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«La réglementation des changes date d’une autre époque»

Publié le 16/10/2016, par dans Non classé.

Le discours sur l’exportation revient sur le devant de la scène, sur fond de baisse des recettes pétrolières. Les opérateurs économiques estiment néanmoins qu’au-delà du discours, l’acte d’exporter reste inaccessible pour nombre d’entre eux. Ils pointent du doigt surtout une réglementation des changes peu avantageuse. Pouvez-vous analyser cet aspect ?

Il faut savoir tout d’abord que par contrôle des changes, il est question de contrôle des flux financiers de et vers l’Algérie, qui relève des attributions de la Banque d’Algérie dans le cadre de la loi sur la monnaie et le crédit.

A vrai dire, la problématique de la réglementation des changes ne date pas d’aujourd’hui, elle a freiné énormément notre développement à l’international pour la simple raison qu’elle n’est pas du tout adaptée à l’activité export. Nous voulons internationaliser notre business sans moderniser ni adapter les textes ni les mentalités d’ailleurs. Aujourd’hui, il nous est demandé d’aller vers un autre modèle économique basé sur les exportations notamment hors hydrocarbures, avec une réglementation des changes d’une autre époque.

Il faut savoir que c’était l’instrument d’une politique de développement économique sous monopole de l’Etat. Se développer à l’international nécessite de la souplesse vu la rude concurrence qui entoure cette activité.

Nous pouvons citer quelques points noirs de cette réglementation en commençant par le délai de rapatriement des recettes de 180 jours qui, pour certains opérateurs et pour des créneaux précis, reste insuffisant pour la simple raison que leurs concurrents d’autres pays disposent de 365 jours, donc d’un meilleur avantage concurrentiel. L’autre point noir qui revient souvent concerne le transfert d’argent pour investir à l’étranger pour l’ouverture d’un bureau de représentation ou de liaison.

Cette action reste difficilement réalisable pour ne pas dire impossible malgré le règlement n°14-04 du 29 septembre 2014 l’autorisant sous conditions difficilement accessibles. D’autres exemples existent, je ne vais pas m’étaler plus, c’est bien connu, mais par contre nous devons savoir que pour réussir à l’international, cela passe par une mise à niveau urgente de notre réglementation des changes.

Assurément, il n’y a pas que la réglementation des changes qui vient se dresser en écueil sur le chemin des opérateurs, mais bien d’autres obstacles. Pouvez-vous nous en parler ?

Il est clair que la réglementation des changes n’est pas l’unique obstacle. Pour les recenser, il suffit de revoir nos archives et vous constaterez que nous parlons des mêmes problèmes d’il y a 30 ans. Ils sont toujours d’actualité, nous faisons malheureusement du surplace. L’approche a été une erreur depuis le départ.

Le développement des exportations hors hydrocarbures passe par la mise en place d’une stratégie qui prendrait en charge tous les aspects opérationnels dont nous souffrons actuellement — notamment l’identification de notre potentiel, sa valorisation, sa normalisation — qui doit passer par un effort sérieux en matière de diagnostic au niveau sectoriel, par la recherche de marchés, par notre adhésion aux différents ensembles et sous-ensembles économiques… Pour nous faciliter l’acheminement de notre offre exportable vers ces marchés tout en bénéficiant des avantages octroyés, cela passe par la mise en place de politiques de logistique et de transport qui répondraient aux besoins de nos exportateurs.

La quasi inexistence d’un pavillon national ne facilite pas la tâche, en plus des surcoûts du fret, des difficultés d’accès aux aéroports et aux ports, de l’absence de chaîne de froid en plus d’autres problèmes de logistique.
L’autre aspect que j’aimerais évoquer est celui du financement sérieux pour les opérations d’export et donc l’inefficacité de notre politique d’accompagnement de nos exportateurs, qui, malgré les efforts faits ces dernières années, reste de loin insuffisante pour inciter, encourager, rassurer et aider à plus de compétitivité nos opérateurs.

L’acte d’exportation n’est pas rémunérateur en Algérie, ce qui n’est pas de nature à encourager les entreprises à aller au-delà de nos frontières. Pourquoi ?

Cela est dû à plusieurs raisons. Vous devez comprendre que le taux d’intégration de notre offre exportable est très faible. Je m’explique en vous disant que les intrants importés représentent très souvent un taux dépassant les 60%, ce qui revient cher à nos opérateurs vu la faiblesse de notre monnaie, ce qui se répercute sur le prix final qui est l’un des plus importants paramètres de compétitivité que nous devons prendre en considération pour exporter.

D’autres frais s’ajoutent à la problématique qui fait que nos opérateurs ne peuvent pas marger. Reste un élément à analyser et à voir de plus près : nos opérateurs ne font pas de volume et ne sont pas réguliers, du moins pour la majorité d’entre eux, sachant qu’exporter c’est surtout faire du volume et diversifier l’offre, connaissant les faibles marges, concurrence oblige.

Quels sont les leviers dont dispose le pays pour rattraper son retard sur les marchés extérieurs et dans quelles proportions cela s’avère possible ?

L’Etat doit jouer un rôle essentiel à la fois dans l’élaboration d’une stratégie nationale de développement des exportations en liaison avec le secteur économique (l’entreprise) et dans la définition des grandes orientations stratégiques du pays, indispensables aux entreprises dans la définition de leurs actions et de leurs prévisions. Tout ce retard accumulé par notre pays nous incite à multiplier les efforts pour rattraper ce qui est encore rattrapable.

Pour cela, un grand travail en interne doit se faire, en commençant par mettre des compétences avérées, ayant le souffle nécessaire, dans ce « marathon économique» où nous sommes distancés de loin par les puissances économiques du jour et celles émergentes. Le processus de mondialisation des marchés contraint les opérateurs économiques à s’adapter aux nouveaux équilibres qui s’établissent entre concurrence et coopération.

Aujourd’hui, la conduite des stratégies à l’international repose largement sur la capacité des entreprises à accéder aux informations stratégiques pour mieux anticiper les marchés à venir et les stratégies des concurrents. C’est pour cela que j’ai souvent dit que le développement à l’international n’est pas le rôle d’un ministère mais de tout le gouvernement. Pour simplifier les choses, l’exportation est tout simplement un modèle économique. Lire la suite

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