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«La rente devra être impérativement remplacée»

Publié le 17/12/2017, par dans Non classé.

L’Algérie est mise au défi d’augmenter ses capacités de production en hydrocarbures pour faire face à la fois à la demande croissante interne mais aussi pour gagner davantage de marchés à l’international. Comment évaluez-vous la stratégie adoptée aujourd’hui par la compagnie nationale ?

Je n’ai aucune idée sur cette stratégie puisque son premier responsable a déclaré que le groupe va la construire à l’horizon 2030, et qu’elle devrait être finalisée d’ici la fin de l’année 2017. Mais si vous voulez mon opinion à ce sujet, bâtir une stratégie de nos jours pour une compagnie pétrolière sur un simple objectif d’augmentation de production pour « alimenter» un marché intérieur et « gagner davantage de marchés», c’est taper à côté, parce que les données actuelles ou plutôt les tendances actuelles et à venir en matière économique et énergétique à l’échelle mondiale qui finiront par s’imposer aussi à Sonatrach et à l’Algérie doivent nous amener à réfléchir autrement.

Au cours des années 80′, le contexte était déjà dominé par une préoccupation de base correspondant à la nécessité d’augmenter les réserves et la production et le maintien de la rente à travers un partenariat fournisseur de moyens financiers qui manquaient et de technologies/savoir-faire par rapport au retard que nous avions. Les dispositions de la loi pétrolière de 1986 et les textes relatifs à la conservation des gisements ont largement répondu à cet objectif dès les années 90′.

Dans la lancée, Sonatrach s’est rendu compte à nouveau de ses faiblesses en matière de ressources humaines (formation, relève, etc.) et elle a mis en œuvre une initiative extraordinaire intitulée « Promos» (Projet de modernisation de Sonatrach). Il a très bien démarré, puis a ralenti au rythme des modifications de son organisation, de ses managers et des résultats financiers de Sonatrach à cause de la baisse du prix du baril qui a atteint 10 dollars en 1998. Au cours des années 2000, la bonne santé du baril et l’importance de la rente ont fait oublier toutes les « leçons du passé, les bonnes et les mauvaises décisions». On s’est contenté de produire et de financer les programmes sociaux, sans tenter de réfléchir un instant sur l’évolution future des tendances mondiales en matière technologique, économique et énergétique.

Entre-temps, les choses ont évolué dans le monde et en Algérie : abondance de pétrole et de gaz dans le monde, révolution des hydrocarbures non conventionnels, diversification des sources d’énergie avec les renouvelables, récession économique mondiale dans la durée depuis 2008, progrès technologiques exceptionnels en matière de maîtrise et diminution des consommations énergétiques, préoccupations climatiques, baisse du prix du baril qui semble s’inscrire dans le temps, compétitions féroces entre producteurs…, autant de facteurs qui affectent aussi bien Sonatrach que l’Algérie, en plus d’un constat identique à celui des années 80′ : réserves et production en baisse, croissance vertigineuse de la consommation intérieure et dépendance continue à la rente.

Je ne peux pas préjuger de ce que va être la stratégie de Sonatrach, mais j’espère que tous ces facteurs seront pris en considération car il ne s’agit pas de l’avenir de Sonatrach seulement, mais aussi du pays, basé sur la réponse à donner à deux questions essentielles et intimement liées : quel est le devenir de Sonatrach en tant que société pétrolière et gazière ou diversifiée vers d’autres activités ? Quel est le devenir du pays sur le plan économique, et jusqu’à quand dépendre de la rente pétrolière et quelles seront les alternatives de remplacement ainsi que le délai de leur mise en oeuvre ?

Alors que l’on parle de l’épuisement des anciens gisements, la production de gaz naturel sera-t-elle à la hauteur des attentes ?

L’épuisement des gisements, et par conséquent des réserves, est une réalité et les progrès technologiques ne font que le retarder dans le temps. Il devient une préoccupation majeure quand on n’a plus la possibilité de renouveler ces réserves par rapport aux besoins de consommation intérieure, ou en l’absence de possibilité de remplacement à terme de cette source d’énergie par une autre à exploiter ou à importer. Actuellement et pour deux décennies au moins, il n’y a aucune crainte pour la consommation intérieure, mais pas pour la rente qui devra être impérativement remplacée.

Le défi va consister à arbitrer entre consommation intérieure et exportation pour des besoins de rente qui ne vont pas disparaître du jour au lendemain. La production de gaz naturel, au vu des réserves existantes, ne sera à la hauteur à moyen et long termes que si le besoin de rente diminue, si le modèle de consommation énergétique évolue à l’image de ce qui se passe partout dans le monde, et si les réserves en gaz de schiste sont mis à contribution grâce aux progrès technologiques attendus.
La transition énergétique revient souvent dans les discours, mais le pétrole et le gaz demeurent les principales sources de revenus du pays.

Quel modèle énergétique devrait-on adopter ?

Les hydrocarbures ont fourni globalement à l’humanité toute entière plus de bonnes que de mauvaises choses depuis des décennies et ils ne disparaîtront que parce qu’ils ne sont pas renouvelables. Ils se sont imposés en tant que source d’énergie, mais aussi en tant que matière première pour une multitude de produits de consommation et d’équipements qui ne pourront pas s’en passer pour très longtemps encore. Il y a eu aussi des dégâts environnementaux et cela est dû plus au fait de leur mauvaise utilisation ou gestion. Il en est de même pour la rente quand un pays ou une population en dépend de façon critique. La transition énergétique dont on parle découle de tous ces facteurs en même temps, et en fonction du contexte propre à chaque pays ou chaque région du monde. D’où la nécessité d’adopter un modèle de consommation énergétique qui doit tenir compte de facteurs très évidents.

– D’abord du suivi et de l’application des progrès technologiques à travers le monde en matière de maîtrise et d’efficacité énergétiques. Moins on consomme et mieux cela vaudra, même si nous possédons d’énormes réserves en hydrocarbures ou autres ressources non renouvelables.

– Le recours au même titre à toutes les sources d’énergie renouvelables non Lire la suite

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