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La politique entre la chape de répression et le poids des notables

Publié le 26/04/2017, par dans Non classé.

Ses palmeraies et ses ksour, ses paysages et ses oasis verdoyantes invitent le visiteur à la détente et la découverte. Ghardaïa regorge de mille et un trésors à explorer.
Mais en cette journée printanière, en pleine campagne pour les élections législatives du 4 mai prochain, la vallée du M’zab offre l’image d’une ville garnison. Elle est totalement quadrillée par les services de sécurité. Pour traverser Berriane, première ville avant d’arriver au chef-lieu de wilaya, il faut franchir plusieurs barrages dressés par la police et la gendarmerie. La RN1 sépare le Ksar de Berriane et les quartiers arabes.

A l’entrée de la ville de Ghardaïa, la présence des services de sécurité est aussi remarquée. En s’enfonçant dans les entrailles de la ville, la police et la gendarmerie surveillent toutes les ruelles et s’érigent en barrière dans les zones tampons qui séparent les deux communautés, les quartiers à concentration mozabite et les quartiers arabes. Jeune cadre du secteur du tourisme à Ghardaïa, Abdellah déclare : « Voyez-vous, les hôtels sont pratiquement vides et l’arrivée d’un client nous extirpe un peu de notre torpeur et de la solitude. La ville est totalement maillée.

Un dispositif de sécurité toujours impressionnant malgré qu’il ait été partiellement levé. Une présence ostentatoire dissuasive pour les fauteurs de troubles, mais combien agressive pour un touriste qui aimerait découvrir la beauté du M’zab. Quel contraste avec la magie des lieux capable de constituer un grand gisement pour le tourisme dans la région !» Mal nécessaire, dira un citoyen du vieux ksar. Les événements qu’a connus la région ont bel et bien terni la belle carte qu’offre à voir la vallée du M’zab avec la beauté architecturale de ses ksars millénaires et ses palmeraies.

Une belle épopée qui témoigne de la capacité de l’homme à apprivoiser la nature quelle que soit sa dureté. Ghardaïa n’était qu’une succession de collines rocheuses, austères et rudes transformées par la volonté des hommes en paradis sur Terre. Arrivera-t-elle à exorciser les démons de la violence ? La vallée du M’zab aurait pu être une belle oasis de paix, de calme et de sérénité. Bien qu’elle semble les retrouver depuis plus deux ans, les Ghardaouis pansent lentement et patiemment leurs plaies, tout en espérant pouvoir un jour, et pour toujours, vivre dans le respect et la cohabitation.

« Dieu merci, la paix est revenue et tout va bien pour le moment, pourvu que cela dure», nous dit un citoyen rencontré jeudi dernier dans le quartier dit Momo, à proximité du ksar de Beni Izguène. Le retour au calme est visible dans toute la ville grouillante de monde jeudi soir dernier. Les Ghardaouis apprécient à leur juste valeur ces moments de paix, eux qui ont trop souffert ces dernières années. Ils sortent peu à peu de la léthargie imposée par les affrontements qui ont eu lieu dans la région.

Selon les Ghardaouis, les indices qui certifient ce retour au calme sont sans doute « le déroulement sans incident de la Fête du tapis puis du Festival de la chanson mozabite». « Cela a été un plaisir de voir des jeunes Mozabites partager la même piste de danse avec les jeunes issus des tribus arabes sur les airs et les répertoires de la musique locale.» Sur les terrains de jeu aménagés depuis peu par les autorités, les jeunes des deux communautés se livrent joyeusement, les fins d’après-midi, à des parties de football.

« Personne n’aurait imaginé, après les affrontements sanglants, que la vie allait reprendre son cours normal aussi vite», soutient un habitant de la ville. La fracture engendrée par les affrontements était tellement béante. Jeudi dernier, quand nous sommes arrivés dans la ville de Ghardaïa vers 19h, des enfants mozabites vêtus de leurs tenues traditionnelles circulaient en groupe en ville et rejoignaient, comme ils le font chaque soir, les écoles coraniques en toute quiétude.

N’était l’impressionnant dispositif de sécurité qui reste important malgré son allégement, personne n’aurait pensé que la ville a connu de graves affrontements auparavant. La présence policière est le seul stigmate visible que porte encore la vallée du M’zab. Tous les points chauds de la ville, les lignes séparant les quartiers des deux communautés sont occupés par les services de sécurité. Ils encadrent encore la place du marché, situé au bas du ksar de Ghardaïa, à proximité de la mosquée malékite, qui se trouve en plein quartier mozabite.

Elle a été construite par ces derniers pour permettre aux employés des autres communautés d’accomplir leurs prières sans avoir à se rendre durant la journée dans leurs propres quartiers. Autrefois symbole de tolérance et du vivre-ensemble, ces lieux de culte répliqués pratiquement dans la majorité des ksars, comme c’est le cas aussi à Berriane, à Kef Hamouda, sont devenus des endroits de défiance pour ceux qui veulent donner une coloration religieuse aux affrontements qui ont secoué la région et ceux qui veulent transformer en poudrière la vallée du M’zab.

Les services de sécurité surveillent Ghardaïa comme on surveille le lait sur le feu. De quoi susciter la confiance et l’enthousiasme des citoyens qui nourrissent tout de même quelques inquiétudes quant à l’avenir. « Si rien ne se passe durant le Ramadhan et pendant la prochaine rentrée scolaire, on pourra dire que la paix est revenue», espère vivement un habitant de Ghardaïa content de savourer ces moments de tranquillité.

Les cafés, les restaurants et autres commerces sont ouverts jusqu’à une heure avancée de la nuit. Les gens circulent librement et en toute sécurité. « Que demander de plus ?» A l’entrée de la ville de Ghardaïa, le monument de La Concorde qui symbolise ce retour au calme, réalisé par deux artistes, l’un Mozabite, Hadj Saïd Slimane, et l’autre Arabe, Siradj Bouhafs, un chef-d’œuvre architectural et artistique trône sur la vallée du M’zab.

Un joyau de paix qui rappelle à l’ordre et expurge des démons qui ont endeuillé la région à plusieurs reprises. Situé au carrefour qui relie Ghardaïa à Ouargla, ce monument de La Concorde est devenu un passage obligé pour tous les visiteurs de Ghardaïa et ceux qui prennent la route vers l’extrême sud du pays. Les Lire la suite

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