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La restitution des crânes des résistants attendra !

Publié le 07/08/2017, par dans Non classé.

La dépouille d’un soldat français exhumée d’un cimetière à Oran a été rapatriée et enterrée samedi à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Les honneurs militaires ont été rendus au sergent Jean Vilalta, mort en juillet 1956 à l’âge de 22 ans, à la cathédrale d’Elne.
« C’est une première et certainement une dernière», a déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Christophe Corréa, délégué départemental des armées dans les Pyrénées-Orientales. Le gouvernement algérien a accepté en juin dernier l’exhumation et le rapatriement des restes du soldat après « plus de quatre ans de négociations menées par les familles soutenues par le Souvenir français ainsi que l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre», détaille Christophe Corréa. Selon ce délégué, 300 à 400 soldats français seraient inhumés en Algérie.

L’opération de rapatriement n’a pas manqué de faire réagir les Algériens sur les réseaux sociaux. Un internaute évoque l' »abandon» des restes mortuaires des résistants algériens et « l’inaction» de l’Etat algérien. « Et quid de nos résistants civils enlevés et assassinés dans les geôles de l’armée française, comme cela a été le cas de mon père et dont nous n’avons pas eu la dépouille ?» enrage F. D. Initiateur de la pétition pour la restitution des crânes des résistants algériens en France, l’universitaire algérien établi en France, Brahim Senouci, dénonce, dans un post sur sa page Facebook, « un deal» qu’auraient conclu les autorités des deux pays.

Pour l’enseignant, le retour des dépouilles des résistants algériens « tués puis décapités par une armée régulière qui s’est rendue coupable du plus odieux des crimes, le crime contre l’humanité, ne doit faire l’objet d’aucun marchandage et surtout pas d’un package deal obscène imposé par la France, du style ‘‘vos résistants contre nos disparus »». « Il n’y a aucune espèce d’équivalence entre des résistants morts au combat contre une armée génocidaire qui s’était ‘‘illustrée » notamment par sa cruauté dans les enfumades et les massacres collectifs.

Le retour de nos martyrs doit être posé comme une exigence non négociable. Les autres questions doivent être traitées dans un esprit d’humanité, mais ne doivent pas être utilisées pour brouiller l’image de nos valeureux aïeux», soutient-il. La révélation de l’existence des restes mortuaires des Algériens est à mettre à l’actif de l’historien Ali Farid Belkadi, qui a alerté en 2011 sur l’existence de restes de résistants au Muséum national d’histoire naturelle à Paris (mnhn.fr).

Déjà 30 000 signataires !

Le chercheur a appelé les autorités algériennes à entreprendre auprès de l’Etat français « les démarches nécessaires» au rapatriement en Algérie de ces restes mortuaires. Une seconde pétition a été lancée en mai 2016. Mise en ligne à l’initiative de M. Senouci, le texte a recueilli près de 30 000 signatures et fait réagir, entre autres, un collectif d’intellectuels qui a signé un texte publié par le quotidien Le Monde.

Les signataires expliquent leur démarche et évoquent le précédent kanak : « Soutenir les appels de citoyens algériens à rapatrier ces dépouilles dans leur pays, pour leur donner une sépulture digne, comme cela fut fait pour les rebelles maoris ou les résistants kanak Ataï et ses compagnons (en 2014), ne revient aucunement pour nous à céder à un quelconque tropisme de ‘‘repentance » ou d’une supposée ‘‘guerre des mémoires », ce qui n’aurait strictement aucun sens.

Il s’agit seulement de contribuer à sortir de l’oubli l’une des pages sombres de l’histoire de France, celle dont l’effacement participe aujourd’hui aux dérives xénophobes qui gangrènent la société française.» Les autorités des deux pays ont fini par réagir. Pour parler de coopération. Et puis, plus rien. Le porte-parole du gouvernement français, Romain Nadal, a évoqué, en septembre 2016, l’existence d' »un dialogue étroit».

Le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, avait confirmé, en janvier 2017, l’existence de contacts, mais sans en expliquer la teneur. Le même ministre a affirmé devant les députés de l’APN que l’affaire « est au cœur des discussions avec la partie française». Sans évoquer l’engagement d’un quelconque processus de rapatriement sérieux des crânes des résistants.

Dans un entretien à El Watan (17 mars 2017), le directeur des collections du Muséum national d’histoire naturelle, Michel Guiraud, affirme que son établissement est favorable à la restitution, mais pour que la demande soit recevable, elle doit être entreprise soit par l’Etat dont la personne était ressortissante, soit par un ayant droit, relayée par une démarche diplomatique.

Le directeur est catégorique : « A ce jour, toutefois, le Muséum n’a reçu aucune demande émanant du gouvernement algérien.» Dans sa réponse au message que lui a adressé le président Bouteflika à l’occasion de la fête nationale de son pays le 14 juillet dernier, le président français, Emmanuel Macron, a évoqué « une série de rendez-vous majeurs» qui devront marquer les relations entre les deux pays. La restitution des restes mortuaires des résistants algériens, encore détenus au Muséum, en fera-t-elle partie ? Lire la suite

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