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«L’Algérie est entrée dans la zone de haute turbulence»

Publié le 12/11/2016, par dans Non classé.

Devant ses cadres de la région de Constantine, Louisa Hanoune a dessiné, hier, un tableau noir corbeau sur la situation en Algérie et des dangers qui guettent notre pays : de l’extérieur à cause de visées impérialistes dans le cadre du projet américain de Grand Moyen-Orient ; de l’intérieur à cause d’un système politique « prêt à anéantir la majorité du peuple pour satisfaire une minorité riche».
La plus grande partie du long discours prononcé à l’hôtel Hocine était axée sur les choix économiques « catastrophiques» du gouvernement qui « font entrer l’Algérie de plain-pied dans la zone de haute turbulence», au moment où « les ressorts des Algériens sont rouillés et leur immunité affaiblie».

La présidente du PT en veut pour preuve les décisions prises depuis la loi de finance 2015 qui, entre autres mesures, a réduit et de manière drastique les ressources fiscales des collectivités locales.

Lors de la rencontre prévue à partir d’aujourd’hui, le gouvernement demandera aux walis, prévoit Mme Hanoune, de « se débrouiller» et trouver d’autres sources de financement, ce qui implique, pour elle, le désengagement de l’Etat vis-à-vis de sa base qui est la commune, la plaçant dans une position de danger. « Il y a un grand danger sur l’ensemble de l’Etat, et vous savez que l’effondrement de l’Etat mène à la somatisation du pays. En Somalie, l’Etat s’est effondré à cause de la dette extérieure et du redressement structurel.» Chiffres à l’appui, Mme Hanoune a expliqué qu’en réduisant drastiquement les budgets de fonctionnement et d’équipement, c’est toute l’économie nationale qui est menacée de récession.

« Pour nous, c’est une politique suicidaire, de destruction. Tous les secteurs sont touchés, y compris l’agriculture, la culture, ciment du peuple, et les affaires extérieures.» Pour illustrer un autre visage de cette politique, elle a cité l’exemple de nombre d’entreprises de bâtiment qui se trouveraient au bord de l’asphyxie « parce que l’Etat se comporte à la manière d’un délinquant et ne paye pas les entrepreneurs qui prennent en charge ses projets ; le gouvernement détruit la crédibilité de l’Etat et son image, ce qui nous fait dire que le gouvernement est en train de détruire l’Etat». Prenant pour cible le gouvernement Sellal, Mme Hanoune s’est interrogée sur cette décision d’emprunter 900 millions de dollars à la BAD. Certes, reconnaît-elle, ce n’est pas beaucoup, « mais cela nous renseigne sur l’idéologie de ce gouvernement qui préfère emprunter ailleurs que de se battre ici pour récupérer l’argent public parti dans les droits de douane non payés, les impôts non recouvrés et les factures gonflées».

Elle s’interroge, en outre, sur ce qui peut garantir que le gouvernement n’ira pas emprunter aux institutions (FMI, BM…), en rappelant que le président de la République avait déclaré, en Conseil des ministres en janvier 2015, qu’un retour à l’endettement serait « mortel pour l’Algérie». « Et puis pourquoi ils ne récupèrent pas les 5 milliards de dollars prêtés au FMI ?» a-t-elle ajouté. Louisa Hanoune s’en prend aussi au FCE et au patronat en général, dont 90% des activités seraient concentrées dans le commerce et les services, loin de la production et près du gain facile. L’acoquinement de cette bourgeoisie compradore avec le gouvernement empêche ce dernier de réclamer les dettes détenues par le patronat et juguler la prédation qui s’incarne à travers l’évasion fiscale et douanière, les factures gonflées et les nouvelles méthodes employées pour saigner le Trésor public depuis l’effondrement des recettes pétrolières.

Pour elle, le silence à l’égard de la corruption et des corrompus (elle cite Chakib Khellil) ne fait aucun doute sur la nature de ce pouvoir.
Saluant les travailleurs qui défendent leurs acquis — évoquant la SNVI et German à Constantine — contre la politique de destruction de l’Etat social hérité de la révolution, Mme Hanoune estime que c’est la paupérisation qui facilite un éventuel glissement d’une partie de la population dans la violence, citant au passage des rapports ayant fait état dernièrement d’une nouvelle vague de printemps arabe qui démarreraient de l’Algérie.

Abordant le sujet des élections, Mme Hanoune affirme que la question de participer ou pas n’est pas une priorité : « Nous ne voulons pas brouiller la dynamique sociale des travailleurs et jeunes demandeurs d’emploi parce que c’est le plus important. Ces catégories sont préoccupées d’abord par leur survie. Ceci dit, ces populations peuvent utiliser les élections pour régler leurs comptes avec les systèmes qui les ont opprimés, comme c’est le cas en Amérique et un peu partout dans le monde, où les peuples montrent à travers des votes-sanctions leur colère et leur rejet des systèmes en place.»
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