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«L’Algérie baigne dans un vide qui risque de nous coûter très cher»

Publié le 01/03/2018, par dans Non classé.

– La scène politique nationale est marquée, depuis le début de l’année en cours, par un cafouillage au sommet du pouvoir. Ce cafouillage est illustré par le rappel à l’ordre du Premier ministre sur la question des privatisations et une polémique autour du 5e mandat du chef de l’Etat. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

A vrai dire, l’Algérie traverse, depuis des années, une période très incertaine. Une incertitude aggravée par celles d’un voisinage en pleine tourmente et d’un ordre mondial qui semble s’emmêler les pinceaux. Pour preuve : d’abord, l’absence d’un projet national (tant politique qu’économique) clair et capable d’obtenir l’adhésion de la majorité des forces politiques et sociales du pays ; ensuite, une tendance velléitaire manifeste des autorités publiques, illustrée par des ordres souvent suivis de contre-ordres.

D’habitude, c’est ce qu’on appelle naviguer à vue. Vous parlez d’un rappel à l’ordre sur la question des privatisations, à mon sens, il ne pourrait y avoir de tel rappel de la part d’un Président très mal en point.

Certes, on a dû le prier de le signer, mais il ne pouvait pas en être l’auteur, vu l’attention que nécessite la question. « On», c’est-à-dire ceux dont le point de vue a pu, pour une raison ou une autre, prévaloir à un moment donné au niveau du pouvoir.
La succession de ces événements a-t-elle un lien direct avec la présidentielle d’avril 2019 ?

Il me semble que les médias font trop la part belle au « 5e mandat», or celui-ci est en lui-même un non-événement. Vous n’êtes pas sans constater que la vie politique nationale s’est tellement appauvrie, qu’elle se résume, depuis des années, aux différentes élections, si bien qu’à peine une élection est close, qu’on pense déjà à la suivante.

On baigne dans un vide qui risque de nous coûter très cher. Maintenant que les élections nationales et locales sont évacuées, on veut que l’activité politique s’articule autour de l’élection présidentielle de l’année prochaine. A mon humble avis, les choses sont beaucoup plus simples : tant que Abdelaziz Bouteflika est vivant – peu importe son état de santé – ça sera lui qui succédera à lui-même ; dans une année et dans cinq ans après, voire au-delà. Il s’agit là de toute la dynamique créée par l’amendement de la Constitution intervenu en 2008.

Circulez, y a rien à voir ! Sauf que les gens qui nous gouvernent seraient mieux avisés de se retirer, à temps et dans l’ordre, et d’œuvrer, ensemble avec les forces politiques et sociales du pays, pour une transition réussie. Car après avril 2019, les choses vont probablement devenir beaucoup plus difficiles pour eux à gérer, y compris le maintien de la cohésion nationale et l’unité du pays !

– Les deux partis au pouvoir, le FLN et le RND, se déclarent la guerre ouvertement depuis le mois de janvier dernier. Est-ce le début d’une lutte pour la succession entre les différents clans du pouvoir ?

C’est ce que les journaux parfois annoncent urbi orbi. Sincèrement, je ne vois pas pourquoi il doit y avoir une guerre ouverte entre les deux partis pour la simple raison que tous les deux participent de la même matrice. Bien sûr qu’il pourrait y avoir des conflits entre ces deux piliers du système, mais ces conflits ne sauraient se situer qu’à l’échelle interpersonnelle et seraient plutôt liés à des ambitions individuelles.

Trouve-t-on normal que le deuxième « plus grand» parti n’ait pas son propre programme ni son propre candidat ? Si vous passez devant le siège du RND, vous ne manquerez pas de constater la présence d’un grand portrait de M. Bouteflika – et non moins président du FLN – trônant à l’entrée de l’immeuble !

– Des partis de l’opposition appellent à un dialogue pour sortir le pays de la crise actuelle et préparer le rendez-vous de 2019 dans de meilleures conditions. Ces partis seront-ils entendus ? Leur démarche peut-elle être une sortie honorable pour le pouvoir ?

D’emblée, tout appel dans ce sens devrait être le bienvenu. En effet, il ne saurait y avoir de solutions, pas seulement politiques, mais économiques surtout, sans une certaine entente nationale englobant les partis, les associations et le pouvoir en place en vue d’un travail en commun.

Mais il faut, d’abord, que les partis s’entendent entre eux sur la démarche à adopter auprès de ce pouvoir et les objectifs qu’ils comptent poursuivre avec lui. Maintenant, ces partis seront-ils entendus ou non ? Je pourrais, volontiers, vous répondre par la négative ! Néanmoins, les partis se doivent d’utiliser toute l’énergie requise – en prenant l’opinion publique, ici et à l’étranger, à témoin – pour convaincre le pouvoir de la nécessité de travailler ensemble afin de sauver le pays.

Mais il faut, d’ores et déjà, réfléchir aux alternatives au cas où le pouvoir refuserait tout appel à la raison. Ceci dit, il me semble qu’on devrait éviter de calibrer le dialogue en fonction de la question de l’élection présidentielle de l’année prochaine. Sinon, on se replacera, pour la énième fois, dans un schéma vicieux condamné à reproduire des amertumes déjà connues.
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