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«L’affaire Mécili demeurera un déshonneur pour l’Etat français»

Publié le 16/04/2016, par dans Non classé.

Rencontrée en marge de la cérémonie de recueillement au cimetière Père-Lachaise à la mémoire de Ali Mécili, sa veuve revient, dans cet entretien, sur le non-lieu prononcé par la justice française dans l’affaire de l’assassinat de son époux.

Que retenez-vous de la première cérémonie de recueillement à la mémoire de Ali Mécili, quelques mois après la disparition de Hocine Aït Ahmed ?

La fidélité et la ferveur qui se manifestent à chaque commémoration pour Ali nous procurent toujours un sentiment de réconfort et d’apaisement.

Encore plus cette année après la disparition de Hocine. L’émotion était palpable hier (l’interview a été réalisée dimanche, ndlr) au cimetière du Père-Lachaise, les Algériens qui s’étaient rassemblés unissaient dans la même ferveur ces deux figures emblématiques du combat démocratique.

Il a été le premier à dénoncer l’assassinat politique de votre époux dès avril 1987. Quelle image gardez-vous de lui ?

C’était un homme rare, un homme d’exception comme le démontrent les hommages incessants qu’il continue de recevoir en Kabylie et dans le reste du pays. Je retiens de lui ses immenses qualités : l’intégrité, l’intelligence, la modestie, le courage, la générosité, la fidélité, ainsi que sa conception et sa pratique de la politique… On a d’ailleurs des difficultés à mettre un point final à l’énumération de ses vertus tant elles sont nombreuses et fondamentales.

Le décès d’Aït Ahmed n’est pas la seule spécificité de ce recueillement inédit. C’est aussi l’année, peut-on dire, où le non-lieu commence à prendre effet. Qu’en pensez-vous ?

Ce non-lieu n’honore pas la justice française. Comme je l’ai déjà rappelé à plusieurs reprises, la seule motivation de la Cour d’appel de Paris qui a confirmé l’ordonnance de non-lieu est l’absence de réponse des autorités algériennes aux commissions rogatoires qui leur ont été adressées. Autant dire que la justice française se soumet au bon vouloir d’un Etat étranger, ce qui n’est pas digne d’un pays démocratique.

J’avais pourtant eu de l’espoir après la lettre que m’avait adressée François Hollande, l’été dernier, après son voyage en Algérie, lettre où il me faisait part de son souci que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Est-ce que votre recours peut avoir les suites que vous espérez ?

Nous avons effectivement fait un recours en cassation, sans grand espoir à vrai dire. Nous commençons à être quelque peu échaudés maintenant. Mais la dignité de notre combat exige que nous allions jusqu’au bout et que nous utilisions toutes les voies de recours, y compris la voie européenne.

Toujours dans ce sens, quelles sont les actions juridiques et éventuellement politiques que vous comptez entreprendre pour que l' »affaire» Mécili ne soit pas définitivement enterrée ?

Je vous l’ai dit… Il nous restera l’action devant la justice européenne. Après, nous aurons fait l’impossible et il ne nous restera plus que l’intervention d’un miracle, c’est-à-dire à la fois une prise de conscience des responsables politiques, un sursaut de dignité, une exigence démocratique, l’envie soudaine de suivre la voie tracée par Hocine et Ali. Il n’est pas interdit de rêver ! En tout cas, l’action menée depuis 29 ans et qui continuera de l’être n’aura pas été vaine.

Aujourd’hui, que la justice passe ou non, l’affaire Mécili ne pourra plus jamais être enterrée. Elle demeurera un déshonneur pour l’Etat français.

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