formats

La psychiatrie en Algérie… une histoire racontée

Publié le 13/04/2018, par dans Non classé.

En juillet 1962, un flux, une vague d’Algériens souffrant de troubles psychiatriques afflue à la clinique « L’Hermitage», abandonnée par ses propriétaire, puis nationalisation et transformation de celle-ci en clinique universitaire « Drid Hocine», du nom d’un infirmier qui avait été exécuté par l’OAS ; enfin, mise en place progressive d’un enseignement pour les infirmiers, les psychologues et les médecins. « Il y avait énormément de gens qui perdaient la raison et présentaient des troubles psychiatriques.

Un nombre important. Une situation alarmante». Martine Timsit, neuropsychiatre, docteur en Sciences, Promo Soins, Impasse Mirabeau à Toulon, en France, témoigne de ses premiers pas en psychiatrie. Des bouffées délirantes de personnes qui perdaient la raison de façon très brutale. Martine Timsit ne trouvait pas de mots pour décrire la souffrance psychologique et psychiatrique des Algériens juste au moment de la proclamation de l’indépendance. Ça sonne comme si logique que ces troubles sont directement liés au traumatisme de la guerre de Libération.

Mais Martine Timsit ne voyait pas de telles situations à l’époque. « Ça paraît évident maintenant, mais à l’époque, non. On vivait un paradoxe. Nous étions tellement dans le culte de la fin de la guerre et du colonialisme. On se disait : se sont des malades qui perdent la raison, et puis c’est tout.» Aujourd’hui, Martine Timsit revoit la situation avec du recul et une autre vision surgit : « Au moment où je préparais ma communication pour la présenter au colloque de la Sarp ici à Alger, c’est une autre vision que je développe.

Ce n’est pas seulement des Algériens qui perdaient la raison et puis c’est tout. Non.» Elle est convaincue d’un fait : « On voulait regarder ailleurs et nier le problème de la sortie de la guerre. Ils avaient des troubles très graves et rupture de lien social et que les gens perdaient la raison à cause d’un traumatisme. Quand je repense à cette époque, je me demande pourquoi on n’évoquait pas la guerre, les conflits et le chaos moral». Elle explique comment on ne voulait pas regarder de près ces bouleversements sociaux qui représentaient l’indépendance. « On se limitait à voir seulement le bon côté romantique de l’indépendance et l’idéalisation», témoigne t-elle encore.

Puis, des démarches ont été aussitôt entamées pour nationaliser la clinique qui était une priorité d’un Français qui venait de quitter l’Algérie. Elle devient une clinique universitaire. « Nous avons commencé l’enseignement auprès des psychologues et des infirmiers. Ces derniers étaient au centre d’un événement unique dans l’histoire de la psychiatrie. Ils ont refusé la nomination d’un professeur en médecine, un Français issu de l’ancienne école d’Alger connu pour son racisme comme chef de service !».

Martine Timsit est aussi convaincue que les toutes premières années de la psychiatrie post-coloniale à Alger, de 1962 au 1965, année de son départ, ont été riches en événements, mais ont été peu retenues par la mémoire collective. Pourquoi ne pas avoir retenu cet épisode dans la Mémoire collective ?

Pendant ces premières années, des milliers de personnes ont pu être prises en charge, dans l’urgence, avec des moyens précaires, parfois un manque de médicaments, mais toujours dans un climat chaleureux de fraternité et d’égalité. « Les troubles post-traumatiques, directement en relation avec la guerre qui venait de se terminer, n’étaient pas pris en considération. Pourquoi une telle méconnaissance ?», se demande t-elle dans sa communication. Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé La psychiatrie en Algérie… une histoire racontée
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair