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La mort lente des partis

Publié le 10/05/2017, par dans Non classé.

C’est l’aboutissement presque naturel d’un processus « démocratique» mal engagé, malmené et dévoyé du fait d’un système de pouvoir qui n’entend concéder aux formations politiques que des espaces périphériques et étroits, éliminant par anticipation toute possibilité de prise de pouvoir réelle.
La physionomie politique du pays post-élections législatives confirme la forte défiance de l’opinion, mais surtout consacre l’immense affaiblissement des partis politiques de tout bord et leur incapacité à mobiliser au-delà de leurs réservoirs de militants qui, de surcroît, se rétrécissent. La séquence législative du 4 mai a mis en scène un face-à-face périlleux entre les tenants du pouvoir et une majorité de la population sans possibilité de médiation. C’est loin d’être une vague de conjoncture qui passe ; une rupture passive pour l’heure.

Une lame de fond qui structure durablement la sociologie politique du pays. Signe d’une décomposition majeure, d’un affaissement non sans conséquences. A terme, se dessine le risque de la disparition des formations politiques. C’est l’aboutissement presque naturel d’un processus « démocratique» mal engagé, malmené et dévoyé du fait d’un système de pouvoir qui n’entend concéder aux formations politiques que des espaces périphériques et étroits, éliminant par anticipation toute possibilité de prise de pouvoir réelle.

Enfermés dans un champ politique hermétiquement verrouillé, les mouvements politiques sont régulièrement conviés à des consultations électorales dont ils ne contrôlent ni les tenants ni les aboutissants, mais surtout sans possibilité d’accession aux commandes du pays. C’est la raison d’être de l’idée même du parti qui est annulée.

L’organe disparaît avec la disparition de sa fonction. Il est vrai que les conditions historiques dans lesquelles est née la majorité des partis n’étaient pas favorables à une évolution normale des idées et des courants politiques dans une compétition aux règles admises. Le basculement dans les années de violence a considérablement impacté les formations politiques naissantes. Nombreux sont les dirigeants militants assassinés, d’autres contraints à l’exil. Les plus tenaces ont fait avec les moyens du bord qu’offrait une situation de violence pour préserver les rares acquis de plus en plus fragilisés.

Les clivages imposés par les années de terreur ont traversé et phagocyté les familles politiques. Dans un climat de guerre totale, la suspicion régnait en maîtresse dans les états-majors des partis. Les règlements de comptes, les exclusions, les coups d’Etat internes et les dissidences cycliques ont rythmé la vie partisane. De l’ex-parti unique sous feu Abdelhamid Mehri, qui avait tenté une émancipation de l’influence totale du pouvoir, à la mouvance démocratique en passant par les islamistes, aucun parti n’a échappé à cette logique implacable.

Il est évident que la responsabilité du pouvoir était décisive, lui qui a fait usage de putschs pour « redresser» les partis ou les ramener de force à la « maison de l’obéissance» en mobilisant la police politique dont le rôle était la surveillance permanente des militants politiques. Cependant, les partis politiques ne sont-ils pas aussi en partie coupables de leur régression, de leur propre « mort» ?

Ne se sont-ils pas servis des coups tordus de la police politique pour « exécuter» les voix antagoniques ? N’ont-ils pas reproduit le même schéma de fonctionnement et les pratiques du pouvoir qu’ils combattent ? Peuvent-ils s’exonérer d’un examen critique, de remise en cause, de révisions déchirantes ? Le phénomène de désertion des militants qui gagne la majorité des organisations partisanes. Le personnel politique, qui a structuré la vie politique post Octobre 88, est effacé du devant de la scène.

Le courant démocratique est probablement le plus touché. La génération militante qui avait résisté vaillamment à la dictature et grâce à qui la chape de plomb du parti unique a volé en éclats n’a pas tenu longtemps pendant le « pluralisme». La décennie de sang a fini par achever les grandes figures du combat démocratique alors qu’elles étaient en âge de conduire les luttes démocratiques. Contrairement à la règle consacrée, c’est le père qui tue ses fils. La diversité d’opinion et l’émergence de courants sont violemment combattus.

Cela a conduit aux renoncements idéologiques et aux infidélités doctrinales et surtout à l’instauration de la culture de l’unanimisme. Erigés en dogme, la « ligne» du parti, son discours, son fonctionnement, les détenteurs du pouvoir au sein des formations politiques toutes tendances confondues se refusent à cet exercice pourtant nécessaire pour leur survie. « Ce n’est jamais de leur faute», renvoient-ils à chaque crise que secoue un parti. Désenchantées, les victimes des purges accusent « les apprentis dictateurs qui ont squatté les appareils».

Le verdict des urnes donne à réfléchir. Au-delà du traficotage, le taux d’adhésion citoyenne au processus électoral interpelle pouvoir et opposition. Soixante partis en « compétition» n’ont mobilisé que 35% du corps électoral. L’échec est double. S’il met le pouvoir face à ses responsabilités, il convie les acteurs politiques à revoir de fond en comble leur démarche pour échapper à une mise à mort certaine.

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