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«La violence est intimement liée à l’oppression politique»

Publié le 11/05/2016, par dans Non classé.

– Quelles sont les causes de la propagation de la violence en Algérie ?

Répondre à cette question complexe n’est pas une sinécure. Plusieurs facteurs entrent en jeu et on ne peut que poser un certain nombre de questions. J’ai toujours plaidé contre la sociologie et la psychologie d’urgence qui prétendent répondre à des questions aussi complexes que la violence dans l’immédiat.

Ceci dit, il y a une hypothèse selon laquelle la violence qu’on constate aujourd’hui dans notre pays n’est pas tombée du ciel et qu’elle tirerait ses origines de la Guerre de Libération nationale. On ne le dira jamais assez, cette guerre était d’une extrême violence et ses séquelles sont encore vivaces. A ce sujet, il est vrai que les travaux dont nous disposons ne sont pas suffisants. Mais il n’en demeure pas moins que l’existence d’un problème de transmission transgérationnelle est indéniable.

– A côté de la Guerre de Libération nationale, la tragédie de la décennie noire est l’autre traumatisme qui n’est pas encore exorcisé…

A la différence de la décennie noire, ceux qui ont déclenché la Guerre de Libération nationale étaient mus par un idéal, celui d’arracher le pays des mains du colonisateur. Les terroristes des années 1990, par contre, n’avaient pas de projet de société ni de but, si ce n’est celui de soumettre le pays par les massacres atroces de populations innocentes. Dans le cadre de mes travaux, il m’est arrivé de traiter avec des personnes victimes de traumatismes qui n’ont rien compris à cette période sinistre. On peut donc comprendre que, là aussi, toutes ces horreurs ne sont pas exorcisées par les populations.

– Justement, comment expliquez-vous ce déchaînement de violence durant la décennie noire ?

L’absence d’espace d’expression libre et d’organisation a fait que cela s’est passé dans les mosquées où régnaient les idéologies que nous connaissons et où a pris naissance une haine viscérale à l’égard du pouvoir et à l’égard de tout ce qui était différent.

– L’absence d’une véritable démocratie ne fait-elle pas le lit de la violence ?

Comme je viens de le dire, l’empêchement du dialogue et le musellement de la société ont fait que celle-ci s’est exprimée à travers des canaux violents. On ne peut empêcher la société de s’exprimer. Le phénomène de la violence est intiment lié à l’oppression politique du pouvoir. In fine, c’est la démocratie et l’Etat de droit qui doivent triompher. On le voit aujourd’hui avec le phénomène de l’automutilation. C’est encore avec de la violence que les jeunes manifestent leur calvaire et leur malvie.

Mais du côté du pouvoir politique, on continue à ignorer superbement ces cris de détresse en leur opposant au mieux le populisme, au pire le négationnisme. Les jeunes concernés ne se reconnaissent pas dans ces discours paradoxaux mais aspirent à du concret qui apporterait des solutions à leurs problèmes quotidiens. Aujourd’hui, il faut travailler dans le sens de créer des espaces de dialogue, les multiplier, mais il faut aussi que la loi règne partout et s’applique à tous.

Nous devons faire en sorte que nous grandissions dans et avec la loi où le crime, quel qu’il soit, sera puni.
La force des sociétés démocratiques, c’est qu’elles sont les moyens de régulation des conflits, nous pas. Les intermédiaires, les syndicats représentatifs, les unions estudiantines, etc., sont des acteurs à part entière qui peuvent, par le dialogue, régler les conflits. Dans ma communication, j’ai parlé de contrat social. Ce n’est qu’avec cela qu’on peut surpasser les antagonismes.

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