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«La filière n’est jamais sortie de son archaïsme

Publié le 18/10/2016, par dans Non classé.

– Comment expliquer que même les dispositifs de soutien de l’Etat (CNAC et Ansej) n’ont pu épauler les éleveurs traditionnels pour renforcer la filière lait ?

Ces dispositifs appelés à la rescousse se sont essoufflés en venant compliquer la situation d’une filière qui n’est jamais sortie de son archaïsme, avec la même conduite traditionnelle d’un cheptel de vaches, pourtant de races performantes, importées à coût de milliards. Ces nouveaux éleveurs à travers lesquels l’Etat a investi dans l’archaïsme ne peuvent devenir des acteurs dans un contexte qui n’a jamais évolué.

Ils n’ont fait que grignoter une part importante à une petite couverture alimentaire, à l’origine de la sous-alimentation du cheptel qui, avant d’être décimé par les épidémies, a été nourri avec des bottes de paille qui ont atteint 1000 DA l’unité. Le retrait de l’Etat, mettant face-à-face les éleveurs et les transformateurs tout en continuant à subventionner la poudre de lait dans la limite des possibilités du Trésor, sous la pression du consommateur, est l’une des conséquences majeures d’un soutien inconditionnel à des dispositifs contreproductifs pour toute l’économie du pays.

– Comment expliquer l’abandon de cette activité par de nombreux éleveurs ?

Ils ont fait faillite pour cause de manque d’aliment du bétail, de plus en plus cher par rapport à une production stagnante, d’une part ; et la fragilité sanitaire ayant généré des infections et autres épidémies répétitives ayant décimé une partie importante du troupeau, d’autre part. Ces éleveurs se sont retrouvés face à l’absence de toute perspective meilleure. Ils fuient de plus en plus cette spéculation, suivis des transformateurs qui n’ont plus bénéficié du lait frais, portant cheval de bataille des pouvoirs publics pour lequel ont été réservées l’essentiel du soutien de l’Etat.

La filière s’est retrouvée totalement dans l’impasse au moment où on lui assigne une mission d’autosuffisance alimentaire en produits laitiers à brève échéance. Une filière couverte à 30% en produits d’importation (alimentation et produits vétérinaires) et pour laquelle l’Etat subventionne 26% du prix à la consommation et dont les frais de main-d’œuvre représentent 47% pour un rendement quotidien moyen de 11 litres. Ces chiffres sont le résultat du suivi d’un cheptel de 60 vaches pendant une année. A l’échelle du pays, c’est la filière de la ruine.

– Quelle est la conséquence économique de cette situation ?

C’est la dépendance par rapport à 20% de la production mondiale du lait en poudre mise sur les marchés extérieurs. C’est aussi un soutien de l’Etat à la production, la transformation et la consommation annuelle de l’ordre de plus de 46 milliards de dinars et une facture en devises de près de 2 milliards de dollars.

Actuellement, cette filière est soumise à une multitude de contraintes techniques contribuant largement à la fragilisation de l’économie agricole, à tel point qu’elle devient un casse-tête aussi bien pour les éleveurs que pour l’Etat, qui ne dispose pour l’instant d’aucune possibilité de réduire la facture des importations. La rareté du lait frais et la réduction de la poudre de lait ne peuvent qu’engendrer des pratiques frauduleuses à travers le dosage et la surpasteurisation, dont les conséquences sur la qualité du lait ne sont pas à écarter. Aussi, la faible production annuelle par vache — moins de 4000 litres par an (soit 11 litres/jour, selon nos calculs) — est impossible à faire évoluer dans la configuration actuelle des exploitations.

La naissance chaque année de près de 900 000 bébés dont la moitié environ seront allaités au biberon et l’augmentation annuelle des besoins en lait pour adultes seront insupportables à court terme pour le Trésor public, qui doit supporter en même temps l’essentiel des besoins du consommateur. L’Algérie enregistre un retard incommensurable dans la construction des filières agricole et agroalimentaire, ce qui ne manquera pas de rendre encore plus onéreuse leur développement et celle d’un marché normalisé dans les conditions actuelles de la décadence et du peu fonctionnel.

– Comment envisagez-vous la reconstruction de cette filière ?

La configuration des exploitations agricoles algériennes, de par leur petitesse et leur caractère traditionnel, est appelée à servir plutôt pour l’engraissement, alors que le cheptel laitier doit être renouvelé et redistribué à travers des modules intégrés de 500 à 2000 vaches et conduits en gestion informatisée. Autour de ces modules (ou fermes laitières) interviendront tous les prestataires spécialisés pour en faire des toiles actives, à l’abri de l’anarchie du marché national en intrants, dont l’alimentation en particulier.

Par ailleurs, la réorganisation de la profession autour de cette activité doit être à son tour élargie aux groupes industriels de transformation du lait et de production de dérivés qui doivent s’impliquer en tant que maillons d’une chaîne de valeurs spécifique à cette filière. Ce n’est qu’à travers cette configuration que les différentes missions seront réparties sur les acteurs en fonction de leurs possibilités d’implication de qualité et capacité d’investissement.

Parmi les éléments prépondérants dont dépend la bonne gestion de ces cheptels, il convient de citer les énergies renouvelables, la conception d’infrastructures non contraignantes, la mécanisation, le recyclage des sous-produits et l’introduction de nouvelles réglementations environnementales qui viendront encadrer et soutenir la rentabilité et la compétitivité qui font défaut à toute notre économie agricole.

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