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«La loi de finances ne donne aucune perspective de croissance»

Publié le 07/12/2015, par dans Non classé.

– Le projet de loi de finances 2016, élaboré sur la base d’un prix de référence du baril de pétrole de 37 dollars, a été adopté par l’APN malgré une levée de boucliers des députés de l’opposition. Pensez-vous que ce texte apporte des solutions à la crise que le pays traverse ?

Je ne pense pas que cette loi de finances soit une solution à la crise. Ceci au regard de l’absence, dans le texte, d’orientations claires à même d’installer notre économie dans un sérieux processus de réformes. Aussi, cette loi de finances pèche par manque de vision et de prospective socioéconomiques des élus de l’APN.

Il y a aussi l’incapacité de cette Chambre délibérante à comprendre les enjeux, à déceler les incohérences, à les corriger, en émettant notamment des propositions profondes et structurantes d’une nouvelle économie algérienne, assise sur les valeurs de la rationalité, de la compétitivité et de la liberté. La loi de finances, réduite à un simple tableau descriptif du train dépensier de l’Etat, n’apporte aucun éclairage sur les pistes de réformes – et, osons le dire, de refondation — à emprunter pour asseoir un nouveau modèle économique qui, à son tour, structurera les voies de la croissance qui manquent tant à notre économie.

Aucune des mesures contenues dans la LF 2016 ne constitue un gage de relance de la croissance qui a, pourtant, été longtemps le maître-mot du gouvernement. Aussi, cette loi est annonciatrice d’une « fausse austérité» puisque les dépenses vont continuer au même rythme que les années précédentes au plan du fonctionnement des institutions. Les quelques ponctions sont faites au chapitre des équipements. Un coup de plus donné à la croissance.

La loi de finances 2016 est la parfaite illustration de l’incapacité de nos gouvernants à gérer le long terme et à se sacrifier à l’effort de prospective à même de cerner l’Algérie de 2025 ou 2030. Nous ne savons pas de quoi sera fait demain, d’autant plus que ce texte lamine même les équilibres macroéconomiques desquels le gouvernement tirait une certaine fierté.

– D’aucuns jugent que le PLF 2016 ouvre la voie au bradage et à la privatisation des grandes entreprises au profit de la clientèle du pouvoir, par le biais de l’article 66. Partagez-vous cet avis ?

Le bradage n’a pas commencé avec l’annonce de la possibilité d’ouvrir, pour acquisition par les partenaires étrangers, le capital de l’appareil productif public. Mes convictions libérales me permettent même d’y trouver une action de bon augure. Rappelons que ce secteur public a coûté au Trésor public la bagatelle de 200 milliards de dollars et a profité à des féodalités managériales et syndicales qui ont totalement laminé ses chances d’attractivité et de compétitivité.

Ce secteur est très coûteux et mal managé. Il faut savoir regarder la réalité en face et arrêter la saignée. Maintenant, il reste à savoir si, dans la cession de l’appareil productif public, la logique économique prévaudra face à la logique politique et idéologique. Le problème n’est pas dans la mesure elle-même, mais dans l’illisibilité des dispositifs de sa mise en œuvre. Le gouvernement devrait, avant de prendre une telle décision, évaluer les programmes de mise à niveau, diagnostiquer les industries concernées et mettre des gardes-fous pour la préservation des emplois.

Mais ce débat sonne comme un non-événement pour un gouvernement qui gère une économie sans modèle, sans vision et sans stratégie. Les poches de bradage ne sont pas seulement dans le secteur public, mais dans le fonctionnement de plusieurs départements ministériels et institutionnels que le manque de courage politique, l’incompétence et la cécité idéologique ont laissé s’aggraver. Tant que des départements aussi budgétivores que l’Intérieur, la Défense, les Moudjahidine et l’Enseignement supérieur ne sont pas audités, la prévarication continuera.

– Le même projet de loi prévoit des augmentations des tarifs des énergies. Cela ne va-t-il pas accentuer les inégalités sociales ?

La visée pédagogique voulue par le gouvernement, consistant à préparer mentalement l’Algérien à un désengagement de l’Etat du système des subventions et le passage graduel à la réalité des prix, a fini par être dominé par les querelles idéologiques de forces en présence.
Les mêmes députés qui s’offusquent devant le fait que le litre d’essence coûte moins cher que le litre d’eau s’acharnent à refuser les augmentations, certes inopportunes et mal vues.

Dans l’exposé des motifs, le gouvernement désire engranger de nouvelles entrées mais, en réalité, elles ne peuvent générer plus d’un milliard de dollars. Pour l’instant, nous ne pouvons pas mesurer l’impact de ces augmentations sur le pouvoir d’achat du citoyen. Mais à se fier au comportement adaptatif des agents économiques, il va sans dire que ces augmentations seront répercutées sur le coût de revient des biens et services de large consommation. Ce qui pourra impacter négativement le pouvoir d’achat des Algériens.

Si notre gouvernement désire faire des économies, la meilleure voie à emprunter est celle d’une réforme institutionnelle : se poser la question de la pertinence ou non de l’existence du Sénat, des daïras, de l’Office du hadj, des Hauts-Commissariats aux langues, du jumelage des ministères, du sureffectif de la Fonction publique et des forces de sécurité et des budgets de fonctionnement des ministères des Affaires religieuses, des Affaires étrangères, des Moudjahidine… Ce sont là d’importantes poches d’économie pour le Trésor public. Cette loi de finances ne donne aucune perspective de croissance, véritable talon d’Achille de notre économie. Lire la suite

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