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L’affaire Al Atlas TV devant le tribunal d’Alger

Publié le 02/12/2017, par dans Non classé.

L’ancien ministre des Affaires religieuses, Ahmed Merani, a comparu, jeudi dernier, devant le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, lors d’une audience spéciale pour une affaire des plus surprenantes, étrangement greffée à celle de la chaîne de télévision Al Atlas, disparue des écrans à la veille de l’élection présidentielle de 2014.
Sont également poursuivis dans ce dossier Hichem Bouallouche, propriétaire de la chaîne Al Atlas TV ; son frère Djamel, propriétaire de la société Global World Media ; Tahar Bediar, le directeur général du Centre international de la presse (CIP), et Mourad Benredouane, responsable commercial au sein de cet établissement public.

Présent très tôt à l’audience, Merani, un peu en retrait, paraît tantôt un peu irrité, tantôt à l’aise, discutant avec son avocat, Me Kebab Mohamed Amine. Il est le premier à être appelé à la barre. Le juge lui fait savoir qu’il est poursuivi pour « détention d’arme de guerre et de munitions sans autorisation».

Lui, avec un sourire ironique, répond : « Comment un ancien ministre peut-il détenir une arme sans autorisation ?» Il exhibe un document et déclare : « La voilà l’autorisation. Dès le début, j’ai présenté une copie et au tribunal, je donne l’original. Les gendarmes n’avaient pas le droit de venir m’enlever mon arme. Elle m’a été délivrée par la police et avec une autorisation…»

Un peu surpris par le document remis par le prévenu, le juge lui demande s’il pouvait le garder dans le dossier. Après hésitation, Merani accepte, mais se lâche : « Monsieur le président, je ne comprends toujours pas pourquoi je suis ici, ni pourquoi je fais l’objet d’une interdiction de quitter le territoire national depuis mars dernier.»

Le président appelle Tahar Bediar, directeur général du CIP, poursuivi pour trois chefs d’inculpation, « faux et usage de faux», « dilapidation de deniers publics» et « abus de fonction». Son avocat, Me Boumahdi, soulève ce qu’il estime être un vice de forme. « Vous remarquez que dans le dossier il n’y a aucune plainte des organes de gestion de l’entreprise, à savoir le conseil d’administration, comme le prévoit le code de procédure pénale. Ce qui conduit à l’annulation de la procédure», dit-il, avant que le président ne l’interrompt : « Vous auriez dû évoquer ce point avant que nous abordions le fond du dossier.»

Une interdiction de voyage sans décision du juge

Mais le procureur explique : « La plainte des organes de gestion est exigée pour les entreprises publiques industrielles et commerciales et non pour les entreprises publiques économiques, comme le CIP.» Me Boumahdi conteste et insiste sur sa demande et le juge lui fait savoir que celle-ci va être jointe au fond.

Il se retourne vers Bediar pour lui rappeler les faits qui lui sont reprochés : « Vous avez mis à la disposition de la chaîne Al Atlas TV, 13 ou 14 projecteurs, sans aucune contrepartie, et une fois que l’enquête de la gendarmerie a commencé, vous avez tenté de régulariser la situation en remettant une décharge et un bon de commande antidatés. Qu’avez-vous à dire ?» Le prévenu nie tout en bloc.

Il ne cesse de répéter qu’il n’a rien signé et le juge persiste sans pour autant obtenir une autre réponse. « Vous aviez déclaré devant le juge que ces projecteurs coûtaient 110 000 DA pièce. N’est-ce pas une dilapidation de deniers publics ?» Le prévenu : « Cet équipement a été amorti.

D’ailleurs, il est dépassé, mais fonctionnel. J’ai 400 employés auxquels je dois assurer les salaires. Cette chaîne de télévision était sur la liste des chaînes agréées par l’Etat, que nous envoie le ministère de la Communication. Elle a fait un bon de commande pour la location de projecteurs et signé une décharge lorsqu’elle les a réceptionnés.» Le juge : « Vous n’êtes pas ici parce que vous avez loué du matériel, mais plutôt pour l’avoir loué sans contrepartie. Vous n’avez pas respecté la loi.

De plus, vous êtes poursuivi pour ‘‘abus de fonction », qu’avez-vous à dire ?» Le prévenu dit ne pas comprendre ce que signifie l’inculpation et le président lui explique : « Vous êtes fonctionnaire, vous tombez sous le coup de la loi sur la corruption, parce que vous avez remis les deniers de l’entreprise à la chaîne de télévision qui en a profité.» « J’ai un conseil d’administration qui me contrôle», répond Bediar, avant que le président ne réagisse : « Ici vous êtes devant un tribunal et non pas devant l’assemblée générale. Je veux que vous me donniez une réponse sur les faits d’abus de fonction.» Le prévenu : « Qu’ai-je fait ? Comment pourrais-je dévier de ma fonction ?» Le juge demande « une réponse claire» et le prévenu déclare : « J’ai répondu.»

Une réaction qui irrite le magistrat, lequel appelle Mourad Benredouane et lui dit : « Vous êtes directeur commercial au CIP ?» Subitement, Bediar intervient : « Il est responsable de la commerciale.» La réaction suscite la colère du magistrat. « Vous n’avez pas le droit d’intervenir sans que je vous y autorise», lui dit-il sèchement, avant de revenir vers Benredouane, poursuivi lui aussi pour les mêmes faits que son responsable. Il explique la procédure de location du matériel, en précisant que les bons de commande et les décharges doivent être signés le jour même où les équipements sont remis aux bénéficiaires.

Le juge : « Dans le dossier, les bons de commande et les décharges ont été signés dès que l’enquête de la gendarmerie a commencé.» D’une voix très basse le prévenu déclare : « Je ne me rappelle pas.» Puis, harcelé par le juge, il nie tout simplement les faits. Le juge finit par lui signifier : « Il y a trop de contradictions dans vos déclarations.»

Il appelle à la barre Djamel Bouallouche, propriétaire de la société Global World Media, poursuivi pour, entre autres, « complicité dans la dilapidation de deniers publics». Un peu évasif, il dit « ne pas comprendre ce qui lui arrive». Sa société, précise-t-il, loue les plateaux techniques aux chaînes de télévision. « Lorsque les gendarmes sont venus au studio d’enregistrement situé à Baba Ali, je leur ai dit que les 13 ou 14 projecteurs appartenaient au CIP. Ils étaient étiquetés et 4 seulement étaient fonctionnels (…).

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