la finesse culturelle et sa sociologie. Ces maisons kabyles, construites en pierre de schiste, ont résisté à tous les aléas du temps et aux humeurs des hommes. Elles ont traversé des siècles sans vaciller. Elles ont résisté à la guerre, à la rigueur de la nature et à l’abandon.

Aux vagues d’émigration massive de ses habitants, contraints à aller chercher ailleurs une vie meilleure. Après « le Printemps noir», manifestations qui ont fini dans un bain de sang en 2001, des centaines de jeunes ont pris le chemin de l’exil. C’était devenu un village sans avenir, un coin où l’on meurt à petit feu, un village fantôme où se conjuguent malvie, chômage et absence de perspectives. Mais les habitants n’ont pas baissé les bras. Petit à petit, ils se sont construit un rêve, puis des projets pour le réaliser.

Tiferdoud a décidé de forcer la main du destin en se projetant dans la modernité, tout en gardant son ancestralité. A présent, qu’il fait bon d’y vivre ! Destiné à devenir un village fantôme, conséquemment au départ de « tous» ses enfants qui sont partis qui en France, qui au Canada ou aux Etats-Unis, d’autres se sont installés à Alger ou à Tizi Ouzou, Tiferdoud a réussi à changer la donne. La colline autrefois invivable est devenue un coin de paradis. C’est peut-être l’endroit le plus propre d’Algérie, assurément le plus beau aussi.

Culminant à 1197 m d’altitude, il est le village le plus haut de Kabylie. Donc, en ce jour d’hiver, l’entrée du village est en pleine effervescence. Des habitants s’affairent à nettoyer la route, vident le fossé des détritus. Au foyer des jeunes baptisé du nom de Kamel Amzal, figure emblématique du combat identitaire, assassiné à la cité universitaire de Ben Aknoun en 1982 par les fous de Dieu, c’est le remue-ménage. Deux jeunes filles, pieds nus et pantalon retroussé, nettoient la bibliothèque.

A l’entrée principale du village, des volontaires travaillent d’arrache-pied et effectuent quelques réparations sur le panneau lumineux, pendant que des enfants s’adonnent à cœur joie à une partie de foot au stade de proximité nouvellement aménagé. « Dimanche, nous accueillerons la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghabrit, en visite de travail dans la wilaya de Tizi Ouzou et qui a émis le vœu de visiter ce village qui fait le buzz sur les réseaux sociaux», annonce le président du comité du village, Ouidir Ahmadache, qui, aux côtés d’autres membres de « tajmaat», supervise l’exécution des travaux et donne des directives. Ses membres ne laissent rien au hasard.

« La propreté est une tradition»

« Les transformations qu’a connues notre village sont le fruit de la volonté des habitants et nous les devons à la force des bras de nos enfants.» Des actions de volontariat, nous apprend-il, sont organisées de manière régulière chaque week-end et chaque mois. « Cela ne date pas d’aujourd’hui, la propreté est une tradition que nous avons héritée de nos ancêtres», rappelle Saadeddine Salah, un sexagénaire très actif, membre du comité du village. « Nous ne l’avons jamais perdu», lance-t-il fièrement.

Ornée de véritables œuvres d’art, l’entrée suscite la curiosité des visiteurs, elle invite à la visite de ce joyau enchanteur perché sur cette colline qui côtoie les cimes neigeuses du majestueux Djurdjura. Elle étale tout de go la splendeur du village et surtout la générosité des efforts qui ont été consentis pour faire de Tiferdoud un véritable coin de paradis.

Saadeddine Salah et deux autres membres de tajmaat nous font visiter tout le village et les réalisations qui ont été faites. Il les raconte avec passion et fierté. Un bout de rêve sur cette montagne jadis fuie pour la rudesse de la vie. Ce n’est certainement pas le froid qui dissuaderait ces téméraires volontaires qui ont accompli un véritable exploit, celui du développement que les pouvoirs publics n’ont pas réussi depuis l’indépendance en 1962. Tiferdoud a été un de ces villages kabyles anonymes, désertés par leurs habitants, avant d’attirer la lumière des projecteurs et faire parler de lui aux quatre coins du pays et même à l’étranger.

Le rêve est désormais permis. Bien enraciné dans la tradition, Lire la suite

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