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L’adoption, un si long chemin…

Publié le 03/11/2016, par dans Non classé.

Les candidats à l’adoption, de plus en plus nombreux, font face à des procédures longues et fastidieuses. Pourtant, dans les pouponnières, beaucoup d’enfants vivent sans famille. Faute de place, des nourrissons sont même gardés des semaines dans les hôpitaux. Pourquoi ne sont-ils pas placés rapidement dans des familles d’accueil ? Pourquoi certains parents arrivent à adopter plus facilement que d’autres ? Comment vivent ces nourrissons abandonnés et mis sous tutelle de la DAS ?
Amel, ma fille, tu étais dans le ventre d’une autre femme qui est allée voir un médecin un jour, et ce médecin lui a dit de te porter dans son ventre pour moi.» C’est en ces termes que Djamila*, la cinquantaine à peine franchie, a répondu à la petite Amel qui l’interrogeait en voyant une femme enceinte passer. Elle n’était alors âgée que de deux ans et se demandait si elle avait, elle aussi, été dans le ventre de sa maman avant de naître. « J’ai opté pour cette explication pour ne pas la heurter.

C’était important qu’elle grandisse en le sachant», confie la dame. Amel a aujourd’hui 6 ans et elle sait (déjà) qu’elle a été adoptée. Pour Djamila, cette adoption est le fruit d’un long parcours. Elle est d’ailleurs consciente de la « chance» qu’elle a eue de voir aboutir sa demande de kafala, recueil légal d’un enfant abandonné que le kafil (tuteur) s’engage à éduquer comme son propre enfant mais sans droit à la filiation, ni à l’inscription sur le carnet de famille, ni encore à l’héritage (tel que le prévoit la charia).

Cette enseignante a légalement recueillie la petite Amel alors qu’elle n’avait que 3 mois et 1 jour. « J’ai toujours eu un instinct maternel très développé mais je n’ai jamais été mariée. J’ai déposé une demande d’adoption en 2008 à la DAS. J’avais été recommandée, j’ai donc été bien reçue. L’enquête sociale n’a pas tardé, j’ai reçu, chez moi, une assistante sociale un mois plus tard.

L’accord favorable est tombé après huit mois d’attente. Je pensais que j’allais me voir confier un enfant tout de suite après, mais c’est à ce moment-là que l’attente a commencé à se faire longue.» La longue attente, les candidats à l’adoption par voie de kafala la connaissent. Malgré l’intervention de plusieurs personnes influentes, Djamila n’a pu recueillir Amel que trois années après le dépôt de sa demande. C’était en novembre 2010.

L’attente et l’incompréhension

Pour ceux qui n’ont aucune relation à faire jouer, l’attente est encore plus accablante. Trois années après leur demande, Nadia, 44 ans, et Ali, 49 ans, fonctionnaires, n’ont toujours pas eu d’accord favorable. Ils ne comprennent pas pourquoi, autour d’eux, beaucoup de parents ont eu le « bonheur» d’adopter, en moins d’une année. « Nous sommes mariés depuis 11 ans, j’ai fait une fausse couche et depuis nous n’arrivons pas à avoir d’enfant. J’ai connu une femme qui a eu un bébé en seulement six mois après sa demande d’adoption. Une autre a attendu 10 mois.

Nous, nous attendons depuis février 2014 et toujours rien. Une assistante sociale est venue visiter notre appartement et nous avons passé des entretiens avec un psychologue au siège de la DAS, mais nous n’avons toujours pas de réponse. Pourtant, on nous dit partout qu’il y a beaucoup d’enfants abandonnés qui attendent dans les pouponnières. On se demande s’il faut payer pour avoir un enfant.» Ils sont loin d’être les seuls à se poser la question. Comme Nadia et Ali, beaucoup d’autres candidats à l’adoption attendent dans l’incompréhension.

Actuellement, 500 demandes de kafala traitées et approuvées s’empilent sur les bureaux de la direction de l’action sociale d’Alger, organisme chargé de recueillir les enfants abandonnés et de les placer dans des familles d’accueil. Il y en aurait tout autant dans chaque wilaya du pays. Les personnes et les couples désirant adopter des enfants sont de plus en plus nombreux. Certains viennent tout juste de déposer leurs demandes, d’autres attendent depuis deux, trois, jusqu’à cinq ans. Pourtant, dans les pouponnières, beaucoup d’enfants abandonnés vivent sans famille.

Derrière les abandons, des drames

Cette longue attente s’expliquerait par le nombre de demandes qui explose et auquel l’institution (la DAS) peine à répondre. « De plus en plus de parents, qui plus est récemment mariés, demandent à recueillir des enfants par voie de kafala. Il y a beaucoup trop de demandes et pas assez de bébés», répond Saliha Mayouche, directrice de la DAS d’Alger.

Mais pas seulement, elle évoque un autre obstacle. « Il n’est pas toujours évident de placer les bébés en famille d’accueil parce que les abandons définitifs sont rares», ajoute-t-elle. Explication : à la naissance, lorsqu’une mère met au monde un enfant hors mariage qu’elle décide de confier à la DAS, elle dispose d’une durée légale de trois mois pour changer d’avis et récupérer son enfant.

Une fois le délai passé, elle signe ou pas l’abandon définitif. La loi n’autorise les placements en familles d’accueil, que lorsque les abandons sont définitifs (signature de la mère faisant foi quand la mère est connue). D’après la directrice de la DAS, beaucoup d’enfants abandonnés vivent en pouponnières mais ne peuvent être placés en famille d’accueil parce que leurs mères biologiques gardent l’espoir de pouvoir les récupérer.

Elles refusent de signer l’abandon définitif. « Les pouponnières se retrouvent donc parfois à jouer le rôle de garderies où les mamans viennent rendre visite à leurs bébés en attendant de pouvoir les récupérer un jour», explique encore Saliha Mayouche en précisant qu’il n’y a aucun passe-droit dans le traitement des dossiers qui respecte formellement les dates de dépôt. Elle souligne qu’en 2015, 83 enfants sur 103 abandons définitifs ont été placés dans des familles d’accueil. Parmi eux, 20 enfants attendent toujours des « parents» qui voudraient bien d’eux.

Ces enfants, des survivants

« C’est une réalité cruelle, mais les personnes qui désirent adopter sont en général très exigeantes, elles veulent de beaux bébés, des bébés en bonne santé», explique Saliha Mayouche. Elle précise, qu’il y a actuellement dans les pouponnières, des enfants qui présentent quelques soucis de santé, ou d’autres qui sont de couleur et dont personne ne veut.

Dans cette logique sélective, les filles sont ainsi très Lire la suite

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