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«L’argent viré sur le compte de Mme Khelil était de la zakat»

Publié le 14/05/2018, par dans Non classé.

Cité aussi bien dans le scandale de Sonatrach que dans celui des comptes offshore révélés dans le cadre des Panama Papers, l’homme d’affaires franco-algérien, Omar Habour, a trouvé une intrigante parade pour se défendre devant le tribunal milanais, où il comparaissait, la semaine dernière, dans le cadre du procès des dirigeants du groupe pétrolier Eni, et sa filiale Saipem.
Me Ernesto Gregorio Valtenti, son avocat, a reconnu que son mandant, Omar Habour, a transféré un montant de 238 000 dollars vers le compte domicilié en Jordanie de l’épouse de l’ancien ministre de l’Energie, Nadjat Arafat, « connue pour son aide à la cause palestinienne», en expliquant que ces versements ont été effectués entre 2004 et 2006 « dans le cadre de la zakat, tel que prévu par la charia islamique». L’avocat précise même que ces virements « ne datent pas» des années 2000 seulement, mais « remontent aux années 80′ et 90’», et pour mieux convaincre le jury, il explique que « la zakat, selon la charia, est un des cinq piliers de l’islam». Pour Me Ernesto Valenti, Omar Habour et l’ancien ministre de l’Energie sont liés par un contrat pour l’achat et la vente de biens immobiliers, parmi lesquels cette maison située au Maryland, aux Etats-Unis, acquise « pour un montant de 1,5 million de dollars».

« Comme Chakib Khelil n’avait pas la somme totale, Habour lui a prêté 1,2 million de dollars, remboursable par le couple Khelil sur une durée de 7 ans, à compter de la date d’achat». Durant l’audience du 7 mai, Me Ernesto Valenti n’a pas manqué de s’attaquer aux médias algériens, qu’il a accusé « d’avoir fait le procès» de son client, « jugé sur la base des articles de presse». L’enquête judiciaire italienne avait, faut-il le rappeler, levé le voile sur une multitude de flux financiers à travers plusieurs places financières, Singapour, Londres, Hongkong, Genève, Dubaï ou encore Beyrouth, qui ont permis au groupe Eni, notamment sa filiale Saipem, de transférer la somme de 15 millions de dollars de pots-de-vin.

L’enquête avait débuté en 2012, à la suite d’une commission rogatoire transmise par le parquet d’Alger sur de présumées transactions douteuses liées au dossier Sonatrach 1, dans lequel étaient impliqués de nombreux cadres dirigeants de Sonatrach. En 2013, après le retour des informations demandées, le procureur général d’Alger annonce le lancement de mandats d’arrêt internationaux contre Omar Habour, Chakib Khelil, son épouse et ses deux enfants, son conseiller financier Farid Bedjaoui, son homme de confiance Réda Hamech, ex-chef de cabinet de Mohamed Meziane, ex-PDG de Sonatrach, pour leur implication dans une « entreprise de corruption à l’échelle internationale et blanchiment d’argent». C’est l’affaire dite Sonatrach 2.

Quelque temps après, le cabinet d’avocats d’affaires Mossac Fonseca est au centre d’un grand scandale en raison des milliers de comptes offshore qu’il a eu à créer pour servir au blanchiment de l’argent de la corruption, parmi eux ceux de Farid Bedjaoui, dont le lien avec Omar Habour n’est plus à prouver. L’enquête du consortium international de journalistes a révélé que l’épouse de Chakib Khelil, Nadjat Arafat, détenait en 2005 deux sociétés offshore au Panama, qui servaient de paravent à des comptes en Suisse ouverts la même année. Deux ans plus tard, les pouvoirs de Mme Khelil sont délégués à Omar Habour qui, en 2004, avait constitué la société offshore Teampart Capital Holding Limited grâce aux bons offices du cabinet Fonseca, avant de céder ses pouvoirs à Rym Sellal, fille de l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, au mois d’août 2005.

Au mois mars dernier, le procureur près le tribunal de Milan a requis, après un long procès, des peines de 8 ans de prison contre Farid Bedjaoui, 6 ans contre Paolo Scaroni, l’ex-patron d’Eni, 58 mois de prison contre Samir Ouared, un proche de Farid Bedjaoui, 6 ans contre Omar Habour, accusé de blanchiment d’argent. Le parquet a également requis des amendes de 900 000 euros contre Eni et Saipem.

Le procureur a évoqué « des preuves accablantes» et déclaré : « Il y a un groupe criminel organisé avec une composante franco-algérienne, et de l’autre une structure organisationnelle à l’intérieur d’Eni et Saipem.» Il a expliqué qu’Eni avait « donné la possibilité à Scaroni de gérer en autonomie totale les rapports avec Farid Bedjaoui». Dans le dossier, il est question d’une somme de 197 millions d’euros, versés comme pots-de-vin dans le cadre des contrats entre Eni, sa filiale Saipem et Sonatrach.

Si du côté italien, la justice poursuit son chemin, du côté algérien, c’est le déni total. Le dossier Sonatrach 2, en vertu duquel Chakib Khelil, son épouse, ses deux enfants, Omar Habour, Farid Bedjaoui et Réda Hamech, pour ne citer que ceux-là, ont fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux, a été remis aux calendes grecques.

Plus grave, sans explication aucune, Chakib Khelil revient au pays, où on lui a déroulé le tapis rouge, laissant croire qu’il a été tout simplement blanchi par une justice qu’il a fuie durant des années. Les déclarations de l’avocat de Habour laissent perplexe. Justifier des transferts de capitaux à un tribunal milanais par de la zakat est une trouvaille des plus intrigantes, pour un homme d’affaires natif de Oujda qui a vécu les deux tiers de sa vie entre la France et les Etats-Unis. Lire la suite

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